|
Togo: Présidentielle du 28 février 2010
et candidature unique:
Tous presque unanimes sur la candidature
de Jean-Pierre Fabre, sauf Me Agboyibo
09 février 2010
Avec le maintien du scrutin à un tour, les partis politiques
de l’opposition doivent tirer des leçons de la débâcle
de leurs collègues gabonais afin de s’unir autour
d’un seul candidat. Mais dans le microcosme politique togolais,
chaque leader politique a ses raisons que les citoyens lambda
ne connaissent point. Il n’y a pas de sincérité dans
les discours appelant au choix d’un candidat unique qui
reste pourtant un passage obligé. Mais ces dernières
heures, tout semble aller dans l’optique souhaitée
par l’ensemble du peuple togolais. Et ceci grâce à la
pugnacité d’après des indiscrétions,
de l’ancien ministre togolais de l’intérieur
François Boko.
Jean-Pierre Fabre, candidat unique de l’opposition
En fait, les élections primaires organisées en
ligne par certains sites d’information togolais Diastode,
FM Liberté, M05, Togocity et Tultogo du 30 janvier au
02 février 2010 et qui font office d’un sondage,
ont vu la participation de 314 votants. Les voix se répartissent
comme suit: Adjamagbo: 13 voix, Agbéyomé Kodjo:
6 voix, Agboyibo: 7 voix, Fabre: 152 voix, Kagbara: 0 voix, Nicolas
Lawson: 1 voix, Yamgnane: 135 voix.
Même si ce vote ne signifie presque rien et n’a
touché qu’une portion congrue des nombreux togolais
de la diaspora qui ont voté pour la plupart, il se dégage
que le Secrétaire général de l’UFC,
Jean-Pierre Fabre est le mieux placé pour représenter
l’ensemble de l’opposition à cette élection
cruciale de la dernière chance.
Ceci dit, en dépit de l’absence de l’«opposant
historique» Gilchrist Olympio, l’UFC demeure
la première force de l’opposition et jouit toujours
d’une immense popularité auprès des populations
togolaises. Il a une assise électorale large et est
implanté dans tous les recoins du pays. Et Jean-Pierre
Fabre qui est devenu le porte-étendard du parti, a déjà fait
ses preuves en conduisant royalement la liste UFC de Lomé-Commune
lors des élections législatives du 14 octobre
2007. Cet homme de terrain est une alternative crédible
pour conduire les forces démocratiques à la
victoire le 28 février 2010. C’est à lui
de jouer le rôle de rassembleur en ne se prenant pas
de haut de haut. L’essentiel étant de privilégier
l’intérêt national. Il doit discuter avec
tous les partis même avec ceux qui n’ont pas présenté de
candidat. «La tâche qui nous attend est immense.
Elle exige le concours de toutes les forces démocratiques
et de toutes les forces vives de notre pays. Je demande à toutes
les forces de me rejoindre pour un travail commun dans l’intérêt
de la Nation», a-t-il lancé la semaine dernière
après la décision de la Cour constitutionnelle.
Joignant l’acte à la parole, le président
du groupe parlementaire UFC va vers les différents candidats
aux fins de les amener à se rallier à sa candidature.
Mais pour l’heure, les choses ne semblent pas évoluer
dans le bon sens.
Les micmacs de Me Agboyibo
Dans son ouvrage «Mémoires», Paul de Gondi,
cardinal de Retz, écrivait: «Toute vie est une responsabilité et
nous sommes coupables non seulement du mal que nous faisons mais du bien que
nous ne faisons pas». Le bien que ne fait pas le président
d’honneur du CAR et dont il se rendra coupable, c’est de ne pas
accepter la candidature de Fabre et de se cramponner à cette idée
arrêtée de «retour de l’ascenseur».
Dans l’ordre normal des choses, c’est toujours autour du parti
le plus représentatif que se fait l’union des forces démocratiques
décidées à en finir avec un régime étouffant.
N’est-ce pas dans ce sens que Me Yawovi Agboyibo avait refusé en
1994 de concéder le poste de Premier ministre à Edem Kodjo?
L’histoire étant faite pour se répéter, Me Agboyibo
serait en phase avec lui-même et ses positions antérieures s’il
décidait de s’effacer au profit du candidat de l’UFC. C’est
une question de logique: ne fais pas à l’autre ce que tu ne veux
pas qu’on te fasse.
En effet, c’est depuis janvier 2009 que le CAR et l’UFC,
les deux principaux partis de l’opposition, ont ouvert
des discussions pour le choix d’un candidat unique. Me
Agboyibo très habile dans la création des concepts
politiques, a rangé dans le placard la fameuse «cogestion» pour
en ressortir le «retour de l’ascenseur».
Avec ses quatre députés, le CAR entendait que l’UFC
lui renvoie l’ascenseur dans le bas fond afin qu’il
puisse monter au pinacle. Tout semblait évoluer jusqu’à la
triste sortie du président national de l’UFC sur
RFI. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase
du CAR qui n’a pas hésité à crier
haro sur le «fils de l’indépendance».
Pour le «parti des déshérités»,
Gilchrist Olympio n’est pas un rassembleur capable de fédérer
toutes les forces démocratiques. Me Agboyibo et ses partisans
déclaraient même à tous ceux qui voulaient
les entendre qu’ils sont prêts à soutenir
tout candidat de l’UFC autre que Olympio. «Même
si c’est un bois, nous sommes prêts à le soutenir»,
distillaient-ils.
Aujourd’hui, dame nature ayant réglé le
cas Olympio en le mettant hors course, Me Agboyibo n’entend
plus soutenir le «bois» et veut aller à tout
prix aux élections. Pourtant, il est l’un de ceux
qui entretiennent des rapports cordiaux avec le Secrétaire
général de l’UFC. Comme il l’exprime
d’ailleurs dans l’interview qu’il a accordée à L’Observateur
Paalga: «Et parmi ceux qui sont ouverts à une
candidature unique figure Jean-Pierre Fabre. Il serait donc dommage
que nous ne puissions pas aller au bout de cette candidature
unique». Pourquoi Me Agboyibo ne peut-il pas alors
se transcender en apportant son soutien à la candidature
de son jeune frère Fabre?
Fidèle à ses habitudes, le «Bélier
noir» de Kouvé vogue dans ses micmacs. Il
ne parle plus de «retour de l’ascenseur» mais
de la «méthode politique du CAR qui a fait
ses preuves, dans le passé, une méthode qui a
rendu possibles certains changements sans violence».
Ainsi, a-t-il poursuivi dans l’interview, «Quand
je dis que l’opposition doit former un bloc, ce n’est
pas un rassemblement autour d’un individu, mais plutôt
autour d’une méthode qui rassure tout en permettant
d’arriver aux résultats que nous recherchons.
C’est cela la clef du problème que vous évoquiez.
J’ai toute la conviction que si l’opposition forme
le bloc autour du candidat dégagé par le CAR,
elle gagnera l’élection de février».
Dans le cas contraire, ce sera un fiasco. A moins que toutes
ces machinations et ces trouvailles conceptuelles ne visent
qu’à aider Faure Gnassingbé à conserver
le pouvoir, quitte à attraper quelques postes ministériels
après le «vote des bêtes sauvages».
Un candidat n’a-t-il pas déclaré la semaine
dernière qu’au même moment qu’ils
appellent tous à un candidat unique de l’opposition,
certains vont négocier avec Faure Gnassingbé?
Le cas Agbéyomé Kodjo
Depuis qu’il a annoncé sa candidature, le président
de l’Organisation pour bâtir dans l’union un
Togo solidaire (OBUTS), Agbéyomé Kodjo, n’a
cessé d’appeler à l’union de toutes
les forces démocratiques derrière un seul candidat.
Il en parle à toutes les occasions. «A défaut
d’une élection à deux tours, l’alternative
la mieux indiquée pour maximiser les chances de victoire
des Forces du Changement serait de se réunir et faire
bloc autour d’un candidat unique. Le destin de notre Nation
vaut bien mieux que les intérêts de tout un chacun.
Chaque leader doit par conséquent consentir à des
sacrifices afin de dégager celui qui a réellement
les moyens d’affronter le pouvoir en place. En tout état
de cause, nous demeurons optimistes, conscients que le Changement
et des lendemains meilleurs frappent déjà à la
porte des Togolais», a-t-il martelé dans une
interview publiée le 2 février dernier par le site
Internet du MO5.
Mais jeudi dernier, il a fait une sortie pour le moins surprenante.
Réagissant à l’appel de Jean-Pierre Fabre,
l’ancien Premier ministre a déclaré: «Si
j’ai mille raisons de m’effacer pour m’aligner
derrière Gilchrist Olympio, je n’ai pas les mêmes
raisons de m’effacer pour m’aligner derrière
Jean-Pierre Fabre». Tout en y mettant un peu de bémol: « Néanmoins,
si l’alternance passe par là, je m’y plierai».
Des propos qu’a vite repris à son compte le site
gouvernemental republicoftogo.com,
satisfait de la situation dans laquelle se trouve l’opposition. «L’ancien
Premier ministre Agbéyomé Kodjo a indiqué qu’il
refusait le principe d’une candidature unique au profit
de l’UFC (opposition), dont le candidat est Jean-Pierre
Fabre. L’UFC d’aujourd’hui n’est plus
celle d’hier. Si M. Olympio était là, nous
pourrions renoncer à nos ambitions et nous ranger derrière
lui, mais pas avec Jean-Pierre Fabre », rapporte-t-il.
Au commencement, c’était Fabre qui allait chez
ces différents acteurs pour les convaincre de soutenir
la candidature de son mentor Gilchrist Olympio. Il avait pris
beaucoup d’initiatives dans ce sens. Et une fois que la
providence a neutralisé l’«opposant historique» et
porté Fabre au devant de la scène politique, les
choses auraient pu s’accélérer pour le choix
du candidat unique de l’opposition. Mais malheureusement,
l’absence de Gilchrist Olympio fait saliver tous ces leaders
qui croient qu’avec ce vide, ils peuvent gagner les élections
du 28 février. Des calculs politiciens qui risquent de
faire les affaires de Faure Gnassingbé. Agbéyomé Kodjo
dont le parti est créé il y a un peu plus de deux
ans et qui n’a pas testé sa force électorale
lors des dernières législatives, ne peut pas demander
que le candidat du parti le plus représentatif s’efface à son
profit. En le faisant, on est dans un décor cocasse où par
exemple le porte-parole du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA),
Olivier Besancenot, demanderait à la machine PS de se
mobiliser derrière lui pour bouter hors du pouvoir Nicolas
Sarkozy. C’est aussi une question de logique. Et Agbéyomé Kodjo
rendra plutôt service au peuple togolais en soutenant la
candidature de Fabre, le candidat du parti le plus populaire
de l’opposition. Heureusement que Agbéyomé Kodjo
a dans une mise au point destinée à rectifier le
mensonge grossier des griots de Faure Gnassingbé en soutenant
de toujours s’investir dans le choix de la candidature
unique. Ce qui probablement ne sera qu’une question d’heures.
Toutefois, croire qu’avec le retrait naturel de Gilchrist
Olympio, on est sûr de gagner, c’est faire fausse
route. Car, l’histoire rappelle que Bob Akitani qui a remplacé au
dernier moment Gilchrist Olympio écarté par les
modifications constitutionnelles, n’a pas su capitaliser
et réclamer sa victoire au soir de la présidentielle
de juin 2003.
Yamgnane très courtisé
Après l’invalidation de son dossier de candidature
par la Cour Constitutionnelle, Kofi Yamgnane est dans le rôle
d’un faiseur de roi. Bien qu’il n’ait pas participé aux
précédentes compétitions électorales,
il a su, en un an, conquérir nombre de ses citoyens. Le
tribun de «ça doit changer» a bravé tous
les obstacles pour aller porter son message aux Togolais des
profondeurs. Il compte beaucoup de militants et sympathisants
dans le septentrion dont il est originaire. Ce qui n’enchante
pas le RPT qui a fait feu de tout bois pour invalider son dossier.
Cette persécution du natif de Bangéli peut avoir
un effet boomerang au profit des forces démocratiques.
C’est pourquoi tous les candidats à la candidature
unique de l’opposition essaient de le draguer. Il y en
a qui passent par des personnes liges pour amener le «Breton
d’après la marée noire» à se
rallier à leur candidature, quitte à laisser sur
le carreau l’UFC et son candidat. Mais Yamgnane ne commettra
pas cette erreur en apportant son soutien à ceux dont
la bouche souffle le chaud et le froid. Il optera à coup
sûr pour le choix de la raison, comme il l’a fait
en 2005 en soutenant le candidat de la coalition.
«KOFI pourrait tirer du bien de ce mal: il pourrait s’allier
avec Fabre, en tandem, pour l’épauler dans les élections,
symbolisant la réconciliation du Nord et du Sud, en effaçant
la fracture régionaliste que Eyadèma avait créée à partir
de son échec à la Conférence Nationale Souveraine de juillet
1991. Ils établiraient ensemble une FEUILLE de ROUTE ou PROGRAMME COMMUN
REPUBLICAIN, où seraient tracées les grandes lignes de l’action
gouvernementale que KOFI serait chargé de réaliser au cours des
5 prochaines années, comme Premier Ministre sous la supervision du nouveau
Président. Ils établiraient ensemble de reconstruire ce pays
ruiné par 40 années de mauvaise gestion publique d’Eyadèma/Faure
en chevauchant le RPT», a proposé l’économiste
togolais, Michel Nadim Kalife dans une interview accordée à «lynx.info» après
la décision de la Cour constitutionnelle.
En définitive, la problématique de la candidature
unique doit quitter le champ des discours pour devenir quelque
chose de concret. A cinq jours de l’ouverture de la campagne électorale,
il urge que les forces démocratiques se mobilisent derrière
Fabre et autour d’un programme commun pour que l’alternance
dont rêvent les Togolais se réalise cette année.
Le quatuor Fabre-Yamgnane-Agboyibo-Agbéyomé… sera
une sacrée union. Toute autre initiative est vouée
d’avance à l’échec. A moins que les
opposants togolais fassent comme leurs collègues gabonais
en allant aux élections en rang dispersé et en
s’unissant après l’échec.
Zeus A. correspondant
permanent à Lomé |
|