Togo: Le Grad demande à l’opposition
de se réveiller:
Faut-il s’attendre encore à un
accord politique après le scrutin de 2010?
16 décembre 2009
Introduction
Le vent de la démocratisation a soufflé sur le
Togo depuis le 05 octobre 1990. Le compteur de l’histoire
nationale affichera vingt (20) ans en 2010.
Bientôt, deux décennies de turbulences et d’intempéries
politiques marquées par des violences de tous genres.
Bientôt, deux décennies d’apprentissage dans
la "carrière d’opposants" pour
les Togolaises et les Togolais qui ont accepté d’animer
l’échiquier politique national. La tâche n’est
pas aisée, c’est certain.
Bientôt, deux décennies d’espoir et de désespoir
d’un peuple qui veut se libérer d’un système
politique qui l’a opprimé et qui continue de l’asservir.
Vingt ans dans la vie d’un être humain, c’est
très important par rapport à l’espérance
de vie qui est de quarante cinq (45) ans, car tout comme le fleuve érode
les berges ou y dépose les alluvions, le temps a fait
son œuvre, soit destructive soit constructive sur les
Togolais.
Le Togo étonne dans tous les domaines. Très riche
en images insolites il est devenu une zone territoriale de curiosités
angoissantes et d’intrigues hallucinantes. Il surprend
tout bon sens le plus élémentaire car une situation
claire peut devenir subitement nébuleuse et les détails
insignifiants peuvent prendre une importance insoupçonnée.
Le Togo s’est spécialisé dans une recette
politique faite de scrutins présidentiels suivis d’accords
avec la caution de toute la classe politique.
Le pouvoir et l’opposition, contraignent les Togolais
par une navigation à vue vers une destination inconnue.
La communauté internationale et les partenaires en développement,
gagnés par la lassitude, commencent par perdre patience.
Le peuple, observateur impuissant et fatigué par les élucubrations
de la classe politique, et ne sachant plus à quel saint
se vouer, prie le Créateur de venir à son aide
pour l’accompagner dans le processus.
Ainsi depuis les années 90, la crise togolaise, confortablement
installée dans la cité, est souverainement bien
entretenue. Les réponses à lui apportées
n’ont été que partielles. On s’est
plus préoccupé de traiter les effets que de s’attaquer
aux causes profondes et réelles.
Dans la mêlée, le peuple togolais, grâce à sa
détermination, a conquis un certain nombre de libertés
au rang desquelles, la liberté d’opinion et d’expression,
la liberté de la presse, la liberté de constituer
de partis politiques.
Si ces avancées sont incontestables, il n’en demeure
pas moins que le chemin à parcourir, pour arriver à la
démocratie et à l’Etat de droit, lesquels
garantissent l’élan indispensable au progrès économique
et social, reste long et semé d’embûches.
Par ailleurs, il est indiqué de rappeler qu’une
dictature s’accommode difficilement de principes démocratiques.
Dans l’histoire de l’humanité, les dictateurs
s’accrochent toujours au pouvoir jusqu’à leur
mort.
Par rapport à cette réalité, les scrutins
organisés dans le cadre du processus de démocratisation
se sont déroulés selon la volonté du prince.
Les résultats proclamés sont loin de refléter
la réalité, ce qui a malheureusement causé des
dégâts moraux, humains et matériels immenses.
Comme l’alternance ne peut pas être au rendez-vous,
la vie politique a été alors aiguillonnée
par des dialogues qui se sont soldés par des accords.
I- LES DIFFERENTS SCRUTINS PRESIDENTIELS ET LEURS ACCORDS
POLITIQUES
De 1998 à nos jours, trois (03) scrutins présidentiels
ont été organisés dans des conditions qui
bafouent toutes les règles d’équité et
de transparence. Ainsi donc, le scrutin de 1998 a mis sur orbite
l’Accord Cadre de Lomé, celui de 2003 a téléguidé vingt
deux (22) engagements et l’élection de 2005 a commandé l’Accord
Politique Global.
Le scrutin présidentiel du 21 juin 1998
Cette élection dont les résultats proclamés à la
suite d’un hold-up allait compliquer une situation déjà rendue
difficile par la suspension de la coopération. Pour sortir
le Togo de la crise née de la contestation par l’opposition
de la victoire volée par le président EYADEMA,
l’Union Européenne, avait conditionné la
levée de la suspension de sa coopération par la
reprise des discussions entre le pouvoir et l’opposition.
A cet effet, des facilitateurs représentant la France,
l’Allemagne, l’Union Européenne, et
la Francophonie se sont impliqués dans le processus qui
a abouti à la signature, le 29 Juillet 1999 de l’Accord-cadre
de Lomé (ACL).
Entre temps, le président Jacques CHIRAC, compte tenu
de l’actualité politique au Togo, débarqua à Lomé le
22 juillet 1999. C’est au cours de cette visite et en sa
présence que le président EYADEMA annonça
sur RFI qu’il respectera la constitution et qu’il
ne se présentera pas à l’élection
présidentielle de 2003.
Au cours de sa conférence de presse, le président
de la République française a, aux questions des
journalistes, répondu ce qui suit:
"… Je suis partisan de la République,
de la démocratie qui semblent les meilleurs vecteurs
de la paix et du développement."
"… Sur le second point, ma réponse sera
brève, je n’ai jamais dit que la démocratie était
un luxe pour les pays africains Jamais".
"Je connais bien le président EYADEMA… Je
ne suis pas naturellement habilité à parler en
son nom … mais, j’ai la conviction oui la conviction
que le président du Togo respectera la constitution.
C’est bien ce que tout le monde souhaite, n’est-ce
pas?"
Pour garantir le respect de l’Accord-cadre de Lomé,
il a été mis sur pied un comité paritaire
de suivi et un collège de facilitateurs. Il sied de rappeler
que les négociations ayant abouti à l’ACL
ont été fortement influencées par les déclarations
du président EYADEMA. De plus, l’improvisation
par lui faite, n’a fait que confirmer ce qu’il avait
annoncé sur RFI. A cet effet, certains passages de cette
improvisation faite lors de la clôture du dialogue inter
togolais sont assez éloquents.
"Je me suis engagé à respecter la constitution"
"S’agissant de la déclaration que j’ai
faite, personne ne m’a poussé à la faire.
Je l’ai dite conformément à la constitution"
"Je me suis dit: je m’engage à respecter
notre texte fondamental sinon demain vous serez les premiers à descendre
dans les rues pour dire que le président a violé la
constitution."
"Nous nous connaissons au Togo… C’est
pourquoi je n’ai jamais déplacé une seule
virgule de la constitution. "
Compte tenu des actes posés par la suite, l’ACL
qui devrait mettre fin à la crise née de l’élection
du 21 juin 1998 par l’optimisme et l’espoir qu’il
a suscités auprès de la population, a été malheureusement
neutralisé par l’auteur de la déclaration
ci-dessus rappelée. L’application acrobatique de
l’ACL et le non respect de la parole donnée furent
le levain de l’inquiétude, du doute et de la déception
qui s’étaient emparés du peuple. Cette situation
ne peut que créer un climat de méfiance entre les
acteurs politiques eux-mêmes d’une part, et entre
les acteurs politiques et le peuple d’autre part.
Le scrutin de 2003
Lorsque l’amnésie est volontairement introduite
dans le débat politique il faut avouer qu’il
est très dangereux de faire œuvre utile avec ses
auteurs car il est très difficile voire impossible de
leur faire entendre raison. Dans nos sociétés traditionnelles,
la parole donnée est sacrée.
Ainsi donc, le président CHIRAC, au cours de sa conférence
de presse donnée lors de sa visite au Togo les 22 et 23
juillet 1999, ne se rappelait plus curieusement la déclaration
par lui faite, à l’époque maire de Paris, à RFI
et dans laquelle il estimait que le multipartisme est un luxe
que les pays en développement n’ont pas les moyens
de s’offrir.
De son côté, le président EYADEMA avait
bizarrement perdu la mémoire en 2003, par rapport à sa
parole qu’il avait librement donnée en 1999. Ni
le président CHIRAC ni les facilitateurs parmi lesquels
M.STASI n’avaient levé le petit doigt pour rappeler
au président EYADEMA l’engagement par lui pris,
lorsqu’il a commencé à montrer des signes
annonçant sa farouche intention de briguer un troisième
mandat. Certaines tentatives, semble t- il, discrètement
conduites pour le ramener à la raison n’ont
pas abouti. Il était devenu intraitable. Pour ce
faire, il fit modifier la constitution1992.
Il est très intéressant par rapport aux élections,
de faire remarquer qu’il existe deux classes diamétralement
opposées sur l’échiquier politique africain.
• La première classe rentre dans la logique de comment
gagner "démocratiquement" les élections.
Dans cette catégorie il est hors de question de perdre
des élections qu’on organise. Il faut tout
faire pour l’emporter. Il suffit pour cela de pointer les
canons sur le ou les candidats potentiels, de museler la
presse, d’assommer la population, bref de pratiquer l’électoralisme.
Les deniers publics sont massivement détournés
et distribués à tour de bras pour acheter
des leaders et déstabiliser l’opposition. Donc,
on y est et on y reste et ce, jusqu’à la
mort. Cette doctrine n’est ni plus ni moins que l’exercice
personnel du pouvoir.
• La deuxième classe s’inscrit dans la stratégie
de comment organiser des élections démocratiques.
Ceux qui les organisent peuvent soit perdre soit gagner. Ce sont
ceux-là dont l’Afrique a besoin et qui, une fois
hors du pouvoir, animent aujourd’hui le forum des anciens
chefs d’Etat crée par Nelson MANDELA. Ils respectent
avant tout le principe constitutionnel de la limitation du mandat
présidentiel. Ce sont ceux-là qui contribuent à l’établissement
d’un ordre constitutionnel pérenne qui apporte aux
peuples la stabilité dont ils ont besoin pour s’épanouir,
faire reculer la pauvreté et s’intégrer plus étroitement à l’économie
mondiale.
L’élection de 2003 a répondu aux exigences
de la première classe, ce qui a aggravé la crise
et renforcé la misère dans laquelle vit le peuple
togolais. Comme il fallait s’y attendre, le pouvoir tend
une main fraternelle à l’opposition en faisant
ramener de Bruxelles par son gouvernement vingt deux (22) engagements
souscrits auprès de l’Union Européenne le
14 avril 2004.
Le Scrutin de 2005
Au lendemain du décès du chef de l’Etat
survenu le 05 février 2005, il faut avouer que la gestion
de la vacance et de la succession va coûter très
cher à la population, qui aura droit, pendant cet intermède, à trois
(03) coups d’Etat successifs pour installer au pouvoir
l’un des fils du défunt. Il y eut :
• un coup d’Etat militaire au cours duquel un groupe
d’officiers a fait allégeance à Monsieur
Faure GNASSINGBE au soir du 05 février 2005,
• un coup d’Etat constitutionnel qui permet au RPT
de tripatouiller la constitution déjà modifiée
avant 2003,
• un coup d’Etat électoral opéré le
26 avril 2005 et qui s’est soldé par des violations
massives des droits humains (des morts, des blessés, des
refugiés et des destructions de biens).
Après ces événements malheureux, il y a
eu des commissions d’enquête nationale et internationale.
Parmi leurs recommandations, il est encore fait référence
au dialogue sur lequel avait déjà insisté l’un
des vingt deux (22) engagements. C’est ainsi que la classe
politique va, à nouveau, se mobiliser dans un dialogue
qui a abouti, le 20 août 2006, à la signature de
l’Accord Politique Global (APG).
On prend ainsi les mêmes pour refaire la même chose.
Cette façon d’agir s’appelle la routine. Il
est aisément utile de souligner que cet exercice routinier
anéantit toujours tout réflexe d’anticipation
et paralyse du coup toute analyse. Il aurait été politiquement
indiqué pour l’opposition de faire le bilan des
accords conclus par le passé et ce, par rapport à leur
mise en œuvre aux fins d’en tirer les leçons
avant de s’engager dans le processus ayant abouti à la
signature de l’Accord Politique Global
L’Accord Politique Global
Dans le préambule de l’APG, il est écrit:
"Au terme des discussions empreintes de franchise et de fraternité,
les parties au Dialogue National Togolais ont affirmé leur volonté politique
d’œuvrer à une sortie de crise définitive".
Au lieu de chercher à faire garantir par l’ONU,
l’UE et la CEDEAO la mise en œuvre de l’APG,
on s’est satisfait de la présence des représentants
de l’UE et de la CEDEAO comme observateurs. La manière
dont l’APG a été mis en œuvre depuis
le 20 août 2006 jusqu’à nos jours soit plus
de 3 ans après sa signature, n’invite pas à l’espoir.
Les tâches à exécuter par le gouvernement
d’Union Nationale ont fait l’objet d’une feuille
de route très claire et sans équivoque. (Point
4.2 APG) Contre toute attente le gouvernement est allé présenter
un programme devant l’Assemblée Nationale. Etant
sur un terrain purement politique, le GRAD estime que la
feuille de route tient lieu de programme.
Le gouvernement d’Union Nationale et le gouvernement formé après
les législatives de 2007 ont distrait, pendant un bon
moment, le peuple avec des décrets sur le point 5.1 de
l’APG relatif au Cadre Permanent de Dialogue et de Concertation.
(CPDC) C’était une perte de temps avec toutes ces
empoignades et bousculades inutiles observées à la
porte d’entée du CPDC.
Le gouvernement d’Union nationale et l’actuel gouvernement
n’ont attaché aucun intérêt aux dispositions
du point 5.2 relatives au comité de suivi dont la mission
est de veiller à l’application de l’APG.
Les parties prenantes au dialogue national engagent le gouvernement à étudier
les propositions de révision constitutionnelle (point
3.2). C’est vrai que les réformes préconisées
par l’APG doivent s’inscrire dans la durée,
c’est aussi vrai que celles relatives au régime
politique, à la nomination et aux prérogatives
du premier ministre, aux conditions d’éligibilité du
président de la République, à la durée
et à la limitation du mandat présidentiel doivent être
faites avant le scrutin de 2010.
Le peuple n’est au courant de rien et pourtant c’est
en son nom que les acteurs politiques prennent des engagements.
Les médias officiels sont durs à la détente
pour ce qui concerne le droit du peuple à l’information.
Ce sont les médias étrangers (BBC; RFI; DW; Radio
Vatican etc.) qui le surprennent par des informations qu’ils
donnent sur l’actualité du Togo. C’est au
cours de certaines émissions que le peuple ou une partie
de la population apprend accidentellement ce que font les militants
de tel parti ou le ou les leaders de tel autre en direction du
facilitateur dans le cadre de la mise en œuvre de l’APG.
Mais ce qui est curieux, c’est la mobilisation faite par
les militants des partis politiques de l’opposition sur
les médias privés et parfois même sur les
médias étrangers pour étaler au grand jour,
non pas, les difficultés et les problèmes rencontrés
dans le processus de démocratisation en général
et dans la mise en œuvre de l’APG en particulier
mais tout simplement leurs querelles et rivalités de clocher.
On sue sang et eau sur les détails au détriment
des vrais problèmes.
II- Scénarios pour le scrutin présidentiel
de 2010
Dans la perspective de cette élection, l’actualité récente
fait état :
• de nomination de préfets au rang desquels certains
officiers de l’armée, alors que les dispositions
pertinentes du point 2.1-1 de l’APG précisent entre
autres… "que les dispositions soient prises en
vue de la réaffirmation solennelle et du respect effectif
de la vocation apolitique et du caractère national et
républicain de l’armée et des Forces de sécurité……..".
• de nomination de chefs traditionnels parfois en violation
flagrante de la tradition et au mépris des rites régissant
la chefferie traditionnelle.
• de création tous azimuts d’associations
régies par la loi du 1er juillet 1901 dont certaines
sont déjà en pré campagne.
Il est à la fois inquiétant et surprenant que
le pouvoir veuille œuvrer à la réconciliation
du peuple alors que les actes par lui posés ne sont pas
en phase avec l’objectif poursuivi. Il faut rappeler que
la réconciliation impose une obligation de comportement
et de responsabilité. Malheureusement ce mot est
devenu aujourd’hui un "cure-dent" politique.
D’août 2006 à fin décembre 2009 soit
plus de trois ans après la signature, le pouvoir et l’opposition
avaient le temps nécessaire pour réaliser les réformes
prévues par l’APG. Les actes posés par l’opposition
et le pouvoir dans sa mise en œuvre ne sont pas de nature à sortir
définitivement le Togo de la crise.
L’expérience vécue depuis le début
du processus de démocratisation permet d’affirmer
que le RPT n’a jamais eu le souci d’organiser des élections
transparentes, et ce n’est pas sûr que celle de 2010
puisse l’être. Le non respect de la parole donnée
et le non respect des différents accords qu’il signe
s’inscrivent dans ses habitudes de faire la politique.
Par ailleurs il ne faut pas oublier la déclaration faite
par le chef de l’Etat M. Faure GNASSINGBE, dans laquelle
il avait laissé clairement entendre que son père
lui a dit "qu’il est difficile de reprendre
un pouvoir qu’on a perdu".
Il est désolant de constater que l’opposition ne
fait rien pour provoquer les réformes prévues par
l’APG. Elle ne se soucie pas du tout des conditions de
vie et des attentes du peuple. Elle a volontairement ou involontairement
négligé ce peuple qui constitue pour elle un atout
majeur. Elle ne se gêne même pas pour l’informer
des problèmes et des difficultés rencontrés
par elle dans la mise en œuvre de l’APG. Tout ce à quoi
le peuple a droit, ce sont des échos sur les navettes
entre Lomé et Ouagadougou et sur des détails de
l’APG. On se déplace pour régler de petits
détails personnels au détriment des vrais problèmes.
L’opposition doit se remettre en cause et tout faire pour éviter
de donner raison à Marx GROUCHO qui a écrit : " La
politique est l’art de chercher les problèmes, de
les trouver, de les minimiser et de leur administrer les mauvais
remèdes à mauvais escient. "
L’opposition doit comprendre que le droit à l’information
fait partie des droits de l’homme. C’est pour cette
raison qu’elle doit organiser périodiquement des
meetings pour informer la population sur la situation politique
et recueillir des opinions ou avis à l’issue de
ces rencontres pour pouvoir élaborer des stratégies.
Il est indiqué de rappeler que le GRAD, avant le scrutin
présidentiel de 2005, avait, compte tenu de la tension
qui régnait dans le pays, fait des appels et entrepris
des démarches auprès des différents acteurs
politiques, des responsables des institutions de l’Etat,
des représentants des organisations internationales et
missions diplomatiques accréditées au Togo pour
qu’un système soit mis en place aux fins de ramener
le calme et la sérénité avant l’organisation
de l’élection présidentielle. Le ministre
de l’intérieur de l’époque en charge
de ladite l’élection, Monsieur François BOKO,
avait demandé qu’elle soit purement et simplement
reportée en raison du climat délétère
dans lequel s’est déroulée la campagne électorale.
Tout le monde connaît bien la suite.
Toujours fidèle à ses objectifs, le GRAD continue
de porter un regard critique sur la délicate situation
socio politique du pays, à l’approche du scrutin
présidentiel de 2010.
Pour assurer la transparence de l’élection présidentielle
de 2010, le GRAD tient pour fondamentales les conditions suivantes.
• La réforme relative au mode de scrutin, à la
durée du mandat présidentiel et aux attributions
du premier ministre doit être faite avant la fin de l’année
2009. Aucun argument, quel qu’il soit, ne saurait militer
en sa défaveur car l’assemblée nationale,
grâce à la procédure d’urgence, a récemment
adopté la modification de la loi organique relative à la
Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication
(HAAC). Il est également possible, comme elle l’a
fait pour le code électoral, de ramener la constitution
de 1992 non modifiée et non toilettée.
• La date prévue pour l’élection est
trop serrée par rapport aux diverses tâches à exécuter.
Elle oblige à la précipitation, à la confusion
et à la fraude qui sont souvent sources de contestations
et de violence. La crise togolaise est une crise politique qui
comme telle doit être réglée politiquement.
Il est indispensable de prendre le temps raisonnable qu’il
faut pour pouvoir faire œuvre utile, autrement dit, la
date du 28 Février 2010 fixée pour le scrutin n’est
pas réaliste. Le GRAD demande un report.
• La sécurité est un facteur très
important. Des mesures doivent être prises pour mettre
fin aux intimidations, aux harcèlements et à l’intoxication
qui sont organisés pour créer un climat de peur
au sein de la population.
L’actualité récente montre en vedette dans
les journaux, le major KOULOUM. Pourtant, tous ceux qui ont encore
en mémoire les événements malheureux de
2005, ne peuvent pas oublier cet ancien "combattant", qui
a été mis en cause, dans le rapport d’établissement
des faits de l’ONU, pour avoir organisé la boucherie
héroïque dans la préfecture de l’Ogou
(voir pp 32-34 dudit rapport et annexe 8 p. 47 du rapport de
FIDH). Par ailleurs une force de sécurité élection
présidentielle 2010 (FOSEP) est mise en place et dirigée
par le commandant de la gendarmerie nationale, le lieutenant
colonel YARK DAMEHANE. Il est à souhaiter que le FOSEP
joue effectivement son rôle en assurant la sécurité du
processus électoral avant, pendant, et après afin
d’éviter les exactions commises et la répression
par les forces armées et de sécurité et
les miliciens lors de l’élection présidentielle
d’avril 2005 (voir les rapports de l’ONU et de la
FIDH).
Lorsque le major KOULOUM se met en vedette, il est à craindre
qu’il ne reconstitue automatiquement son réseau
et se préparer à reprendre du service. Il faut
alors comprendre, en le laissant faire, que le pouvoir est en
train de donner un signal fort en direction de la population
pour lui signifier clairement qu’il n’a cure de la
lutte contre l’impunité et il l’exprime au
contraire par un mépris souverain.
Pourtant parmi les vingt deux (22) engagements, celui relatif
au N° 2. 6 précise sans équivoque:
"Engagement de faire poursuivre, par des mesures juridiques
ou disciplinaires, les auteurs avérés des exécutions
extrajudiciaires, des actes de torture et de traitements dégradants
et inhumains……"
Compte tenu de tout ce qui précède, le GRAD invite
toutes les forces progressistes qui aspirent à un véritable changement à se
mobiliser dès maintenant pour exiger et obtenir les conditions
qui garantissent une élection transparente et crédible
notamment, le mode de scrutin à deux tours qui permet
d’avoir un président élu par la majorité car,
en considérant la multiplicité des candidatures
déjà annoncées, le mode de scrutin à un
tour fera sortir des urnes un candidat élu par une minorité.
Le scrutin à deux tours peut contribuer à la réconciliation
en persuadant les Togolaises et les Togolais de la justesse du
vote de la majorité des électeurs à l’échelle
nationale.
Le GRAD rappelle au pouvoir et à l’opposition qu’ils
doivent bien comprendre:
- que le pourrissement de la situation ne saurait les
avantager,
- que les Togolais sont à bout de souffle et ne vont plus
accepter d’être assujettis à la misère
et à la souffrance,
- qu’il n’est pas souhaitable que l’indifférence
et la lassitude s’emparent de la population, car ce sont
des sentiments qui engendrent souvent des comportements dangereux,
- que la communauté internationale ne pourra plus s’investir
dans cette démocratisation à la togolaise.
Quant aux structures en charge du scrutin (CENI avec ses démembrements)
et aux organisations de la société civile (OSC)
qui seront sollicitées pour participer au processus, le
GRAD estime que ces deux entités sont des partenaires
car elles œuvrent ensemble pour le même objectif
c’est - à - dire la transparence du processus électoral.
C’est une mission qui exige:
• une forte discipline de l’esprit,
• un climat de confiance basé sur la crédibilité,
l’impartialité et le professionnalisme des OSC ainsi
que sur le professionnalisme et la transparence de la CENI avec
ses démembrements,
• la mise en place d’un système de gestion
de l’information qui impose que toute communication et échange
d’informations se fassent par écrit,
• l’établissement de contact permanent empreint
de courtoisie entre les OSC et la CENI avec ses démembrements
pour permettre de maintenir des relations de bonnes collaborations,
• l’organisation périodique des points de
presse à l’endroit de la population par rapport à l’évolution
du processus électoral. Cela est très important
car le droit à l’information fait partie des droits
de l’homme.
Enfin pour bâtir la cité, le GRAD reste convaincu
que ce sera une entreprise collective. Si nous sommes conscients
qu’elle est notre seule patrie, alors faisons tout pour
que le scrutin de 2010 soit une élection transparente
et crédible qui ouvre la voie à une nouvelle ère
pour les Togolaises et les Togolais qui n’auront plus besoin
d’un autre accord politique. Ainsi le Togo, un seul pays
avec un seul peuple, restera l’Or de l’humanité.
Lomé le 15 décembre 2009
Victor Alipui, Président du GRAD
|