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Diplomatie: France-Togo:
Tensions entre Paris et Lomé après
le renvoi d'un diplomate français
18 décembre 2009
Il ne reste plus que quelques jours à Eric Bosc pour
plier bagages. Sur ordre des autorités togolaises, le
premier secrétaire de l'ambassade de France à Lomé doit
quitter, dans les plus brefs délais, la capitale, où il
réside depuis trois ans. La raison? Le diplomate français
se serait affranchi de son devoir de réserve en s’affichant à plusieurs
reprises aux côtés de l’opposant Kofi Yamgnane,
candidat à la présidentielle du 28 février
2010. Interrogé par FRANCE 24, l’intéressé,
que l’on disait être encore à Lomé ce
mercredi, s'est refusé à tout commentaire. De son
côté, Kofi Yamgnane admet connaître depuis
plusieurs années Eric Bosc. "C’est est
un ami. Mais ce n’est pas interdit à un diplomate
d’avoir un ami politique!" s’exclame l’homme
politique franco-togolais, qui a accompli ses premiers faits
d’armes dans l’Hexagone. Ancien secrétaire
d'Etat du président socialiste François Mitterrand,
Kofi Yamgnane s’est fait connaître du grand public
en devenant le premier maire noir de France. A Saint-Coulitz,
un village de l’Ouest de la Bretagne, la région
d’origine d’Eric Bosc. De quoi tisser des liens…
Nervosité à l'approche d'une présidentielle
délicate
Pour nombre d’observateurs, cette expulsion trahit une
certaine nervosité du pouvoir togolais à l'approche
d'une échéance présidentielle délicate. "Le
climat dans le pays est électrique en ce moment. L’opposition
est en train de faire monter la pression", rapporte
Emmanuelle Sodji, correspondante de FRANCE 24 au Bénin.
Les candidats à la présidentielle militent en faveur
d’une consultation à deux tours plutôt qu’à un
seul comme il en est pour l’instant question. Un mode de
scrutin qui, selon l’opposition, favoriserait le président
sortant, Faure Gnassingbé, fils de Gnassingbé Eyadèma,
au pouvoir pendant 38 ans. "Le message est très
clair: le gouvernement a peur parce que je suis devenu un candidat
sérieux", affirme Kofi Yamgnane. Et son attaché de
presse, Ronan Le Flécher, d’ajouter: "Kofi
Yamgnane est régulièrement intimidé par
le gouvernement en place. Il n’a pas encore reçu,
par exemple, sa carte de l’électeur". Une
information que la Commission électorale nationale indépendante
(Ceni) n’a pas souhaité confirmer ni infirmer. Chargé au
sein de l’ambassade française du suivi de la politique
intérieure, Eric Bosc serait considéré à Lomé comme
le témoin gênant de pratique électorale peu
scrupuleuse. Selon le ministère des Affaires étrangères,
qui, en guise de représailles, a demandé le départ
de Paris d’un diplomate togolais du même rang, Eric
Bosc "a fait preuve d'un grand professionnalisme".
Un message pour Paris
Pour Albert Bourgi, politologue et spécialiste du continent
africain, il ne fait aucun doute que cette expulsion "a
un fort parfum électoraliste. Il s’agit probablement
de mettre en garde Paris contre des velléités d’ingérence."
Un point de vue partagé par d’autres experts du
Togo. "Faure Gnassingbé veut signifier à la
France qu'il ne veut pas que l'on s'occupe de ses affaires",
appuie Antoine Glaser, directeur de la publication "La
Lettre du continent". Selon le journaliste, l’homme
fort de Lomé est très agacé des "messages" de
démocratie que lui envoie la France via le président
burkinabè, Blaise Compaoré, chargé de la
médiation entre le pouvoir et l'opposition. "Des
officiels à Paris ont reçu à plusieurs
reprises des opposants togolais comme Gilchrist Olympio. Et cela
irrite le chef de l’Etat togolais", explique-t-il.
En renvoyant le diplomate français, Faure Gnassingbé montre "à ses ‘amis’ français
qu'il est totalement indépendant [de la France], même
si l’homme d’affaires Vincent Bolloré a
fait un retour majeur sur le port autonome de Lomé",
analyse Antoine Glaser.
En juin 2009, le gouvernement togolais a confié au groupe
Bolloré la gestion de ce port en eaux profondes, porte
d’entrée vers le Burkina Faso, le Niger et le Mali.
Certains observateurs avaient alors analysé cette décision
comme un geste envers Nicolas Sarkozy, le grand ami de Vincent
Bolloré, pour obtenir son soutien lors de la présidentielle
togolaise.
Source: France 24
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