|
Togo: Lutte pour les
droits de l’homme:
Un comité de
soutien aux droits de l’homme sur les fonds
baptismaux
12 janvier 2010
A un mois et demi de la présidentielle
togolaise et au regard des violences et des violations répétées
des droits de l’homme qui s’ensuivent, un comité de
soutien aux droits de l’homme est né. Son objectif,
fait du monitoring et du fundraising afin d’alerter l’opinion
sur toute entorse aux droits humains. Nous avons rencontré son
coordinateur qui nous fait le point.
Etiame: Pourquoi
un comité de
soutien aux droits de l’homme quand on sait qu’il
existe déjà de nombreuses organisations de défense
des droits de l’homme au Togo?
Yves Têtê Houédakor:
Je vous remercie de me donner l’opportunité de
faire connaître notre organisation qui
vient de prendre forme il y a seulement quelques
mois. En matière des droits de l’homme
et surtout au Togo, on ne peut faire l’économie
des associations qui interviennent dans les libertés
fondamentales. Le Togo est un cas particulier
et pour nous, il y a encore peu d’organisations
actives dans ce domaine. Au Togo, nous connaissons,
la Ligue togolaise des droits de l’homme
(LTDH) qui traverse actuellement des moments
difficiles depuis que son président a
préféré un fauteuil ministériel
au détriment de la défense des
libertés, l’Association togolaise
des droits de l’homme (ATDH) et le Collectif
des associations contre l’impunité au
Togo de Me Ata Messan Zeus Ajavon. Comme vous
pouvez le constater, on a seulement trois (3)
organisations crédibles au Togo. Le comité de
soutien aux droits de l’homme au Togo (CSDH-Togo)
ne vient pas en concurrent mais cherche à créer
des synergies avec les autres organisations pour
apporter son appui et organiser des campagnes
de formation, d’information et de dénonciation.
Etiame: Quels sont vos objectifs?
YTH: Je me souviens qu’avant et après
la présidentielle de 2005, la LTDH en manque de ressources,
avait lancé une campagne de collecte de fonds pour
apporter assistance aux nombreuses victimes de la barbarie
des enfants Gnassingbé, du pouvoir RPT, de sa milice
et des forces armées togolaises. A l’époque
j’ai été très affecté par
cet appel. C’est ainsi que des amis et moi avions apporté notre
pierre. Et comme je viens de le dire tantôt, nous avons
pour objectifs de faire du fundraising et du monitoring.
En d’autres mots, soutenir les organisations togolaises
de défense des droits de la personne, d’informer
la communauté internationale sur les nombreux cas
de violations des droits de l’homme et dénoncer
les abus du pouvoir. Nous sommes bien avancé dans
nos discussions avec certaines organisations au Togo.
Etiame: Et comment comptez- vous
organiser tout cela?
YTH: Je crois que le plus
difficile c’est de rester les bras croisés à ne
rien faire. Nous sommes un comité de
soutien et notre approche est d’avoir
assez de volontaires constitués en réseaux.
Nous avons actuellement dix réseaux
notamment au Togo, en France et Belgique, en
Suisse, en Allemagne, aux Etats-Unis et au
Canada. Chaque réseau a pour cahier
de charges d’atteindre les objectifs
du comité à savoir faire du fundraising
et monitoring. Quant à moi, je ne suis
que le coordinateur de ces réseaux et
je crois personnellement que le jeu en vaut
la chandelle. Permettez-moi de me servir de
votre tribune pour appeler les Togolaises et
Togolais de bonne volonté et les Amis
du Togo à venir nous rejoindre pour
réaliser ce projet combien de fois important.
Etiame: Quelle analyse faites-vous
de la situation actuelle Togo en matière des droits
de l’homme?
YTH: Il ne faudrait pas se
voiler la face, le constat est dramatique et
grave. D’autres personnes parlent de
stratégie de la terreur. Notre analyse
est fondée sur des faits. Je ne reviendrai
plus sur les centaines de morts et les milliers
de personnes violentées et déplacées
après la parodie d’élection
d’avril 2005. Il faut reconnaître
que « les habitudes de la maison » ont
les dents dures. Au mois de juillet 2009, les
journalistes descendus dans la rue suite à l’agression
d’un des leurs ont été vertement
menacés et pris à partie par
le lieutenant Yark Damehane actuel directeur
général de la gendarmerie nationale
et actuel commandant de la Force sécurité élection
présidentielle 2010 (FOSEP 2010). Rappelons
que la FOSEP a pour mission de garantir la
sécurité avant, pendant et après
la présidentielle. Concernant toujours
la presse, le journal Golfe Info est suspendu
pour deux mois et condamné à une
amende de 80.000.000 francs Cfa pour diffamation.
Il y a seulement quelques jours, le Mouvement
citoyen pour l’alternance a violemment été dispersé par
les forces de la gendarmerie nationale lors
d’une réunion privée. Avec
présence de militaires lourdement armés
dans les rues de Lomé, et lorsque des
militaires s’amusent à soutenir
le pouvoir, il faut comprendre qu’il
y a péril en la demeure. Quant aux partis
politiques, ils sont tolérés
et les responsables politiques souvent intimidés
et limités dans leurs activités.
L’inexistence d’une véritable
société civile au Togo témoigne
de la main mise du pouvoir sur les associations.
Ces quelques exemples prouvent à suffisance
que le pourvoir actuel au Togo s’investit à restreindre
les libertés fondamentales des Togolais.
Le Togo est le seul pays de la sous-région
où, la population ne peut s’exprimer
librement dans les lieux publics et mêmes
privés de peur d’être torturé ou
de disparaître. J’ose croire que
vous êtes du même avis que moi
lorsque j’affirme que le constat est
triste et inquiétant.
Etiame: Et votre mot de fin?
YTH: Je tiens à préciser que
notre structure se positionne au dessus des partis politiques
et a pour centre d’intérêt le respect
scrupuleux des droits de l’homme. Je reconnais que
durant 40 ans, le régime des Gnassingbé a navigué à contre
courant de l’idéal démocratique. Il est
grand temps de tourner la page raison pour laquelle je supplie
le peuple togolais à voter utile c’est-à-dire,
de se mobiliser pour le départ des Gnassingbé du
pouvoir, qu’ils ont longtemps confisqué. On
ne peut prendre indéfiniment un tout un peuple en
otage. On peut servir son pays en n’étant pas
aux affaires. Je demande donc aux Togolais de croire en l’avenir
et voter pour le changement.
Dieu bénisse le Togo.
Yves Têtê Houédakor
Coordinateur du comité de soutien aux droits de l’homme
au Togo
csdh.togo@gmail.com |
|