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Togo: Répression de la liberté de la presse:

La Direction de Golfe Info donne sa version des faits

23 décembre 2009

Golfe Info, le journal togolais par lequel le régime RPT veut faire taire la presse privée au TogoUne conférence de presse s’est tenue vendredi dernier au siège du journal Golfe Info. Le but était, pour le Directeur Général du Groupe de Presse «Golfe Info-Fréquence1- TV7», Monsieur Kouanvi Sodji, de présenter la version du journal dans le cadre de la fameuse affaire ANR/Golfe Info. A cet effet, chaque invité a eu droit à un jeu de photocopies de tous les éléments écrits disponibles à propos de cette affaire.

Rappelons qu’à la suite de l’arrestation de M. Eugène Atigan-Ameti à l’aéroport de Lomé pour trafic de drogue, le journal Golfe Info, dans son numéro 590 du mercredi 30 septembre 2009, publiait un article sous le titre: Trafic de drogue au Togo/La présidence de plus en plus embarrassée. Depuis le 29 octobre, le Journal Golfe Info fait l’objet de harcèlements et de poursuite (HAAC, OTM sur saisine de la Direction Générale de la Documentation Nationale (DGDN), Tribunal de Première instance de Lomé, …). Suite aux interpellations de la HAAC et de l’OTM, deux rectificatifs ont été publiés par le Journal et qui n’ont pas suffi.

Dans la déclaration liminaire lue à l’assistance et signée du DG, le caractère inique de la condamnation a fait pour l’essentiel, l’objet de cette déclaration. Une telle iniquité qui ne saurait laisser indifférent tout homme épris de justice, ne pourrait que conduire à faire le lien avec «une mort programmé d’un Groupe de presse très attaché à sa liberté, à sa pluralité et à son indépendance».

«Au nom de cette indépendance, pouvait-on lire dans la déclaration liminaire, que de menaces reçues, que de harcèlements, que de chantages, que d’injustices vécues, que de discriminations subies, que d’humiliations, que de tracasseries et de pressions tout au long de ces semaines, de ces mois, de ces années!». Quelques échantillons de ces éléments méritent d’être partagés avec le public qui pourrait en juger lui aussi.

«Quand nous vous aurons envoyé le Fisc et que vous aurez un redressement de 100 millions, nous verrons bien comment est-ce que vous allez vous en sortir». Ce qui vient d’être collé à Golfe Info semble bien faire l’affaire. «Vous croyez qu’on ne peut pas vous envoyer derrière les barreaux, si on veut?». «Vous êtes qui et sur quoi comptez-vous?». «Vous pensez qu’on ne peut pas vous asphyxier en vous privant de publicités?». Ces menaces, déclare le DG Sodji, sont réelles et il y en a qui sont même sur bande, histoire de prouver que ce ne sont pas des inventions.

L’amende collée à Golfe Info s’élève à 1,5 million de FCFA, plus 80 millions de FCFA de dommages et intérêts pour ce qui est de la sanction pécuniaire infligée. Soit au total 81,5 millions de FCFA pour un Groupe de presse privé dont tous les Togolais connaissent l’environnement dans lequel évolue la presse écrite et audiovisuelle togolaises en général et qui, de l’avis du DG, a parfois des difficultés à payer les salaires des employés.

A la fin de déclaration, la direction du Groupe de presse en a appelé solennellement au Président de la République, et à toutes les personnes éprises de paix et de justice à:
      -œuvrer en sorte que le droit puisse être dit et que justice soit rendue;
      -intervenir pour que cette machination dont ils sont victimes s’arrête;
      -intervenir de façon à leur garantir avant, pendant et après la présidentielle, la sécurité de leurs investissements et la sécurité de leur personnel.

Il convient de faire remarquer que lors du débat qui a suivi la déclaration liminaire, le DG répondant à la  demande de la plupart des intervenants de se mobiliser autour du confrère pour mener des actions concrètes, a tenu à dire que l’objectif principal de la rencontre c’est de donner sa version des faits à ses confrères afin qu’ils soient mieux informés, et non pour les mobiliser afin de voir quelles actions ils pourraient mener ensemble. Mais, a-t-il tenu à préciser, il n’interdit pas une prise d’initiative. Il a tenu toutefois à rassurer l’auditoire que le Journal va interjeter appel. Et que tout ce qu’ils espèrent, c’est que la justice togolaise dise le droit. Pour le DG Sodji, il est difficile de comprendre que Mey Gnassingbé qui pouvait légitimement mener une action en justice contre Golfe Info, ne l’ait pas fait et que ce soit l’ANR disqualifiée, qui le fasse.

Commentaire
A l’analyse, tout porte à croire que l’objectif visé par les autorités en exigeant que le journal révèle sa source d’information, c’est de mettre la main sur l’informateur absolument.  Pourtant le code de  déontologie et de la presse est sans équivoque sur ce point en son article 8: «Du secret professionnel. Le journaliste doit garder le secret professionnel. Quelles que soient les menaces qui pèsent sur lui, il ne divulgue pas les sources des informations obtenues». Idem pour l’article 67 du code togolais de la presse.

Ceux qui exigeaient le démenti, pouvaient bien faire leur propre droit de réponse et attendre que le journal refuse de le publier pour s’en prendre à lui. Et puis, «source proche de l’ANR» ne signifie pas ANR, ce que beaucoup consentent à considérer comme exact avec toutes les subtilités de la langue française.

D’après les informations du DG Sodji, depuis 5 ans, que le journal existe ni l’OTM, ni la HAAC n’ont eu une seule fois à lui faire la moindre observation, tellement, ils s’efforçaient à beaucoup de professionnalisme et faisaient du journalisme une passion. Nous pensons qu’au moins, on devrait en tenir compte dans la sanction, si l’on veut travailler réellement à la promotion de la presse dans le pays.

80 millions de dommages et intérêts, tout à fait disproportionnée par rapport à la «faute». Surtout à un moment où l’on parle de réforme de la justice, une telle amende semble apporter la preuve que la fameuse réforme de la justice clamée à tue tête n’est pas pour demain. Quand on se rend compte qu’il arrive encore aujourd’hui que de manière fantaisiste, on exige des cautions exorbitantes que rien n’explique, de ceux qui sont appelés à ester en justice pour qu’on s’occupe de leur cas, sachant que cette caution, ils ne pourraient jamais l’avoir. C’est le cas tout dernièrement encore dans l’affaire des victimes de la présidentielle de 2005 pris en compte par le CACIT.

Pourquoi Mey Gnassingbé dont le nom figurait dans l’article et qui avait la possibilité de porter plainte, ne l’a pas fait et que ce soit l’ANR qui n’est pas une institution de la République, une simple agence, sans personnalité physique ni morale, qui este en justice contre Golfe Info?

On peut aussi accessoirement se demander, au vu des nombreuses menaces dont le Groupe de presse, par la voix de son Directeur Général dans dit faire l’objet, si par hasard on n’aurait pas tenté de l’entraîner par des achats de consciences dans l’autre camp et qu’il n’aurait pas accepté, préférant faire son travail en toute liberté et indépendance.

A.S


 

 

 

 

 

 

           

           

 

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