Dossier: Présidentielle
togolaise de 2010:
Forces et faiblessesdes huit (8) candidats
officiellement déclarés
02 février 2010
La Commission électorale nationale indépendante
(CENI) a bouclé vendredi 15 janvier à minuit le
dépôt de candidature pour l’élection
présidentielle du 28 février 2008. Malgré les
nombreuses candidatures annoncées, ce sont seulement huit
candidats dont une femme qui vont s’aligner pour la conquête
du fauteuil présidentiel. Il s’agit de: Brigitte
Kafui Adjamagbo-Johnson (CDPA), Yawovi Agboyibo (CAR), Jean Pierre
Fabre (UFC), Faure Gnassingbé (RPT), Bassabi Kagbara (PDP),
Agbéyomé Kodjo (OBUTS), Nicolas Lawson (PRR), Kofi
Yamgnane (candidat indépendant). Quelles sont les forces
et les faiblesses des huit prétendants au palais de Marina?
1- Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson
Forces: Militante de première heure
de la Convention démocratique des peuples africains
(CDPA), Mme Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson, née le
26 décembre 1958 à Bassar, est l’unique
femme à l’élection présidentielle
du 28 février. C’est un choix audacieux fait par
le Prof. Léopold Gnininvi et son parti. Une première
dans l’histoire politique du Togo. Le temps étant à la
promotion de la femme, nombre de femmes peuvent se retrouver
en elle et vont vouloir lui accorder leur voix. Elle peut donc
bénéficier du soutien de la gent féminine
qui ne veut plus être confinée dans les seconds
rôles. Mais, comme elle a eu à le dire dans une
interview, elle n’est pas seulement le porte-étendard
de la femme togolaise mais de tous les citoyens sans exception. «Parmi
ces ressources figurent celles que recèlent les femmes
qui constituent la moitié de la population de ce pays.
Ceux qui pensent qu’une candidature féminine serait
une goutte d’eau dans la mer, pourraient être surpris.
De plus, je ne voudrais pas que ma candidature soit prise uniquement
comme une candidature féminine, mais comme la candidature
d’une citoyenne qui a fait ses preuves et qui peut, elle
aussi, apporter quelque chose», explique-t-elle.
Cette juriste de formation surnommée « dame
de fer» ou «le président me charge » pour
tout ce qu’elle a fait lors de son passage dans le bureau
provisoire de la Conférence nationale souveraine, a
toutes les qualités nécessaires pour présider
aux destinées des Togolais.
Faiblesses: Mme Adjamagbo-Johnson peut être
victime des clichés traditionnels et des idées
arrêtées qui font croire que la femme n’a
pas à s’engager dans une élection présidentielle
réservée aux hommes. La Béninoise Marie-Elise
Gbedo, plusieurs fois candidate dans son pays, en sait quelque
chose.
En outre, la candidate de la CDPA n’a jamais été élue
députée ou conseillère municipale – les élections
locales n’ayant jamais été organisées – pour
jauger son calibre électoral. L’expérience
des élections législatives du 14 octobre 2007 dans
la circonscription de Lomé-Commune a été une
bérézina. Au décompte final, son parti s’est
retrouvé avec zéro pointé. Ainsi, pour être
visible sur l’aire politique nationale, la CDPA a choisi
de participer au gouvernement. Une option qui risque d’être
préjudiciable à «Djama gakpo» (dame
de fer). Ira-t-elle au bout ou va-t-elle se désister en
faveur d’un autre candidat?
2- Me Yawovi Agboyibo
Forces: C’est l’un des cerveaux
du combat démocratique au Togo. Depuis son passage à la
tête de la Commission nationale des Droits de l’Homme
(CNDH), Me Yawovi Agboyibo, né en 1943 à Kouvé (Préfecture
de Yoto), s’est décarcassé pour que les
56 600 km² s’ouvrent à la démocratie
où le peuple choisirait librement ses dirigeants. Que
d’actes n’avait-il pas posés au prix de
sa vie ! Que d’humiliation n’a-t-il pas subies
! On disait de lui au début de la lutte qu’il
avait disparu avec un fauteuil d’Eyadema et que celui-ci
se trouvait chez lui à Kouvé. Une bonne trouvaille
qui a permis de le mythifier. En 1993, année de la première élection
présidentielle au Togo, alors qu’il jouissait
d’un prestige et d’une popularité dans l’opinion
togolaise, il s’est retiré de la course prétextant
la mauvaise organisation du scrutin. A preuve, il ferra une
véritable razzia au cours des élections législatives
qui ont eu lieu début 1994.
Depuis, le «Bélier noir» ne s’est
jamais lassé et est toujours à la pointe de la
lutte démocratique. Il a été député à l’Assemblée
nationale et Premier ministre. Il ne lui reste qu’à mettre
son nom dans le fauteuil présidentiel. Fort de toutes
ses expériences, Me Agboyibo qui participe à sa
dernière élection présidentielle, peut être
valablement élu le 28 février 2010.
Faiblesses: Il est souvent reproché au «Bélier
noir» ses calculs politiciens dans lesquels il
se noie finalement. Ne dit-on pas qu’il faut faire attention
au lendemain du succès ? Après avoir mal géré la
victoire de l’opposition aux législatives de 1994,
Me Agboybo et son parti ont commencé à perdre
du terrain au profit de l’UFC de Gilchrist Olympio. Depuis
l’élection présidentielle de 1998, les
performances du CAR tournent autour de 10%. Les résultats
des dernières législatives en sont une illustration.
C’est pourquoi nombre d’observateurs estiment que
le salut du président d’honneur du CAR ne viendra
que du choix d’un candidat unique de l’opposition.
3- Jean-Pierre Fabre
Forces: Né le 2 juin
1952 à Lomé, Jean-Pierre Fabre est l’un
des candidats surprise. Jusqu’à mercredi
13 janvier, rien ne présageait sa candidature, car le
candidat officiel de l’UFC était Gilchrist Olympio.
Mais le Secrétaire Général de l’UFC
profite de la méforme de son mentor pour se positionner.
Economiste de formation, Fabre est connu des Togolais pour son
engagement dans le combat pour l’instauration d’un
véritable Etat de droit au Togo. Contrairement à son
président, il fait partie de la jeune génération
de politiciens et est un homme de terrain. Pour cette élection
présidentielle, il va sûrement jouir de l’aura
du « fils de l’indépendance ».
La popularité de l’UFC est aussi un atout. Ce parti
aurait pu avoir le même nombre de sièges que le
parti au pouvoir s’il n’y avait pas eu ce découpage
inique. Le président du Groupe parlementaire UFC pourrait
en outre recevoir le soutien de la diaspora qui voit en lui une
alternative crédible. Jean-Pierre Fabre qui, depuis qu’il
est député, a commencé à s’assagir,
possède beaucoup d’atouts pour diriger le Togo après
le 28 février 2010.
Faiblesses: Les difficultés peuvent
venir de son propre camp. Tant sa désignation comme candidat
du parti n’a pas été une mince affaire. Il
se peut que les fidèles de Gilchrist Olympio cherchent à glisser
sur son parcours des peaux de banane ou qu’en guise de
vendetta ils deviennent des taupes au service du parti au pouvoir.
C’est pourquoi les observateurs pensent que «JPF» doit
rapidement adopter une nouvelle stature, celle de rassembleur
et qu’il devra reprendre les discussions avec les autres
candidats pour obtenir des soutiens en dehors de son parti pour
cette échéance électorale très capitale.
4- Faure Essozimna Gnassingbé
Forces: Le président sortant Faure
Essozimna Gnassingbé, né le 6 juin 1966 à Afanyan
(Préfecture des Lacs), ne cesse de se battre pour remporter
la présidentielle du 28 février 2010. Suivant à la
lettre le conseil laissé par son père: «Papa
nous a toujours dit que si le pouvoir nous échappe,
il nous sera difficile de le retrouver», l’expert
financier met les bouchées doubles aux fins de conserver
son «bien». Pour ce faire, il s’est
lancé dans des opérations de séduction
en se muant en bon Samaritain. Il saisit toutes les initiatives
pour enjoliver un tant soi peu son image. L’argent étant
le nerf de la guerre, il en distribue à la volée.
Et l’utilisation des moyens de l’Etat n’est
pas exclue.
Le «fils de la nation» peut aussi compter
sur la machine RPT qui est mise en branle depuis plus d’un
an. Ce parti sait comment on gagne des élections sur le
continent africain.
Faiblesse: Nombre de Togolais ne sont pas satisfaits
de son bilan et vont vouloir le sanctionner. «Rien
n’a changé au Togo et ce n’est pas à quelques
mois du scrutin qu’il faut se jeter à l’eau»,
soutiennent-ils. Au sein de son propre camp, il y a des aigris
qui l’accusent d’avoir fait la part belle à ses
amis alors que ceux ont œuvré à sa victoire
en 2005 sont réduits à la portion congrue. Sans
oublier les fidèles et admirateurs de son demi-frère
Kpatcha qui ne sont pas contents du sort qui a été réservé à leur
maître. Un vote-sanction de ces derniers est fort possible. «Même
si Faure libère son frère à quelques jours
des élections, ça ne changera rien à la
donne. Les gens ont été marqués par cette
affaire», indique un défenseur des Droits de
l’homme
5- Bassabi Kagbara
Forces: Né le 31 décembre
1942 à Sola (Préfecture de la Binah), Bassabi
Kagbara va participer à sa première élection
présidentielle. Le Président du Parti démocratique
panafricain est l’un des candidats « Poids
plume » à cette élection du 28 février
2010. Il peut surfer sur sa petite expérience aux dernières
législatives pour se faire connaître davantage
sur le plan national. Car, ce serait prétentieux de
dire que le Président du Groupe BK-Université va
aux élections pour les gagner. Peut-être que c’est
une candidature stratégique visant à demander
une bonne part du gâteau dans le cadre des discussions
pour le choix d’un candidat unique de l’opposition.
Faiblesses: Le premier handicap de Bassabi
Kagbara, c’est qu’il n’est pas très
connu des Togolais. En plus, le parti ne s’est sérieusement
implanté que dans sa Binah natale ainsi que dans
quelques préfectures du Septentrion.
6- Gabriel Messah Agbéyomé Kodjo
Forces: Investi par l’Organisation
pour Bâtir dans l’Union un Togo Solidaire (OBUTS),
Gabriel Messah Agbéyomé Kodjo - né le
12 octobre 1954 à Tokpli (Préfecture de Yoto) – est à sa
première expérience. Ancien ministre de l’Intérieur,
ancien président de l’Assemblée nationale
et ancien Premier ministre, il ne reste que le fauteuil présidentiel
que le natif de Tokpli va accrocher à son arc. Sa connaissance
des affaires de l’Etat reste un avantage pour lui. La
densité de son projet de société en est
une illustration.
En plus, il connaît le système RPT pour l’avoir
servi pendant plusieurs années. Il sait comment les fraudes
s’organisent au sein du parti au pouvoir et ne va pas se
laisser faire.
Faiblesses: Le principal obstacle de l’expert
stratégique sera son passé politique. Ses prises
de position antérieures ont marqué les esprits
et les gens ne sont pas prêts à les oublier. Ainsi,
faire chevalier seul est une bataille perdue d’avance.
Il convient qu’il s’inscrive dans la dynamique du
candidat unique de l’opposition pour que les forces démocratiques
marquent beaucoup de buts le 28 février 2010.
7- Nicolas Lawson
Forces: C’est la troisième fois
successive que Jean Nicolas Messan Lawson né le
11 mars 1953 à Aného (Préfecture des Lacs),
s’aligne pour un scrutin présidentiel. Pour les
deux présidentielles, il n’a jamais franchi la
barre de 5% pouvant lui permettre de se faire rembourser sa
caution.
Le directeur de société a souvent de bonnes idées,
de bonnes théories. Mais, il pêche dans la manière
de les présenter. Comme le dit l’autre, c’est
une candidature olympique: l’essentiel est de participer.
Faiblesses: Le patron du Parti du Renouveau
et de la Rédemption (PRR) a un discours tranché et
violent qui fait pouffer de rire les Togolais qui ne l’ont
jamais pris pour un politicien sérieux. Aussi, ses récentes
tribulations au Ghana l’ont-elles discrédité davantage
aux yeux de l’opinion.
8- Kofi Yamgnane
Forces: Né le 31 décembre 1945 à Bangéli
(Préfecture de Bassar), Kofi Yamgnane est le nouveau
venu dans le bourbier politique togolais. Après avoir
fait toute sa carrière en France, cet ancien élève
du Collège Saint Joseph a décidé de revenir
servir son pays. Candidat indépendant, il a des arguments à faire
valoir à ce scrutin présidentiel. Les déçus
du RPT ainsi que ceux de l’opposition peuvent se retrouver
en lui et n’hésiteront pas à lui accorder
leur voix. Il a commencé à bouleverser déjà le
septentrion présenté comme une chasse gardée
du parti au pouvoir.
Faiblesses: L’ingénieur des Mines
n’est pas assez au fait des réalités togolaises.
A preuve, il a un peu trimé avant de réunir les
2000 signatures nécessaires au dépôt de sa
candidature. De plus, il ne peut pas faire l’affaire en
portant seul sa croix. Ce qui remet sur le tapis la question
de la candidature unique de l’opposition. «Ce
que je souhaite, c’est qu’on aille uni face à un
parti qui est dominateur, fraudeur et violent. On ne peut pas
partir en rangs dispersés. Nous devons avoir un seul candidat,
celui qui est capable de rassembler tous les Togolais y compris
l’institution militaire», a-t-il déclaré récemment à travers
un appel.
Voilà sommairement présentés les huit candidats à l’élection
présidentielle du 28 février prochain. La liste
définitive des prétendants à la magistrature
suprême ne sera publiée qu’au plus tard
dix-huit (18) jours avant le scrutin par la Cour Constitutionnelle
conformément à l’article 175 du même
code.
Zeus A. |