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Togo: Interview de Gilchrist Olympio:

«Cette fois-ci, nous arriverons au bout du tunnel... Toute chose prend fin finalement et les repères qu’on a perdus au cours des 45 années de dictature seront rétablis...»

15 décembre 2009

Gilchrist Olympio, Président national de l'UFCDe retour au pays, le président national de l’UFC et candidat à l’élection présidentielle de l’année prochaine, Gilchrist Olympio était en tournée dans la région des Plateaux. Quelles sont les raisons qui ont commandé l’organisation de cette tournée? Quel est le message qui a été véhiculé? Quelles sont les actions menées en vue de la restauration du mode de scrutin à deux tours? Où en est-on avec la question de la candidature unique? Quelle  appréciation fait-il de la fâcherie diplomatique entre le Togo et la France? Autant de questions auxquelles a tenté de répondre le leader de l’UFC. Lecture.

Vous venez de boucler une tournée dans la Région des Plateaux. Peut-on connaître les raisons qui sous-tendent cette action?
Nous sommes un parti politique légalement constitué et nous parcourons tout le territoire, de la côte jusqu’à Cinkassé. Alors, de temps en temps, nous rendons visite aux régions où nous avons des militants, des sympathisants et surtout les jeunes qui ne nous connaissent pas et que nous ne connaissons pas non plus, au moins physiquement, mais qui, pour la première fois, vont voter en février. Nous sommes allés pour faire le constat. C’est une région que je connais assez bien pour l’avoir fréquentée plusieurs fois par le passé quand l’occasion se présentait. On n’a pas pu aller tout récemment dans cette région, surtout après les législatives ; il y a donc des gens qui ne sont pas certainement contents et qui se disent : « Mais on a voté pour vous et vous n’êtes pas passés nous dire merci !».  Nous avons envoyé des délégations mais ils disent qu’ils veulent voir le président. Alors on a profité de l’occasion avant l’arrivée des pluies, pour faire ce voyage à cause de l’état des infrastructures routières dans la région qui ne permettent pas d’y aller assez souvent.

A juger par les chants et les danses exécutés par les populations, le message que nous portons a été bien accueilli.

Justement, quel a été le message?
Le message, c’est que le pays a passé une période très difficile. Et la pauvreté est partout, dans les champs comme dans les villes. Mais, nous continuons notre lutte. On ne baisse pas les bras. Et nous croyons que cette fois-ci, nous arriverons au bout du tunnel. Il faut donner confiance à notre peuple, confiance à l’avenir, surtout aux jeunes et leur dire que toute chose prend fin finalement et les repères qu’on a perdus au cours des 45 années de dictature seront rétablis et ces jeunes gens vont pouvoir fonctionner dans un cadre  bien défini, un cadre qui leur permette de s’épanouir. Voilà la raison qui nous a poussés à faire le tour de cette région.

Quel bilan faites-vous alors après cette rencontre des populations du Togo profond?
Je peux vous dire que c’était un accueil chaleureux partout, surtout dans les hameaux les plus reculés. Vous savez, de Kamina pour arriver à Nyamassila, cela fait 270 km et on a mis plus de 5h de temps sur la route. Disons que le bilan a été positif au Moyen Mono et un peu partout en passant par Tohoun, Tado, etc.

J’ai été très content de revoir des vieux amis, des jeunes. J’ai eu des moments d’émotion très forte, avec certains vieux et vieilles qui ont peut-être connu nos parents. Et nous étions très émus d’écouter les chants, les danses et beaucoup d’incantations à l’africaine. On n’a pas vu d’hostilité. Il faut reconnaître que politiquement ce sont des régions qui nous sont acquises. Ces régions, depuis le temps de la lutte pour l’indépendance, ont toujours été au devant de la lutte. Et nous aussi quand on a l’occasion, on leur rend visite.

Parlons à présent du mode de scrutin. Croyez-vous que les marches à elles seules suffisent  pour obtenir gain de cause?
Il y a des arguments pour et des arguments contre un mode de scrutin. Vous savez pour les législatives, on a changé les lois pour en faire une proportionnelle. Tout ce que nous disons, c’est que nous croyons que le scrutin à deux tours est plus démocratique. Parce qu’on a plusieurs partis politiques qui aimeraient quand même  se faire représenter au cours du scrutin. Et s’ils ne gagnent pas au premier tour, ils auront l’occasion de faire entendre leur voix au deuxième tour. Et par conséquent, nous aurons un président qui sera élu  par la majorité des Togolais et qui aura la légitimité nécessaire pour gouverner ce pays comme Président de la République, surtout que ce président et le gouvernement qu’on va former, seront obligés de demander encore aux populations appauvries de faire des sacrifices. Alors, si le régime n’a pas de  suffisante, sa tâche va être difficile. Il y a aussi  la présentation des réalités dans les médias. Je crois que c’est ça qui fait le charme de la démocratie.

Nous aimerions avoir un scrutin à deux tours. Nous allons marcher puisque nous n’avons pas d’autres moyens pour faire entendre notre voix. Nous marcherons, on fera des sit-in ... Les syndicats n’existent même presque plus dans notre pays et on ne peut  pas penser à la grève par des mouvements syndicaux.

Nous reconnaissons que la marche n’est pas suffisante; il faut d’autres formes de pression. Il faut faire appel à nos partenaires de la communauté internationale pour qu’ils viennent à notre rescousse. Dans l’immédiat, puisqu’on n’arrive pas à s’entendre nous-mêmes parce qu’il y a des raisons politico-constitutionnelles, nous allons à Ouaga lundi prochain (ndlr, aujourd’hui).

Essentiellement, nous voudrions dire au Facilitateur que nous sommes un peu dans l’impasse afin qu’il nous aide à nous en sortir. On a trouvé des solutions pour la CENI, on peut donc en trouver aussi pour le mode de scrutin.

En cas de non satisfaction de votre doléance, vous semblez dire qu’il n’y aura pas d’élection. Que peut-on entendre par là?
Ça veut dire qu’il n’y aura pas d’élection démocratique… Si les deux partis les plus grands, nous le croyons, de l’opposition, le CAR et l’UFC ne participent pas à  ces élections, nous croyons qu’elles n’auront pas beaucoup de sens. Le pays restera à la case départ. Et les problèmes que nous avons en ce moment resteront intacts. Nous disons au gouvernement de réfléchir.

Le peuple dans sa soif d’une alternance en 2010  a été plus heureux de voir presque toutes les forces démocratiques unanimes sur la question du mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours. La preuve, elles étaient toutes présentes à la  dernière marche de protestation.

Est-ce à dire que l’opposition désormais a accepté de taire ses petites querelles intestines pour opérer cette alternance qui reste une aspiration profonde des populations togolaises?
On a fait une marche pour présenter un point spécifique qui est le mode de scrutin. On a eu un succès éclatant. Tous les partis de l’opposition étaient présents. Nous aimerions avoir une structure aussi large que possible.

Il y a d’autres problèmes sécuritaires; nous avons certaines propositions et nous allons discuter avec les leaders de l’opposition. Il y a des problèmes liés à la révision des listes électorales et à l’affichage. On a beaucoup de problèmes qu’on va essayer de résoudre ensemble.
Où en est-on avec la question de la candidature unique de l’opposition?
Candidat unique, si on peut l’avoir, c’est une bonne chose. Mais si on a un scrutin à deux tours, on peut avoir une cinquantaine de candidatures au premier tour. Et au deuxième tour, ces candidats décident avec leurs partisans ce qu’ils veulent faire. Soit ils se rallient au RPT ou au parti de l’opposition venu en tête. C’est une décision qu’ils peuvent prendre après. Maintenant si c’est un scrutin à un tour, il va falloir faire extrêmement attention, d’où beaucoup de consultations entre les partis.

Quand on dit qu’il y a cent (100) partis politiques au Togo, il n’y a en réalité que trois (3) ou quatre (4) grands partis. Après tant d’années de dictature, au terme de la conférence nationale, des partis sont sortis de partout. Alors, candidature unique, nous souhaitons vivement l’avoir; mais pour effectuer  ce changement, je ne crois pas que ce soit une condition indispensable.

Et qu’en est-il exactement aujourd’hui de la cellule de réflexion CAR-UFC qui devrait en principe faire des propositions dans le sens de la candidature unique?
Les discussions  continuent  sur plusieurs sujets avec le CAR. Moi-même j’étais présent à Ouaga où nous avions travaillé très étroitement. Nous avions eu des moments très agréables. Nous avons adopté les positions de l’un et de l’autre.

J’étais étonné par certains propos dans la presse sur mon parti et ma personne. Quand on gère un parti politique, on a toujours les gens de toutes les tendances. Je crois comprendre que certains jeunes du CAR ne voient pas la chose de la même façon que leurs frères aînés et leurs sœurs aînées; mais encore c’est de l’imagination, c’est de la spéculation. Mais nous souhaitons vivement continuer à renforcer le pont qui existe entre le CAR et l’UFC.

Actualité oblige. Quelle lecture faites-vous de ce que l’on peut appeler incident diplomatique entre le Togo et la France engendré par l’expulsion du diplomate français en la personne de M. Eric Bosc, taxé à tort ou à raison d’être proche de l’opposition?

Je crois que c’est un geste gratuit. Parce que M. Bosc à ce que je sache, est diplomate en charge de la politique intérieure du Togo. Il y a des gens qui s’occupent de la politique extérieure du Togo. En tant que responsable de la politique intérieure, il est obligé de rencontrer les gens de toutes les couches de la société, des religieux, des politiques, etc. Il ne fait que son travail.

Je crois qu’il y a de la nervosité de la part du parti au pouvoir. Et ceci, j’espère qu’il n’y aura pas beaucoup d’impact sur les relations entre la France et le Togo. Nous souhaitons vivement que la France nous accompagne. M. Eric Bosc que j’ai eu à rencontrer à deux (2) ou trois (3) reprises sera encore le bienvenu dans notre pays. Parce qu’au cours de beaucoup de nos discussions, je me suis rendu compte qu’il était au courant de beaucoup de choses. C’est un homme qui prend son travail très au sérieux. Donc, nous disons que c’est un vent passager et que les choses vont rentrer dans l’ordre.

Un message à l’endroit des populations?
Après notre tournée dans la Région des Plateaux, on a constaté que la pauvreté a énormément augmenté dans notre pays et que des gens ont perdu la foi. Ils ont perdu d’abord les repères. Et notre message à ce peuple, c’est de prendre confiance en lui-même. Nous disons également à notre jeunesse de ne pas toujours se sauver dès que les portes et les fenêtres sont ouvertes; on a besoin d’eux pour rebâtir ce pays ensemble. Nous croyons peut-être à tort que nous sommes au bout du tunnel, mais le pays va se démocratiser sérieusement et sera comme les pays qui nous entourent et reprendra la place qui est la sienne dans le concert des nations.  Parce que c’est un petit pays, mais qui a un potentiel énorme. Il faut utiliser ce potentiel.

Propos recueillis et transcrits par Didier LEDOUX

           

           

 

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