Togo: Opposition et candidature unique:
Véritable marché de dupes:
hypocrisie, perfidie, mesquinerie…
28 février 2010
Devant l’enjeu et la perversité du pouvoir en place,
l’union de l’opposition autour d’un candidat
se révèle la méthode la plus idéale
pour venir à bout du régime Faure Gnassingbé lors
de l’échéance présidentielle de février
prochain. Les populations en sont convaincues et ont poussé les
deux principaux partis de l’opposition à explorer
cette voie. C’est ainsi que les consultations ont été ouvertes
depuis le 28 janvier 2009 entre l’Union des Forces de Changement
(UFC) et le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR)
dans le but de dégager ce candidat unique. Cette union
de toute l’opposition autour d’un seul candidat s’impose
davantage devant l’échec des discussions sur le
retour du mode de scrutin à deux tours. L’idée
est partagée et clamée par la plupart des leaders
des forces démocratiques; mais tous font montre d’une
hypocrisie outrancière dans cette quête.
Les discussions ouvertes depuis lors entre les deux mastodontes
de l’opposition peinent à aboutir. A l’UFC
qui brandit son statut de parti principal de l’opposition
pour réclamer cette candidature unique s’oppose le
CAR qui réclame un retour de l’ascenseur. Il a été mis
en place un comité mixte paritaire pour approfondir les
réflexions, mais sans résultat. Le processus
a pris un coup sérieux depuis la sortie maladroite du
leader de l’UFC sur RFI le 15 octobre 2009 où il
déclarait que la candidature unique de l’opposition
n’est pas essentielle et qu’il n’existe que
deux partis au Togo, le RPT et l’UFC, avant d’appeler les
autres partis à se joindre à sa candidature. Le
CAR en a fait un prétexte et décidé de ne
pas se rallier à la candidature de Gilchrist Olympio comme
porte-étendard de l’opposition.
Ces deux partis ont donc passé leur temps à tirer
le drap chacun de son côté, rejetant les arguments
de l’un et de l’autre. On en était là lorsque
le forfait du «problème» fut annoncé en
fin de semaine dernière. Cloué aux Etats-Unis d’Amérique
par un mal de dos, Gilchrist Olympio n’a pas pu faire le
déplacement de Lomé pour les dernières formalités
de dépôt de sa candidature. Il sera remplacé au
pied levé par son Secrétaire général
Jean-Pierre Fabre. Comme si véritablement l’«opposant
historique» était un frein à l’union
de l’opposition, son retrait et le positionnement de Jean-Pierre
Fabre vont relancer le débat sur la problématique
de la candidature unique.
Le tout premier à se signaler est le candidat de Sursaut-Togo
Kofi Yamgnane. Le Franco-Togolais a rappelé samedi 16
janvier, juste au lendemain de la clôture du dépôt
des dossiers de candidature, sur les ondes de RFI la nécessité de
la candidature unique de l’opposition. C’est un appel
pathétique qu’il a lancé à ses pairs.
Dans la foulée, le leader du CAR investi pour 2010, Me
Yawovi Agboyibo aussi va lancer son appel. Certaines formations
politiques clament n’avoir pas présenté de
candidat pour la course juste pour favoriser l’union de
l’opposition. C’est le cas du Pacte Socialiste pour
le Renouveau (PSR) de Me Abi Tchessa. D’autres candidats
même investis par leur parti et dont les dossiers ont été acceptés
par la Commission électorale nationale indépendante
(CENI) se disent prêts à se retirer pour peu
que l’UFC et le CAR s’entendent sur un nom. On peut
citer ici Bassabi Kagbara investi par le Parti Démocratique
Panafricain (DPD) puis adoubé par le Collectif
de l’Opposition Démocratique Extraparlementaire
(CODEP), et Agbéyomé Kodjo de l’Organisation
pour Bâtir dans l’Union un Togo Solidaire (OBUTS).
Ils sont encore nombreux dans les coulisses à abonder
dans le même sens. Tout ce beau monde clame la candidature
unique de l’opposition. Mais personne n’a le courage
d’énoncer le ou les critères qui doivent
guider ce choix. On a l’impression que chacun évite
de dire le critère pour ne pas faire les affaires de l’autre,
espérant dans son for intérieur que le choix tombe
sur lui. De l’hypocrisie et de la perfidie en somme. On
est dans un véritable marché de dupes.
La logique voudrait que le critère primordial, sinon
l’unique soit la popularité. L’union s’est
toujours faite autour du candidat ou du parti le plus
populaire. L’honnêteté intellectuelle devrait
avoir guidé depuis longtemps les différents leaders
de l’opposition à énoncer ce critère
et le débat serait clos. Mais au CAR on se braque, car
cela reviendrait à concéder le privilège à l’UFC,
et le « Bélier noir » serait laissé sur
le carreau. Il faut pour cela trouver un argument pour faire
du dilatoire : le retour de l’ascenseur. Posons-nous les
vraies questions. Au nom de quoi c’est au CAR que doit
retourner l’ascenseur et non à la Convention Démocratique
des Peuples Africains (CDPA) de Léopold Gnininvi, à l’Alliance
des Démocrates pour le Développement Intégral
(ADDI) d’Aimé Tchaboré Gogué ou à une
des autres formations politiques faisant partie de la Coalition à avoir
soutenu le candidat unique Bob Akitani de l’UFC en 2005?
Le CAR brandira certainement sa représentativité à l’Assemblée
nationale - c’est le 3è parti le plus représenté au
Togo au regard des chiffres des législatives d’octobre
2007-, sa plus grande popularité donc par rapport aux
autres. C’est ici qu’apparaît la malhonnêteté intellectuelle.
On refuse donc ce critère brandi par l’UFC pour
réclamer le choix du candidat unique mais on le met en
avant quand ses intérêts sont en jeu.
Du côté du nouveau venu Kofi Yamgnane, on nourrit
aussi des ambitions. Le Franco-togolais fait à l’opposition
le procès de l’inefficacité de sa stratégie
politique et promet de nouvelles recettes; on se pose comme le
pont entre le Nord et le Sud, le gage contre l’ethnocentrisme,
l’interlocuteur valable avec l’armée. Le natif
de Banjeli espère profiter de ces failles et de la dispute
UFC-CAR. Au sein de OBUTS, on met dans la balance la connaissance
des arcanes du pouvoir RPT par son leader Agbéyomé Kodjo
et on nourrit aussi d’ambition.
Le manque d’honnêteté politique pour énoncer
le critère du choix de ce candidat unique et le forfait
de Gilchrist Olympio donnent des idées à certains
qui hier, voyaient en lui le frein. L’horizon dégagé,
Me Yawovi Agboyibo au lieu de rentrer dans l’histoire, être
un faiseur de roi en se ralliant à la candidature de Jean-Pierre
Fabre, a entrepris une grande manipulation des esprits et se
pose en «figure emblématique de l’opposition» après
le retrait de «l’opposant historique» qui
le barrait, trouve aujourd’hui que le problème
c’est plutôt la méthode UFC qui n’a
pas marché et propose donc d’essayer celle du CAR.
Une façon donc de se vendre comme le candidat unique idéal
pour l’opposition.
Comme pour attester l’hypocrisie des leaders de l’opposition,
une rencontre a été initiée par Victor Alipui
du GRAD et l’Historien Godwin Tété dimanche
dernier pour mener des réflexions sur la candidature unique.
La rencontre était ouverte aux partis politiques et autres
candidats de l’opposition. Mais aussi bizarre que cela
puisse paraître, ces leaders qui clament à cor et à cri
la candidature unique de l’opposition étaient invisibles.
La plupart n’ont envoyé que des représentants.
Tino Kossi
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