Togo: Présidentielle de 2010:
Faut-il reporter ou non le scrutin?
09 décembre 2009
Le débat avait lieu depuis un temps dans la presse. Nous
y avions participé où nous écrivions que
la date du 28 février est de plus en plus hypothéquée.
La problématique a été actualisée
par les acteurs politiques en fin de semaine dernière, à l’occasion
d’une rencontre organisée par la Commission électorale
nationale indépendante (CENI).
En effet, l’institution chargée d’organiser
et de superviser l’élection présidentielle
de l’année prochaine, a rencontré la classe
politique pour communiquer le nouveau chronogramme de ses activités.
Les opérations de révision électorale préalablement
censées débuter le 19 novembre dernier sont
annoncées sur la période du 14 décembre
2009 au 10 janvier 2010. On s’attendait au sein de l’opposition à entendre
annoncer une autre date pour le scrutin, mais les espoirs ont été déçus.
Taffa Tabiou et les siens ont maintenu la date du 28 février
initialement prévue.
Au Rassemblement du peuple togolais (Rpt), on s’extasie
d’une telle décision. Le Secrétaire
Général adjoint Komikpim Bamnante au terme de la
réunion a presque acclamé Taffa Tabiou pour cette
décision. L’argument avancé est qu’il
faut éviter de tomber dans un vide juridique. Le «bouillant» Secrétaire
général adjoint s’est gaussé de l’opposition,
laissant croire que c’est parce qu’elle n’est
pas prête qu’elle pourfend une telle décision.
Au sein de l’opposition parlementaire, on est bien évidemment
outré. A l’Union des forces de changement (Ufc)
et au Comité d’action pour le renouveau (Car), on
estime que le nouveau chronogramme est trop serré et ne
laisse plus aucune marge de manœuvre, ce qui rentre en
contradiction frontale avec l’essence même d’un
chronogramme. Le Secrétaire général de l’UFC
estime même qu’il faudrait décaler d’un
mois la date du scrutin, durée correspondant au temps
de révision des listes électorales préalablement
annoncé. Il n’arrive pas à s’expliquer
la décision de maintien de la date du 28 février.
C’est le même sentiment chez nombre de partis politiques
moins en vue, même si on hésite à le clamer
tout haut comme l’UFC et le CAR.
Au-delà de cette querelle politicienne où chaque
camp tire le drap de son côté, il faut reconnaître
que la date du 28 février paraît de plus en plus
caduque. Déjà du retard a été pris
dans l’enclenchement du processus. Même enclenché,
il n’a pas suivi le rythme prévu, à cause
de l’obscurantisme du clan Gnassingbé. Des coups
de force ont été entrepris pour faire diversion
et perdre du temps. Faure Gnassingbé et les siens ont
bien réussi à le faire par cette histoire d’ouverture
du Cadre permanent de dialogue et de Concertation (CPDC) aux
satellites, la forfaiture de parachutage d’Henri Lardja
Kolani à la tête de la CENI, l’élection
d’un bureau consensuel.
Le bureau fantoche de Kolani avait arrêté un chronogramme étalé jusqu’au
28 février. Malheureusement il n’a pas été tenu. L’équipe
de Taffa Tabiou est venue le réaménager et une
pile de travaux techniques ont été prévus,
dont la révision des listes électorales. Pour cause
de conditions non réunies, elle a été repoussée
d’un bon mois. La logique voudrait que pour une préparation
optimale du scrutin, la date préalablement arrêtée
pour le scrutin soit aussi repoussée d’autant de
temps de report. C’est ici que l’opinion n’arrive
pas non plus à s’expliquer le maintien de la date
du 28 février. «Le bon sens voudrait qu’on
reporte le scrutin, même s’il faut prendre le risque
de tomber dans un vide constitutionnel. Ce n’est
pas insurmontable si toutes les parties sont animées d’une
bonne volonté», peste un compatriote. «Si
vraiment on peut tenir les autres tâches dans le délai
et organiser un scrutin acceptable, je ne vois pas qu’il soit
nécessaire de reporter l’élection. Moi, toute
non inquiétude est que 2010 ne ressemble pas à 2005», dit
un autre.
Le scrutin de l’année prochaine, au demeurant,
est d’un enjeu tel qu’il faut une organisation minutieuse
pour éviter de créer des frustrations et des conditions
de fraudes, bref une élection bâclée. C’est
malheureusement le souhait du pouvoir en place. En tout cas le
débat sur le report ou non du scrutin est relancé.
Tino Kossi
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