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Présidentielle de 2010 au Togo:
Selon des experts, le fichier électoral
de 2007 a été gonflé de 250 000 électeurs
24 novembre 2009
Selon le chronogramme rendu public par la Commission électorale
nationale indépendante (CENI), la révision des
listes électorales devrait débuter le 19 novembre.
Mais la CENI a fait savoir qu’elle est dans l’incapacité de
tenir ce programme compte tenu de certains problèmes organisationnels.
On parle de Commissions Listes et Cartes (CLC) qui ne seraient
pas toutes prêtes. La révision des listes électorales
est donc repoussée à une date ultérieure,
au 18 décembre, apprend-on. Cette opération est
censée permettre l’élaboration du fichier électoral
qui devrait servir lors de l’élection présidentielle
de l’année prochaine. La fiabilité du fichier électoral
justement est l’un des premiers gages de transparence d’un
scrutin; mais celui qui sera en vogue l’année prochaine
souffrira sans doute de cette vertu.
Pour obtenir un fichier électoral qui devrait être
d’actualité, la mode consiste à juste réviser
le plus récent, à défaut d’un recensement
général ou électoral proprement dit. C’est
ce qui se fera sans doute pour l’élection de l’année
prochaine. Mais seulement voilà! Le fichier d’octobre
2007 qui a servi pour les législatives, comportent des
manipulations monstres.
A l’époque, la population électorale avant
recensement était estimée à trois millions
trois cent mille (3.300.000) individus. Après lissage
des données, le total des inscrits au 14 octobre s’établissait à deux
millions neuf cent onze mille deux cent vingt-cinq (2.911.225)
personnes, sur une masse brute de deux millions neuf cent quarante-six
mille huit cent cinquante-deux (2.946.952), soit un taux d’enregistrement
de 88%. Un tel taux était un motif de satisfaction. Mais
la Mission d’Observation Européenne (MOE) avait
fait remarquer qu’il était «très
difficile» d’établir des points de comparaisons
statistiques indéniables. La masse électorale s’établissait
ainsi à 61% de la population totale estimée à l’époque à cinq
millions trois cent trente-sept mille (5.337.000) âmes. «Un
chiffre qui pose problème du point de vue de la logique
démographique tant au niveau national qu’au niveau
des circonscriptions», a signifié la
Mission de l’Union Européenne dans son rapport.
Si des anomalies ont été constatées un
peu partout, il y avait des abus généralisés
et massifs dans des circonscriptions rurales comme Tchamba ou
Dankpen. Mais les acteurs politiques dans leur ensemble avaient
endossé les résultats du recensement et les indications
reçues où les observations relatives à des
abus- enregistrement de ressortissants étrangers
ou de mineurs- n’ont mis en lumière que des irrégularités
limitées en nombre et ne pouvant être considérées
comme susceptibles de constituer des indications de manipulations
massives.
Selon les données officielles, le taux de croissance
moyen de la population togolaise serait de 2,5%, tiré sur
la base du recensement démographique de 1981 qui est la
seule référence. C’est « une progression
qui n’autorise pas à estimer une population en âge
de voter supérieure à 50% de la population totale »,
estimait la MOE. Il y a donc eu un surplus de 11% enregistré en
2007, et qui devrait inexorablement encore augmenter pour
l’élection de l’année prochaine.
Ces anomalies mises à nu par l’UE sont de nos jours
confirmées par des connaisseurs de la chose électorale
et des sources bien informées qui apportent des informations
alarmantes. Il est révélé que le fichier électoral
de 2007 que toute la classe politique, même l’opposition
s’accorde à prendre pour référence,
a été gonflé de deux cent cinquante mille
(250.000) électeurs. Il est aussi rapporté que
selon un expert engagé par le pouvoir, la population électorale
augmenterait de cinq cent mille (500.000) électeurs par
rapport à la masse d’octobre 2007. Ce qui induit
que la population électorale l’année prochaine
se retrouverait à trois millions quatre cent onze mille
deux cent vingt-cinq (3.411.225) individus. Un chiffre qui est
en contradiction énorme avec les prévisions d’un
expert en matière de fichier électoral qui prévoient
la masse électorale l’année prochaine à deux
millions neuf cent mille (2.900.000) personnes. Un chiffre plus
vraisemblable par rapport à la population totale
que des sources estiment autour de six millions (6.000.000).
Il est à noter que c’est l’absence de repères
démographiques qui permet au pouvoir de manipuler autant
les chiffres pour asseoir ses penchants de fraude électorale. «Il
convient de considérer ces incompatibilités de chiffres
comme résultant prioritairement de l’absence
de sources de comparaisons fiables», a pris
soin d’indiquer le rapport de la MOE de 2007. L’allusion
est ici faite au manque de recensement démographique ou électoral.
Le dernier recensement remonte à 1981. Le pouvoir trame
tout d’ailleurs pour ne pas organiser de recensement, ce
qui lui offre l’argument de se ressourcer dans les estimations,
un terrain propice aux manipulations. Comme illustration, il
est relevé que le fichier électoral de 2005 comportait
neuf cent mille (900.000) électeurs fictifs.
Au moment où le fichier électoral de 2007 serait
actuellement l’objet d’un audit, il urge que ces
anomalies soient mises en exergue et que des palliatifs
y soient trouvés. De la fiabilité du fichier électoral dépend
la transparence du scrutin. A l’avenir les partis de l’opposition
devront constamment exiger d’avoir accès au fichier électoral,
comme les y autorise l’article 78 du Code électoral,
et commettre aussi des experts pour l’auditer, comme le
fait le pouvoir souvent en catimini.
Tino Kossi
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