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Médias: Année noire pour
la presse:
En Afrique, bilan mortel le plus lourd
pour la presse depuis 2000
21 décembre 2009
2009 s’est déjà soldée comme l’année
la plus meurtrière pour les professionnels des médias à travers
le monde depuis 1992, selon un rapport annuel du Comité pour
la Protection des Journalistes (CPJ) sur les journalistes tués
en raison de leur travail. L’Afrique sub-saharienne a enregistré son
plus lourd bilan de cette décennie, et les assassins des
victimes jouissent d’une impunité totale, selon
le même rapport publié cette semaine marquant les
tristes anniversaires des meurtres non résolus de Norbert
Zongo au Burkina Faso en 1998 et de Deyda Hydara en Gambie en
2004.
En Afrique sub-saharienne, 12 journalistes ont été assassinés
en relation directe avec leur travail cette année, juste
une perte de vie en moins que le lourd bilan enregistré en
1999, à cause de la guerre civile en Sierra Leone. Cette
fois, le conflit en cours en Somalie a coûté la
vie à la plupart des victimes, mais d'autres journalistes
ont été assassinés alors qu'ils enquêtaient
sur la corruption au Nigéria et au Kenya ou
en couvrant la crise politique à Madagascar. Le CPJ enquête
sur les cas de deux autres journalistes de la République
du Congo et la République démocratique du Congo
afin de déterminer si leurs morts étaient liés
au journalisme.
En Somalie, neuf journalistes locaux ont été assassinés
ou tués dans des situations de combat. En 2009, de violents
extrémistes islamistes ont mené une campagne de
terreur contre la presse en Somalie, en menaçant et en
assassinant des journalistes et en se saisissant de stations
de radio. «Nos neuf confrères tombés
en Somalie sont une perte immense pour la petite bande de journalistes
qui risquent leur vie chaque jour, juste en marchant dans la
rue», a déclaré le Directeur adjoint
du CPJ, Robert Mahoney, qui aide à coordonner le plaidoyer
du CPJ dans la région. «Leurs reportages courageux
les exposent non seulement aux échanges de tirs et à des
violences aveugles mais aussi à des assassinats ciblés
par des insurgés qui veulent contrôler les informations à tout
prix.»
A l’échelle mondiale, au moins 68 journalistes
ont été tués en raison de leur travail,
ce qui est le plus lourd bilan jamais documenté par le
CPJ. Ce nombre record est en grande partie attribuable au massacre
de plus de 30 professionnels des médias lors d’un
règlement de comptes électoral dans la province
philippine de Maguindanao. Jamais le CPJ n’a recensé de
pires violences contre les médias. Le bilan mortel de
2009 dépasse celui de 2007 quand 67 journalistes
avaient été tués, en grande partie en raison
des violences en Irak.
Comme les années passées, le meurtre a été la
principale cause des décès liés au travail
des journalistes en 2009. Au moins 50 journalistes ont été ciblés
et tués en représailles à leur travail,
ce qui représente environ les trois quarts des décès
en 2009. Onze journalistes ont été tués
dans des tirs croisés dans des situations de combat, tandis
que sept autres sont morts alors qu'ils couvraient des missions
périlleuses telles que des descentes de police ou des
manifestations de rue.
La plupart des nations les plus meurtrières pour la presse
en 2009 ont des records de longue date en matière de violence
contre les journalistes et des taux élevés d'impunité pour
ces attaques.
«2009 a été une année d’anéantissement
sans précédent pour les médias du monde
entier, mais la violence confirme également des tendances à long
terme», a déclaré le directeur exécutif
du CPJ, Joël Simon. «La plupart des victimes étaient
des reporters locaux couvrant des informations dans leurs propres
communautés. Les auteurs sont partis du principe, vu
les précédents, qu'ils ne seraient jamais punis.
Que les meurtres aient eu lieu au Kenya ou aux Philippines,
en Russie ou au Mexique, changer cette perception est la clé pour
réduire ce bilan», a-t-il ajouté.
L'énormité du massacre aux Philippines est sans
précédente. Vingt-neuf journalistes et deux de
leurs collaborateurs figuraient parmi les 57 personnes brutalement
assassinées en novembre dernier dans une embuscade motivée
par des rivalités politiques entre clans. L’événement
antérieur le plus meurtrier pour la presse s’est
produit en Irak en octobre 2006, lorsque 11 employés de
la télévision Al-Shaabiya ont été tués
dans une attaque contre les studios de la chaîne à Bagdad,
selon des recherches du CPJ.
Les meurtres extrêmes commis à Maguindanao reflètent
le profond climat d’impunité aux Philippines, où le
laxisme dans l’application des lois et l’absence
de volonté politique ont mené à un nombre élevé de
meurtres de journalistes et à de faibles taux de condamnation
pendant deux décennies. Pendant deux années consécutives,
le CPJ a identifié les Philippines comme l'un des pires
pays du monde en matière de violence contre la presse.
Quatre journalistes ont été tués au Pakistan
au cours de l'année, parmi eux, figure Musa Khankhel,
un journaliste de la télévision locale connue pour
son indépendance. Enlevé par des hommes armés
alors qu'il couvrait une marche pacifique près de la ville
de Matta dans une zone contrôlée par les talibans,
M. Khankel a été torturé puis criblé de
balles.
Trois journalistes ont été assassinés en
Russie, qui enregistre un taux élevé de mortalité parmi
les professionnels des médias depuis plus de deux décennies.
Dans le recensement annuel des victimes en 2009 figure Abdulmalik
Akhmedilov, le directeur de publication d’un journal au
Daguestan qui a vivement critiqué les responsables du
gouvernement russe pour avoir réprimé les dissensions
religieuses et politiques. Il a été retrouvé criblé de
balles dans sa voiture. En septembre dernier, le CPJ a publié un
rapport intitulé Anatomie de l’injustice, qui a
analysé le nombre élevé de meurtres non
résolus de journalistes en Russie, et a conduit le gouvernement à promettre
de réexaminer plusieurs cas.
Deux journalistes ont été tués au Mexique
et au Sri Lanka. Dans l'État de Durango, au Mexique, des
assaillants ont enlevé le reporter judiciaire Eliseo Barrón
Hernández à son domicile, devant sa femme et ses
deux jeunes filles. Son cadavre a été retrouvé le
lendemain dans un fossé d'irrigation avec une blessure
par balle à la tête. M. Barrón venait de
publier un article sur la corruption policière.
Des représailles politiques ont également été le
motif suspecté dans le meurtre de Lasantha Wickramatunga,
un directeur de publication sri-lankais qui a critiqué la
politique du gouvernement en ce qui concerne la guerre avec le
groupe rebelle des Tigres tamouls. Huit hommes casqués à bord
de quatre motos ont entrainé de force le véhicule
de M. Wickramatunga au bord d’une rue très fréquentée
en dehors de Colombo et l'ont bastonné avec des barres
de fer et des bouts de bois.
Voici d'autres tendances et détails qui ressortent de
l'analyse du CPJ:
- Le total de 2009 est de plus de 60 pour cent supérieur
au total de 42 décès enregistré en 2008.
- Toutes les victimes de 2009, sauf deux, étaient des
journalistes locaux. Bien que les reporters locaux aient longtemps été plus
vulnérables à la violence meurtrière que
leurs confrères étrangers, l’écart
n'a jamais été aussi grand que cette année.
- Les journalistes de la presse écrite représentent
56 pour cent du total, ce qui indique que la presse écrite
continue de jouer un rôle de première ligne dans
la couverture médiatique des situations dangereuses.
Bien que les recherches du CPJ aient constaté une baisse
notable du nombre de journalistes de la presse écrite
en prison, elles n’indiquent aucune baisse similaire
sur le nombre de décès parmi les reporters de
la presse écrite, les directeurs de publication et les
photographes.
- En plus des meurtres à Maguindanao, le CPJ a enregistré en
2009 trois autres décès liés à l’exercice
du journalisme aux Philippines. En tout, 32 journalistes et
deux collaborateurs de presse ont été tués
dans ce pays cette année.
- Deux journalistes sont morts du fait de négligence
ou de mauvais traitement pendant leur incarcération
sur des accusations liés à leur profession. Novruzali
Mamedov, est mort dans une prison d'Azerbaïdjan après
s'être vu refuser des soins médicaux adéquats,
tandis que le bloggeur iranien Omidreza Mirsayafi est mort à la
Prison d'Evin, dans des circonstances qui n'ont jamais été très
bien expliquées.
- Au moins deux journalistes ont été portés
disparus cette année, l’un au Mexique et l'autre
au Yémen.
- Neuf journalistes indépendants sont parmi les victimes
de 2009. Cette proportion des journalistes indépendants
est conforme à celle des années précédentes.
- D'autres endroits où des professionnels des médias
ont été tués sont: l’Afghanistan,
la Colombie, Le Salvador, l’Indonésie, le Kenya,
Madagascar, le Népal, le Nigeria, le Territoire palestinien
occupé, et le Venezuela.
Le CPJ a commencé à documenter méticuleusement
les cas de décès de journalistes en 1992. Le personnel
du CPJ applique des critères stricts pour chaque inscription
sur sa liste. Ses chercheurs enquêtent de manière
indépendante sur les circonstances de chaque décès.
Le CPJ juge qu’ un décès est lié a
l’exercice du journalisme lorsque son personnel est raisonnablement
certain que la victime a été tuée en représailles
directes à son travail, dans des tirs croisés
ou dans une mission périlleuse pendant la recherche ou
la retransmission d’informations.
Si les circonstances d’un meurtre ne sont pas clairs,
et qu’il est toutefois possible qu’un journaliste
ait été tué en raison de son travail, le
CPJ classe ce cas comme étant «non confirmé» et
poursuit son enquête. La liste du CPJ n'inclut pas les
journalistes décédés des suites de maladie
ou tués dans des accidents, comme les accidents de voiture
ou d'avion, à moins que ceux-ci aient été délibérément
provoqués. D'autres organisations de défense de
la liberté de la presse, qui utilisent des critères
différents, citent un nombre de décès plus élevé que
celui du CPJ.
La base de données du CPJ sur les journalistes tués en
raison de leur travail en 2009 comprend des fiches sur chaque
victime et une analyse statistique. CPJ offre également
une base de données sur tous les journalistes tués
depuis 1992. Une liste finale des journalistes tués en
2009 sera publiée début janvier 2010.
New York, le 18 Décembre 2009
Le COMITÉ POUR LA PROTECTION DES JOURNALISTES (CPJ),
est une organisation indépendante, à but non lucratif
basée à New York et devouée à défendre
la liberté de la presse dans le monde depuis 1981. Veuillez
consulter notre site web au www.cpj.org
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