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CAN 2010: Après le mitraillage du bus togolais:

Le sélectionneur du Togo charge les organisateurs de la CAN

13 janvier 2010

Hubert Velud, l'entraîneur des Eperviers du TogoLe Français Hubert Velud, sélectionneurde l'équipe du Togo, a appris hier l'exclusion de son équipe. Il revient sur le drame vécu et évoque l'avenir.

La fusillade
«J'ai tout de suite eu un réflexe de survie. À la première salve, je me suis couché par terre. Dans la seconde qui suit, tu te demandes si tu es vivant ou mort, tu te palpes de partout pour vérifier. Après, c'est l'incompréhension. Heureusement, le chauffeur du bus, bien que gravement blessé, a eu le réflexe de ne pas s'arrêter, et que l'armée angolaise était là pour riposter. Sinon, on était cuit. C'était un vrai guet-apens, des mecs de chaque côté de la route, à dix mètres du car, à nous arroser d'un tir croisé et nourri. C'est l'enfer. En un rien de temps, la vie bascule dans l'affolement.»

Les victimes
«Pour notre joueur le plus grièvement touché, le Pontivyen Kodjovi Obilalé, s'il est en vie, sa carrière est compromise. Mais il est en vie. Ce n'est déjà pas mal. Puis, il y a ces terribles morts de mon entraîneur adjoint, dont j'étais très proche, de notre attaché de presse. Il ne faut pas oublier un officiel de la CAF, et le chauffeur du car, dont on est sans nouvelle précise. J'entends dire que le chauffeur est vivant. Moi, j'ai vu dans quel état il était. À mon avis, il n'a pas survécu...»

Le retour à la maison
«Cela s'est passé en deux phases. Lorsqu'on nous a posé la question de savoir si on voulait poursuivre ou pas, le drame était trop frais. Alors, évidemment, on pensait à tout, sauf au football. Notre première réaction a donc été de dire qu'on ne voulait plus jouer. Le temps aidant, on a changé d'avis. Pour les victimes. C'était notre manière de leur rendre hommage. Mais il y a aussi cette tradition togolaise qui veut que l'on applique trois jours de deuil national. On a d'abord respecté cette tradition. On a émis un souhait, après l'État a tranché. Donc, on est rentré à Lomé pour ce deuil.»

L'exclusion de la CAN
«La décision de rentrer n'a pas été facile à prendre, mais on nous avait laissé entrevoir à la CAF (Confédération africaine de football) qu'on pourrait revenir. Voilà maintenant qu'on est exclus de la CAN. C'est l'application pure et dure du règlement, sans tenir compte de la situation. Que peut-on y faire, en dire ? Rien. Parfois, on évoque la loi et son esprit. Il semble que ce ne soit pas possible pour la CAN. Mais on est sûr que nos morts auraient voulu que l'on y retourne.»

L'avenir
«Mon contrat avec le Togo débuté en octobre, court jusqu'au 31 janvier. Jusqu'à ce drame, tout avait été super dans cette première expérience africaine, tant humainement que professionnellement. Maintenant, on vit un traumatisme psychologique terrible. Les heures passent et on revient malgré tout à la réalité de la vie. Le football est notre vie, alors on y revient pour vivre. Forcément. Désormais, il va falloir trouver les mots, pour permettre à chacun d'absorber cet épisode dramatique. Je sais que ce ne sera pas facile. Mais c'est la seule possibilité de continuer à jouer. La seule.»

Recueilli par Olivier CLERC

Une minute de silence est observée avant le début de tous les matches du 1er tour, en hommage aux deux membres de la délégation togolaise décédés.

Le Togo a été disqualifié de la CAN, puisqu'il n'a pas participé, hier, à son premier match dans le tournoi contre le Ghana.

Ouest France
 
 

 

 

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