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Droits de l’Homme:
Quand Musa Gassama et le HCDH ferment les yeux sur
des violations
09 décembre 2009
Le Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme
(HCDH), bureau du Togo a rendu public son rapport annuel d’activités
menées, à travers une conférence de presse
animée jeudi dernier. Un catalogue d’actions et
d’intentions ont été brandies pour étoffer le
bilan et s’offrir un satisfecit.
M. Musa Gassama et les siens se vantent d’avoir accompagné le
gouvernement togolais dans l’application des normes internationales.
Ainsi «avec la franche collaboration d’autres
partenaires, le HCDH a aidé le Togo qui a enregistré ces
dernières années des acquis en matière de
respect des droits de l’Homme». L’institution
onusienne se félicite d’assurer le monitoring de
la situation des droits de l’Homme en visitant régulièrement
des prisons et s’assurant du déroulement normal
des gardes à vue. Le HCDH s’est vanté de
la mise en place de la Commission Vérité, Justice
et Réconciliation. En rapport avec l’élection
présidentielle de l’année prochaine, la structure
de Musa Gassama dit accompagner le Togo «afin que ces échéances
soient exemptes de violences» et met dans la balance
certaines activités dont la formation des formateurs au
bénéfice des forces de sécurité pour
une bonne sécurisation du scrutin de l’année prochaine,
des partis politiques et de la population.
C’est en somme un rapport assez clément à l’endroit
du Togo, élaboré en des termes diplomatiques. En
tout cas, il est très loin de ces rapports habituels cinglants
et endiablés des institutions de défense des droits de
l’Homme qui peignent le Togo tout en noir.
Des dossiers sombres oubliés
On prétend que le Togo a enregistré «des
acquis en matière de droits de l’Homme».
Mais cela ne se sent pas sur le terrain. Les plaintes déposées
par les victimes des violences d’avril 2005 par le biais
du Collectif des Associations contre l’Impunité au
Togo (CACIT) sont restées sans suite depuis trois (03)
ans. Le régime a tout entrepris pour entraver leur étude.
Le dossier Atsutsè Agbogbli, du nom de cet historien
journaliste et politologue retrouvé mort sur la plage
de Lomé, tout nu, le 15 août 2008, est passé par
perte et profit. Les circonstances de son décès
demeurent toujours floues, et le pouvoir ne fait rien pour
que la lumière jaillisse. Musa Gassama et les siens crient
vouloir militer pour une élection sans violence en 2010,
mais se gardent de dénoncer certains actes compromettants à la
quiétude du processus, comme les menaces proférées
par le Lieutenant-colonel Yark Damehane à l’endroit
des journalistes qui manifestaient légitimement pour protester
contre l’agression d’un des leurs. «S’ils
avancent encore de 5 mètres, rentrez-les dedans proprement…je
vais assumer», a-t-il menacé les marcheurs,
et de continuer: «Vous n’avez encore rien vu».
C’est cet officier qui est malheureusement parachuté à la
tête de la Force Sécurité Election Présidentielle
2010 (FOSEP). Omerta de la part du HCDH sur tous ces agissements.
Assez bizarre pour une institution onusienne de défense
des droits de l’Homme non?
Complicité et mutisme étonnant sur les
violations dans le dossier Kpatcha Gnassingbé
Le HCDH aura laissé assez de plumes dans ce dossier Kpatcha
Gnassingbé. Au lieu de défendre les droits de l’accusé,
Musa Gassama et les siens ont plutôt concouru à les
brimer en apportant une complicité outrageante aux détracteurs
du député mis au gnouf pour tentative d’atteinte à la
sûreté de l’Etat. Le HCDH a manifestement
aidé le pouvoir dans sa tentative de faire croire
que l’incarcéré ne veut pas d’avocat.
Le nom de son représentant a été même
cité comme témoin d’une visite au cours de
laquelle Kpatcha aurait encore réitéré récuser
les avocats constitués par sa femme, et le site gouvernemental
en avait même à l’époque fait sa une.
Mais il s’agissait en réalité d’un
pur montage du pouvoir, puisqu’au cours de leur toute première
visite à leur client, les avocats Djovi Gally, Zeus Ajavon,
Charrière Bournazel, et Mario Stasi se sont vu confier
par l’inculpé une «mission de confiance»,
celle de la conciliation avec son frère Faure. En tout
cas il n’a pas dit les récuser, comme on le prétendait
jusque-là.
Le HCDH, en tant qu’organisation onusienne par excellence
de défense des droits de l’Homme, se devait de condamner
les conditions dans lesquelles le député a été incarcéré.
Il a été appréhendé comme un vulgaire
personnage, son immunité parlementaire bafouée.
Mais Musa Gassama et les siens sont restés de marbre.
Il a fallu que la presse s’y mêle avant qu’ils
ne s’émeuvent. Une visite à coup de fanfare
a été organisée aux détenus et il
a été déclaré par la suite au cours
d’une conférence de presse qu’ils se portaient
comme un charme et étaient bien traités. Mais on
découvrira plus tard que c’était pur mensonge,
puisque des cas de tortures subies par des incarcérés
ont été entre-temps révélés
par les avocats. Les inculpés ont été incarcérés
dans un endroit tenu secret pendant un long moment et interdits
de visites ; c’est un droit fondamental des détenus
qui est ainsi bafoué. Là aussi notre fameux Haut
Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme
n’a pas fait grand-chose pour y remédier. Il a fallu
le tintamarre des avocats constitués pour que le député ait
le tout premier contact direct avec son épouse, après
presque cinq (05) mois d’incarcération. Malgré le
permis de communiquer délivré en bonne et due forme
par le juge d’instruction, Me Mario Stasi a été empêché de
rencontrer son client. Depuis août dernier, Mimi Gnassingbé serait
empêché de rendre visite à son mari.
Les élucubrations de Musa Gassama
Justement le sujet Kpatcha s’est invité lors de
la conférence de presse de jeudi. Mais le représentant-résidant
du HCDH n’a fait que bredouiller. Et pour se dédouaner,
il s’est refugié derrière l’alibi de
n’être pas saisi de ces cas de non droit.
«Est-ce que vous ne trouvez pas quand même curieux
en tant qu’organisation des Nations-Unies, quand vous
avez accompagné le Représentant du Secrétaire
Général qui a dit au Premier ministre tout ce
qu’il fallait faire dans le dossier Kpatcha Gnassingbé pour
protéger le droit des détenus, que tout ça
n’est pas respecté aujourd’hui? Que le monsieur
et ses coaccusés soient détenus en des lieux
secrets, pas des prisons ordinaires, et que depuis quelques
mois et précisément le mois d’août,
sa femme n’ait pas eu accès à lui jusqu’à ce
jour, malgré qu’il ait dit à ses avocats
qu’il voudrait que sa femme vienne le voir quand elle
le désire ? Est-ce que vous trouvez que le Gouvernement
togolais respecte les préoccupations que M. Saïd
Jinnit a transmises au Premier ministre?» Voilà les
questions que lui a posées un confrère.
«A propos de la femme, je sais qu’elle a vu
Kpatcha plusieurs fois parce que chaque fois que je lui demande
s’il a vu sa femme, il me répond oui. Malheureusement
si la femme a voulu le voir et on lui a refusé, moi
je ne suis pas au courant. C’est ça le problème.
Pourquoi ne peut-elle pas venir me voir qu’elle est allée
et qu’on lui a refusé de voir son époux?
Là, je risque d’intervenir sur un cas inconnu.
C’est difficile. Mais je sais qu’on a toujours
insisté que la femme ait accès à Kpatcha»,
a-t-il servi, et de dire aux journalistes, visiblement non
satisfaits de sa réponse: «S’il vous
plaît si vous avez des informations comme ça,
il faut me les faire parvenir. Je suis en contact
avec le juge au moins. S’il y a des choses qui arrivent
comme ça, c’est bien pour moi d’avoir cette
information».
«Saïd Jinnit a parlé avec le Premier ministre.
On a l’accord de toutes les autorités politiques.
Je ne vois pas pourquoi sa femme doit être rejetée.
Je ne sais pas pourquoi. Donc si vous avez ces informations,
vous connaissez notre bureau, pourquoi vous ne pouvez pas venir
vers moi et me poser la question? Ou bien vous demandez à la
personne concernée au moins.
Il faut qu’on soit franc entre nous. Si quelque chose
arrive à quelqu’un, au moins que je sois au courant…Je
n’ai pas le calendrier de sa femme pour savoir le jour
qu’elle désire aller voir Kpatcha. Si je connaissais
au moins son calendrier, je peux être là pour
savoir s’ils vont refuser ou pas. Ou bien dire aux avocats
de me donner un calendrier qui va m’aider. Mais si je
reste dans mon bureau et quelque chose arrive et vous m’accusez,
moi je vois que c’est difficile.
Mon rôle c’est de suivre tout ce que le Secrétaire
Général a dit au gouvernement. C’est de
veiller à ce que ça soit respecté.
La dernière fois que j’ai vu Kpatcha et qu’il
m’a dit qu’il voulait voir son frère jumeau
Toyi, on a tout fait pour qu’il aille le voir. Mais si
les gens ne me demandent pas, comment je peux savoir le problème?
C’est trop difficile pour moi. Quand les avocats ont
dit qu’ils ont des difficultés à avoir
un permis de communiquer, je ne sais pas combien de fois j’ai
dit au ministre de la Justice, combien de fois j’ai dit
au Juge d’instruction, le Procureur de la République,
ce que le Secrétaire général a dit au
gouvernement. Et si le gouvernement a donné son accord,
je ne sais pas qui a le droit d’empêcher…Mais
si je ne suis pas au courant, comment je peux réagir?
C’est ça le problème. Je ne suis pas un
clairvoyant, je ne vois pas le Togo tout le temps!», s’est-il
plaint.
Au demeurant, Musa Gassama et les siens donnent l’impression
d’oublier leur mission première, la défense
des droits de l’Homme. Dans ce rapport, le HCDH n’a
pas condamné le régime Faure sur un seul sujet.
Et pourtant ce ne sont pas les situations de non droit qui manquent.
Le HCDH a été clément avec le pouvoir sur
toute la ligne. Et dans ce dossier Kpatcha, il montre sa complicité notoire
avec le régime.
Tino Kossi
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