Togo: Elections présidentielles
de 2010:
Le processus électoral s’embrouille
24 novembre 2009
«Toutes les époques ont leurs lacunes et leurs
erreurs. Si l’on me demandait quel est le défaut
majeur de la nôtre, je répondrais que c’est
la confusion et le renversement des valeurs» (Jean
Guitton)
Pendant longtemps, le retour au scrutin à deux tours
a été l’une des préoccupations des
différents partis de l’opposition et candidats à l’élection
présidentielle de 2010. Pour ces partis, c’est seul
ce scrutin qui permet d’élire des dirigeants en
lesquels au moins 51% se reconnaissent. Mieux que le scrutin à un
seul tour où l’heureux élu pourrait se retrouver
avec moins de 20%. Le scrutin à deux tours qui est pratiqué dans
nombre de pays dans le monde permet aux deux candidats arrivés
en tête lors du premier round de nouer des alliances pour
la victoire finale. Mais ce mode de scrutin n’enchante
pas le parti au pouvoir qui fait tout pour le repousser.
Au palabre togolo-togolais à Ouagadougou d’août
dernier, il a été décidé que les
discussions vont se poursuivre dans les mois qui allaient suivre
sur le mode de scrutin. Cependant, le débat n’est
jamais ouvert. Entre-temps, le CAR de Me Apévon a écrit
au facilitateur Blaise Compaoré pour lui demander de s’impliquer à la
résolution de la question du mode scrutin. Mais rien n’y
fit. Les dernières retrouvailles dans la capitale burkinabé ont été consacrées
aux problèmes liés au parachutage de Henri Kolani à la
tête de la Commission électorale nationale indépendante
(CENI). La problématique du mode de scrutin n’était
pas à l’ordre du jour. Une fois le cas Kolani réglé avec
l’élection d’un nouveau bureau, le processus
est enclenché et le chronogramme est conçu conformément
au scrutin à un tour.
Mais les partis de l’opposition n’en démordent
pas. L’UFC et le CAR viennent de reposer le problème à travers
des déclarations. Le «parti des déshérités» a
déploré le silence de la facilitation sur le mode
de scrutin et laisse planer la menace suivant: «Le
CAR n’entend participer à l’élection
présidentielle en perspective que si le mode de scrutin
est à deux tours». Quant aux adeptes d’«Ablodé», ils
affirment que «le scrutin à deux tours
n’entrave nullement la libre expression de la volonté populaire». Et
laconclusion est la même: «L’UFC
met en garde solennellement le pouvoir RPT contre le maintien
du mode de scrutin à un tour. Elle ne prendra pas part à l’élection
présidentielle de 2010 si le mode de scrutin n’est
pas à deux tours».
Voilà les deux principaux partis de l’opposition
togolaise qui agitent la menace du boycott si on ne retourne
pas au mode de scrutin à deux tours. Des sorties qui seront
sûrement vues d’un mauvais œil par le parti
au pouvoir. Déjà, le site de Charles Debbasch tente
de donner ses explications: «Un scrutin à un
tour n’a rien d’anti-démocratique. Le candidat
ayant obtenu le plus de suffrages est élu. En quoi cela
gène-t-il M. Olympio? Ce système permet, en outre,
de limiter le nombre de candidatures émanant de particuliers
ou de petites formations sans réelle représentativité».
C’est un nouveau débat qui est ouvert et un prochain
voyage au « pays des hommes intègres » n’est
pas exclu. Une situation qui vient s’ajouter aux problèmes
techniques auxquels est confrontée la CENI. La révision
des listes qui est en principe prévue pour le 19 novembre
ne commencera que le 18 décembre prochain. Un report d’un
mois qui atteste que la date du 28 février est en train
d’être hypothéquée. A moins d’un
miracle…
Zeus AZIADOUVO (correspondant
permanent à Lomé)
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