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Togo: Présidentielle de 2010 et fraudes massives:

Au Nord: Inscription des mineurs, liste électorale exagérément gonflée

28 février 2010

La liste électorale dans la région septentrionale du Togo est gonflée pour avoir le même nombre de votants que dans le sud du paysLes opérations de  révision des listes électorales se sont achevées le 10 janvier dernier avec la zone III. Dans les régions des Savanes, de la Kara et centrale, la population électorale a été exagérément augmentée avec l’enregistrement massif des mineurs. Une anomalie à corriger si tous les acteurs ont réellement à cœur d’organiser un scrutin à la ghanéenne.

Selon les experts électoraux et un rapport confidentiel de l’Union européenne, il y avait eu 900 000 électeurs fictifs lors de l’élection présidentielle de 2005 qui a débouché sur une rare violence. Cette grossièreté a été un tant soi peu rectifiée dans le cadre des législatives du 14 octobre 2007. A preuve, la population électorale de 2005 était de 3.599.306 contre 2.908.309 pour les législatives. Mais ce dernier chiffre est jugé anormal par le rapport de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne. «En effet, la population totale est officiellement estimée à 5 337 000 individus, soit une population électorale équivalent à approximativement 61% de la population totale, un chiffre qui pose problème du point de vue de la logique démographique tant au niveau national qu’au niveau des circonscriptions». Pour la Mission, «le point de départ pour les évaluations démographiques est le dernier recensement général de la population conduit, dans des conditions d’exactitude impossible à évaluer, en 1981. Sur la base de cette référence, le taux de croissance moyen de la population pour la période considérée serait supérieure à 2,5%, une progression qui n’autorise pas à estimer une population en âge de voter supérieure à 50% de la population totale». Et à en croire les experts électoraux, le fichier électoral de 2007 qui a obtenu l’onction de toute la classe politique a été gonflé de deux cent cinquante mille (250.000) électeurs fictifs.

Ce qui suppose que, dans la perspective du scrutin présidentiel du 28 février 2010, il y avait des anomalies à corriger par le biais d’un audit du fichier. Mais cette étape du processus a été bâclée malgré les ressources financières mobilisées. Même l’opposition qui a donné son aval au fichier électoral de 2007, ne pouvait plus se dédire et a gardé le morceau au travers de la gorge. Et c’est dans ce méli-mélo qu’ont été organisées les opérations de révision des listes électorales.

Parlant de la population électorale anormale de 2007, la Mission de l’UE mentionne dans son rapport que «Les anomalies statistiques constatées, si elles sont aisément explicables en ce qui concerne la circonscription du Golfe (sous estimation de la croissance urbaine de Lomé), supposeraient dans le cas de circonscriptions rurales comme Tchamba ou Dankpen des abus généralisés et massifs». Ces abus sont l’enregistrement de ressortissants étrangers et de mineurs. Et la mission fait observer que le «cas d’un enfant paraissant 12 ans disposant une carte d’électeur a été rapporté» à Blitta.

C’est ce à quoi on a assisté lors des dernières révisions des listes électorales dans une partie de la Zone II et dans la Zone III considérée à tort ou à raison comme le fief du parti au pouvoir. Dans les régions des Savanes, de la Kara et centrale, la liste électorale a été gonflée de façon outrancière par l’enregistrement des mineurs.

Ne voulant pas être surpris, les partisans du statu quo ont tenté d’équilibrer l’électorat du Nord avec celui du Sud. Ce qui a fait que lors des opérations dans les trois régions du septentrion, les ministres, les députés ainsi que les cadres ont vidé la capitale pour aller mobiliser des mineurs. Ces doux êtres ont gonflé la population électorale. Cet état de chose a créé des tensions dans certaines localités. On en parlera  très prochainement.

Selon un travail effectué par le Professeur d’université Magloire Kuakuvi et publié par notre confrère Crocodile et les statisticiens, le nombre des nouvelles personnes à inscrire découle de la différence entre la population attendue en février 2010 et celui des inscrits en 2007 augmenté du nombre estimé de personnes à radier en 2010. En plus, le nombre total de nouvelles personnes à inscrire sur la liste électorale s’élève à 240.900 et se répartit de la manière suivante selon les régions:
- Région Maritime: 102.000
- Région des Plateaux: 56.500
- Région Centrale: 24.800
- Région de la Kara: 30.500
- Région des Savanes: 26.900
 
D’après les données recueillies auprès des Commissions électorales locales indépendantes (CELI), le nombre des nouvelles personnes inscrites sans ceux qui se sont fait délivrer le duplicata dépasse de loin les prévisions dans les régions des Savanes, de la Kara et Centrale. Alors qu’il était prévu 24 800 nouveaux inscrits pour toute la région centrale, on a pour la seule préfecture de Tchaoudjo 20 036 nouveaux votants. Voici la situation dans les autres préfectures de la région.
- Préfecture de Sotouboua: 12. 158
- Préfecture de Blitta: 14. 537
- Préfecture de Tchamba: 15. 149

Pour toute la région, il a été donc enregistré 61 880 nouveaux électeurs.

La même anomalie est constatée dans la Région de la Kara où nous n’avons pas eu les données de certaines préfectures. Etait prévu ici l’enregistrement de 30 500 nouveaux électeurs, selon toujours les experts. Sans les préfectures de la Kozah, d’Assoli  et de Doufelgou, le total des nouveaux inscrits dans les préfectures suivantes supplante les estimations : 45 987 contre 30 500.
- Préfecture de Dankpen: 10 022
      - Préfecture de Bassar: 17 176
      - Préfecture la Binah: 9 068
      - Préfecture de la Kéran: 9 721
     
      Il faut faire remarquer que la préfecture de Doufelgou présente une situation inexplicable. Sur le procès-verbal, il a été mentionné 8 910 nouvelles inscriptions. Mais on retrouve sur le CD 12 656
      nouveaux inscrits. Une équation que la CENI se doit de résoudre.

      Bien que 26 900 nouvelles inscriptions soient annoncées dans la Région des Savanes, la préfecture de Tône, à elle seule, a enregistré 41 821 nouveaux électeurs sans bien sûr – nous le précisons encore – ceux qui se sont fait délivrer des duplicata. La situation se présente dans les autres préfectures de la façon suivante :-Préfecture de Kpendjal : 9 600
      - Préfecture de l’Oti: 16 166
      - Préfecture de Tandjouaré: 11 929

Le total pour toute la région fait: 79 516.

En attendant de faire le même travail pour les autres régions et préfectures, ces anomalies sont devenues un casse-tête togolais pour les membres de la CENI qui se doivent de les corriger avant la tenue du scrutin. Cette volonté de gonfler la liste électorale va fausser les résultats et engendrer des actes de violence aux conséquences incalculables. Affaire à suivre.                    

Zeus Aziadouvo, correspondant permanent à Lomé

 

 

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