Togo: Interview
de Faure Gnassingbé à Jeune
Afrique:
Du blablabla pour rien,
l’essentiel
occulté
09 février 2010
A l’approche de la présidentielle de 2010, les
obscurantistes du régime Faure Gnassingbé et ses
sous-fifres font des opérations de communication de charme
tout azimut. Et ils ne lésinent pas sur les moyens. Après Continental,
c’est l’hebdomadaire des dictateurs africains qui «offrent» sept
de ses pages au satrape Faure Gnassingbé pour une longue
interview qui laisse les Togolais sur leur faim. Le titre est
bien sûr ronflant, mais le contenu est vide. En fait Faure
Gnassingbé a occulté l’essentiel des préoccupations
de ses compatriotes pour opérer une opération de
charme qui ne trompe personne. A décortiquer de près
les questions posées par le griot maison de Jeune
Afrique François Soudan, on se rend à l’évidence
que tout a été préparé minutieusement
pour faire passer Faure Gnassingbé pour un gentil petit
garçon aux antipodes des méthodes de gestion de
son père et des conservateurs du RPT. La prévarication
qui est très patente dans le pays n’a été l’objet
d’aucune question sérieuse. Quid également
de l’argent du contribuable qui est distribué à tout
va, des nouveaux riches tous proches de Faure Gnassingbé et
qui narguent tout le monde à Lomé, de la pauvreté,
des infrastructures routières et sanitaires, de l’école,
de l’économie exsangue qui ne profite qu’aux
fraudeurs… Tout compte fait, c’est encore de l’argent
jeté par la fenêtre. Lisez
et rendez-vous compte par vous-mêmes.
Faure Gnassingbé parle pour d’Olympio,
de Yamgnane, ses relations avec son frère Kpatcha, Paris…
À l'approche de l'élection présidentielle
togolaise du 28 Février, le chef de l'État et candidat à sa
propre succession parle pour la première fois des dossiers
sensibles. Olympio, Yamgnane, ses relations avec son frère
Kpatcha, Paris ... le ton est mesuré mais ferme. En revanche,
l'attaque contre la sélection nationale de football au
Cabinda et l'attitude de la CAF le font sortir de ses gonds.
Journée ordinaire, Lomé, en ce mercredi 3 février,
sous le soleil de plomb de la saison sèche. Rien n'indique
qu’une élection présidentielle est prévue
pour dans trois semaines: ni affiches, ni banderoles, ni tee-shirts,
seulement le bourdonnement incessant des zémidjans, les,
motos-taxis, le long des artères encombrées de
travaux. La veille pourtant, la Cour constitmionnel1e a rendu
publique la liste des sept candidats au scrutin du 28 Février.
N'y figurent ni Gilchrist Olympio - ce qui était prévu
et que nul ne conteste – ni, ce qui l'était
beaucoup moins, Kofi Yamgnane. Mais si l'élimination de
l’ancien Secrétaire d'État, ex-député et
ex-maire franco-togolais, revenu au pays après quarante-cinq
ans d'absence, pour un détail technique sur lequel les
magistrats auraient sans doute pu, avec un peu de bonne volonté,
se montrer plus conciliants, a soulevé une certaine émotion à Paris,
il n'en est rien ou presqu’à Lomé, où l'opposition
traditionnelle dissimule mal sa sourde satisfaction de voir cet
empêcheur de contester en rond s'effacer de la scène
contre son gré. Ici comme ailleurs, les perceptions locales
ont souvent peu de chose à voir avec celles que pensent
traduire les médias du Nord ...
L’homme qui nous reçoit dans un salon de sa résidence
privée, juste en face du palais désert de Lomé-2,
où rode encore le souvenir de son père, se veut
donc serein. A 43 ans, Faure Gnassingbé, fils d’Eyadéma,
remet en jeu un mandat obtenu en 2005 dans des conditions que
lui-même qualifie d'«épouvantables»,
et qui coûtèrent la vie à un demi-millier
de ses compatriotes. Cette fois, ce célibataire timide
et sportif, diplômé en gestion, dont le style politique
et la sincérité démocratique se veulent
en rupture totale avec ceux de son baobab de père - il
a aboli la peine de mort, libéralisé les médias
et supprimé la célébration du coup d'État
du 13 janvier 1963 au cours duquel fur assassiné le président
Sylvanus Olympio , compte bien combler son déficit de
légitimité et remettre le Togo sur les rails ou
développement. Mais pour cela, il lui faudra auparavant
l'emporter, face à des candidats incapables de s’entendre
dans le cadre d’une élection incontestable.
Peu porté sur la communication. «C’est
mon principal défaut», admet-il, Faure Essozimna
Gnassingbé n'avait pas donné d'interview depuis
plus de trois ans. C'était à Jeune Afrique, en
décembre. 2006. Et c’est avec Jeune
Afrique qu’il
roompt le silence.
JEUNE AFRIQUE: Il y a tout juste cinq ans, le 5
février 2005, votre père, Gnassingbé Eyadéma,
décédait à bord de l'avion présidentiel.
Son ombre flotte-t-el1e toujours sur le Togo?
FAURE GNASSINGBE: Je crois que oui,
même si la classe politique, la façon de faire
de la politique et la nature même du régime ont
beaucoup changé. Son ombre flottera encore un bon moment
tant il est vrai qu'en trente-huit ans de pouvoir il a façonné ce
pays, ses hommes, son histoire, sa géographie et son économie.
D'une manière ou d'une autre, qu'on le veuille ou non,
nous sommes tous des enfants d'Eyadèma.
L'héritage, en ce qui vous concerne, n'est-il
pas trop lourd à assumer?
C'est l’affaire des commentateurs. Ils ont naturellement
tendance à me comparer à mon père, dans
un sens positif ou négatif. Moi, lorsque je prends une
décision, je ne me demande jamais ce qu'il aurait fait à ma
place. Pour le reste, avouez que la rupture est profonde.
L'élection présidentielle est prévue
pour le 28 février, dans trois semaines. Un report
est-il envisageable?
Non. La liste électorale définitive sera publiée
le 14 février et nous ferons tout pour que les délais
constitutionnels soient tenus.
L'opposition continue de réclamer un scrutin à deux
tours. Pourquoi ne lui avez-vous pas donné satisfaction?
Ce n'est pas une revendication inacceptable, mais quand elle
a été posée, à quelques mois de l'élection,
il était trop tard pour modifier la Constitution en ce
sens, tout en respectant les échéances. Et puis,
dans le contexte togolais actuel, il est sans doute plus sage
de s'en tenir à un seul tour: cela réduit la période
de tensions et cela réduit aussi les coûts. Maintenant,
je ne suis pas hostile à ce que nous ayons, ultérieurement,
une réflexion sur ce sujet.
Craignez-vous des violences?
Le Togo sera jugé sur sa capacité il transformer
l'essai des élections législatives pacifiques d'octobre
2007. À cet égard, les leçons de la dernière élection
présidentielle d'avril 2005 ont été retenues.
Les quelque six mille hommes chargés de sécuriser
les opérations de vote seront placés sous le commandement
de la Commission électorale nationale indépendante,
la CENI, et ils ont tous reçu une formation au maintien
démocratique de l'ordre.
La CENI est-elle vraiment indépendante?
Sa composition est directement issue de l'accord politique global
de Ouagadougou conclu en août 2006. Elle pst donc l'émanation
consensuelle des parus représentés à l'Assemblée
nationale.
Gilchrist Olympio, votre adversaire numéro
un, a été éliminé de la course
pour ne pas avoir pu se soumettre à la visite médicale
obligatoire.
Il n'a pas été éliminé, il s'est éliminé pour
des motifs de santé totalement indépendants de
ma volonté.
Tout de même on aurait pu s'arral1ger,
non?
Quand on veut crédibiliser les institutions, on
ne s'arrange pas avec les textes de loi. Le Togo n'est pas un État
où règne l'informel.
II n'empêche: voilà un rival sérieux écarté.
J'imagine que cela vous soulage.
Ecoutez, j’ai fait ce que je devais faire à savoir
créer les conditions pour que M Olympio puisse se présenter.
Ce n’est pas ma faute s’il n’a pas fait sa
part du chemin.
Et cela donne tort désormais à ceux
décrivent la vie politique togolaise comme un affrontement
perpétuel entre les Gnassingbé et les Olympio…
Si vous voulez? Quoique le sentiment selon lequel Gilchrist Olympio était
la victime de persécutions de la part du pouvoir n’eût
déjà plus de raison d’être. Et puis,
ne vous inquiétez pas: il continuera à jouer un
rôle dans la vie politique du pays.
Autre adversaire hors jeu : Kofi Yamgnane,
pour des raisons de dates de naissance différentes
entre ses papiers français et togolais. Un commentaire?
La Cour constitutionnelle a fourni les explications techniques
de cette non-qualification. Je n'ai rien à ajouter.
Même lorsque l'intéressé crie à l'injustice?
C'est ce qu'il dit, effectivement. Je crois, moi, que la Cour
a agi de bonne foi et que ses arguments sont solides. Lisez
donc les attendus de sa décision avant de juger.
Pour Kofi Yamgnane, sa candidature a suscité chez
vous un sentiment de panique. D'où son élimination.
Cela me fait sourire. Ce monsieur a parcouru le Togo en tous
sens et en toute liberté. Il a donc pu se rendre compte
qu'il n'y était guère connu, au point qu'il lui
a fallu parfois décliner son identité devant des électeurs
qui n'avaient jamais entendu parler de lui. Objectivement, ce
n'était pas un candidat sérieux.
Il risquait de vous prendre des voix dans le Nord,
chez les Bassaris.
Rien n'est moins sûr. Au-delà de ce que Kofi Yamgnane
déclare aux médias français, il sait lui-même
qu'il n'avait aucune chance de bien figurer.
Le considérez-vous comme togolais?
Oui, parce qu'il est né au Togo. Mais il est
beaucoup plus français que togolais. C'est en France
qu'il a le plus longtemps vécu, qu'il a mené la
carrière que l'on sait avec une certaine réussite
et qu'il est à la retraite.
Quelles étaient ses relations avec votre
père?
Bonnes. Il venait le voir souvent, ils étaient amis et
le président Eyadéma l'a soutenu dans son parcours
politique français. Moi-même, j'ai eu par le passé quelques
contacts courtois avec lui, avant de mesurer toute la différence
entre ce qu'il disait en privé et ce qu'il disait en public.
Vous êtes, dit-il, «craché» et «vomi» par
les Togolais, «pire» que votre père ...
N'attendez pas de moi que je commente des insultes.
Selon Kofi Yamgnane, le président de la
Cour constitutionnelle, Aboudou Assouma, aurait subi des pressions
directes de la part des militaires pour invalider sa candidature.
C'est faux, inconcevable. Et c'est bien mal connaître
le président de la Cour que de croire qu'il aurait pu être
sensible à de telles pressions.
Redoutez-vous une candidature unique de l'opposition?
Non.
La multiplicité des candidatures fait tout
de même votre affaire.
Je ne fais rien, ni pour, ni contre ce phénomène.
Va-t-on à nouveau constater une fracture
entre les deux Togo: le Nord majoritairement pour vous
et le Sud à l'opposition, comme en 2005 et en
2007?
Je mets tout en œuvre pour réduire ce clivage. On
peut vivre avec, bien sûr, comme le Bénin et le
Ghana. Mais dans ces deux pays, les effets néfastes ont été atténués
par le jeu des institutions et la manière avec laquelle
les acteurs évoluent dans le champ politique. Chez nous,
je crois que la nouvelle génération s'oriente vers
ce genre de comportement. Moi-même, de par mes filiations
paternelle et maternelle, je n'ai pas ce type de problème.
Je pense Togo en général, pas en particulier.
Qui est votre principal rival?
J'ai le même respect pour tous, je ne distinguerai donc
personne.
Jean-Pierre Fabre ne vous ménage pas ...
C'est vrai. Mais on peut, je l'espère, faire de la politique
autrement: se combattre sans s'invectiver. Je respecte Jean-Pierre
Fabre.
Et Yawovi Agboyibo, qui fut votre Premier ministre?
Idem. D'autant qu'il fut un bon Premier ministre qui a eu, lors
des législatives de 2007, un comportement de démocrate
et de républicain. Les résultats l'ont déçu.
Il les a acceptés.
Autre ex-Premier ministre candidat contre vous:
Agbéyomé Kodjo. Lui n'hésite pas à dire
que vous êtes «l'expression de la duplicité et
de l'incompétence».
Vous ne me ferez pas sortir de mes gonds. Je crois qu'il finira
par me rejoindre sur la voie de la modération. Je veux
gouverner avec tous les Togolais, y compris les amis d'Agbéyomé Kodjo.
Si vous êtes élu, tendrez-vous la main à vos
opposants dans le cadre d'un gouvernement d'union nationale?
Je l'ai déjà fait et je le referai. C'est dans
la logique de ce qui précède.
Avec le même Premier ministre, Gilbert Houngbo?
Nous verrons. Une chose est sûre: il n'a pas démérité de
ma confiance, loin de là.
Envisagez-vous de perdre?
Ce qui est prioritaire pour moi, c'est de réussir une élection
crédible, honnête et transparente. Si je passe à la
postérité pour cela, je serai satisfait. Le reste,
c'est un peu la cerise sur le gâteau, la récompense
de mes efforts.
Si la présidentielle du 28 février
est§ce que vous dites, ce sera une première dans
l'histoire du Togo. Celle du 24 avril 2005, qui vous a porté au
pouvoir, a été une tragédie ...
Elle fut épouvantable. Les violences, d'où qu'elles
viennent, sont une calamité. Il appartiendra à la
Commission Vérité, Justice et Réconciliation
de dire réellement ce qui s'est passé.
Cette commission, que vous avez créée,
est chargée d'enquêter sur les crimes politiques
commis au Togo entre 1958 et 2005. Y compris, donc, ceux
qui ont été commis sous le règne de
votre père ...
Cela va de soi. Avant, pendant et après Eyadèma.
On a l'impression que le Rassemblement du peuple
togolais (RPT), ancien parti unique, aujourd'hui majoritaire,
vous sert et vous gêne à la fois. À tort?
La vérité est que je veux faire appel, pour être élu, à d'autres
forces que le seul RPT. Non pas pour les substituer au RPT, mais
pour le compléter. Je pense quelque part que le RPT et
l'Union des forces de changement (UFC), le parti d'Olympio, font
partie du problème togolais et que ces deux formations
doivent évoluer pour faire partie de la solution. Le RPT
a eu le courage de s'ouvrir en interne à un débat
qui est difficile, parfois douloureux. Il doit aller jusqu'au
bout.
Vous êtes en retard sur les objectifs économiques
et sociaux que vous vous étiez fixés il y a
cinq ans. En êtesvous conscient?
J'en suis le premier conscient, mais ce constat ne sert à rien
si on en ignore les causes. Pendant deux ans, jusqu'aux législatives
de 2007, nous nous sommes attelés à résoudre
un préalable. Il fallait absolument assainir le climat
politique, combler le déficit démocratique et réamorcer
le dialogue entre le pouvoir et l'opposition. Ces élections
non contestées de 2007 ont débouché sur
une reprise de la coopération avec les bailleurs de fonds,
donc sur les prémices d'une relance économique.
Celle-ci n'était pas envisageable avant d'avoir réglé la
question politique. Aujourd'hui, le Togo est redevenue crédible.
Les Togolais, eux, attendent encore les effets concrets
de ce redémarrage.
Vous êtes trop schématique. Ce n'est pas le cas
des investisseurs privés, qui ont vu leur dette remboursée
par l'État, ni des parents d'élèves, qui
bénéficient de la gratuité de l'école,
ni des paysans, dont les engrais sont subventionnés. Mais
c'est le cas, certes, des jeunes chômeurs urbains. C'est
l'une de mes priorités.
L'armée togolaise est-elle devenue républicaine?
Sa réforme est en cours. Même aux yeux de l'opposition,
cette armée ne constitue plus un problème.
Son recrutement s'est-il diversifié?
Oui. Il est, en tout cas, tout ce qu'il y a de plus démocratique
et national. Reste le poids des cultures et des traditions: les
ressortissants du Nord ont toujours été beaucoup
plus attirés par le métier des armes que ceux du
Sud, c'est une réalité.
D'autres réformes à mener?
Celle de la justice, bien sûr. En cours elle aussi, mais
pas encore assez visible.
Le mandat d'un président togolais est bien
court - cinq ans. Mais il est aussi renouvelable sans limitation.
Ne faudrait-il pas inverser les choses: allonger la durée
des mandats et en limiter le renouvellement?
Vous perdez de vue l'essentiel: des élections libres,
transparentes et incontestables. Le problème de la durée
et de la limitation se pose ensuite. Je constate simplement que
le verrouillage constitutionnel du nombre de mandats produit
parfois un effet pervers. Les chefs d'État qui veulent
faire sauter ce verrou sont forcés de déclencher
des crises internes et parfois de passer en force. Nos pays se
passent volontiers de ce genre d'épreuve.
Votre frère Kpatcha Gnassingbé est
détenu depuis avril 2009 pour avoir fomenté un
coup d'État contre vous. Quand sera-t-il jugé?
Cette affaire est entre les mains de la justice. À elle
de se prononcer. Rien ne se fera en dehors du cadre judiciaire.
On a parlé il y a peu d'une tentative de
règlement informel du « cas Kpatcha »,
dans un cadre familial. Apparemment, cela a échoué ...
Il ne s'agit pas de cela. Nous voulons un État de
droit. Contrairement à ce que l'on dit, il n'y a ici ni
clan ni famille régnante. Je veux faire entrer le Togo
dans la modernité démocratique. Il en va de la
crédibilité des réformes que j'ai engagées.
Qu'il s'agisse de mon frère ou de qui que ce soit, on
ne s'en prend pas impunément aux institutions démocratiques.
Qu'est-ce qui n'allait pas entre vous et lui?
Disons que notre vision de l'évolution du pays n'était
pas la même. La mienne est résolument tournée
vers l'ouverture et la démocratie.
Kpatcha, c'est un peu l'ordre ancien, un soubresaut
du passé ...
Comprenez qu'il m'est difficile de parler de cela. Kpatcha reste
mon frère.
Il n'est pas le seul membre de votre famille détenu
dans le cadre de cette affaire. Comment avez-vous géré ce
dilemme?
De façon professionnelle, mais non sans amertume. Je n'avais
jamais pensé devoir en arriver là. L'exercice du
pouvoir est parfois un déchirement.
Qui vous a averti de cette tentative de coup d'État
Mes services de renseignements et des pays amis.
Des informations alarmistes ont circulé récemment
sur l'état de santé de votre frère.
Il serait maltraité en détention ...
Tout cela est faux. C'est de l'intoxication. Pour qui me prenez-vous?
Autre dossier sensible: l'attentat de Cabinda contre
l'équipe togolaise de football et les relations du
Togo avec la Confédération africaine de football
(CAF). Son président, Issa Hayatou, vient d'exclure
votre pays des deux prochaines éditions de la Coupe
d'Afrique des nations. Votre réaction?
M. Hayatou fait fausse route. La victime, c'est le Togo, qui,
dans cet attentat, a perdu deux de ses fils pour rien. Je n'en
veux pas à l'Angola, mais à la CAF, qui savait
très bien qu'un risque existait et que ce risque contrevenait à ses
propres critères d'organisation. Et Plus il y a eu le
ton, inutilement provocateur, des déclarations de M. Hayatou,
qui n'a même pas jugé utile d'envoyer une délégation
aux obsèques des victimes. C'est moi, bien sûr,
qui ai pris la décision de rapatrier les joueurs après
le drame. Décision politique, comme le prétend
la CAF? Décision raisonnable plutôt. Arguer de cela
pour nous exclure est dérisoire et choquant. Je n'imaginais
pas que M. Hayatou puisse se comporter ainsi.
«Hayatou doit dégager»,
dit votre joueur vedette Emmanuel Adebayor.
Une chose est sûre: nous nous battrons pour inverser cette
décision inique. Je suis heureux qu'à l'occasion
de son dernier sommet à Addis l'Union africaine ait pris
une résolution demandant à la CAF de reconsidérer
sa position.
Où en sont vos relations avec la France?
Elles sont bonnes. Le soutien de Paris nous est précieux
auprès des bailleurs de fonds.
Nicolas Sarkozy avait qualifié de « mascarade » la
présidentielle de 2005. C'est oublié?
Le président français et moi n’en avons pas
parlé lorsque nous nous sommes vus.
«La Francophonie de papa», comme disait
la ministre Yade, c'est fini?
Je m'inscris tout à fait dans cette logique. Ma relation
avec Paris est décomplexée. Chacun défend
ses intérêts.
Gilchrist Olympio et Kofi Yamgnane ont été reçus,
ces dernières années, à l'Élysée
ou au Quai d'Orsay. Cela vous gêne?
Cela m'indiffère. Qu'ils soient reçus ou non n'a
pratiquement aucun impact au Togo. Et je ne prends pas cela pour
de l'ingérence.
Pourquoi avez-vous fait expulser, en novembre dernier,
le premier secrétaire de l'Ambassade de France à Lomé, Éric
Bosc?
Ce monsieur n'est pas la France. Être chargé des
relations avec les partis politiques, dont ceux de l'opposition,
est une chose normale. Sympathiser ouvertement avec tel ou tel
en est une autre. J'ai considéré qu'il avait outrepassé ses
fonctions. Le Togo n'est pas une République bananière.
Ali Bongo Ondimba, cet autre « fils de » devenu
président, est-il de vos amis?
Oui, nous nous connaissons et nous nous respectons. Je trouve
que ses premiers pas en tant que chef de l'État sont remarquables.
Il faut dire qu'il a été bien préparé.
Travaillez-vous toujours autant par SMS avec vos
collaborateurs?
Moins qu'avant.
Internet?
Je m'en sers avec prudence.
Votre principale qualité?
L'humilité.
Principal défaut?
Je ne communique pas assez. Tout le monde me le dit.
Pourquoi?
C'est dans ma nature. Et puis j'attendais d'avoir prouvé suffisamment
de choses pour faire mon «outing» en ce
domaine.
Les Togolais étaient habitués à l'omniprésence
médiatique de votre père. Le changement de
style est brutal.
Ne pensez-vous pas que les Togolais en avaient un peu assez de
regarder chaque soir à la télévision le
défilé des audiences présidentielles? Le
sevrage est peut-être allé un peu trop loin dans
le sens inverse, mais il fallait changer, voir de nouveaux visages,
tenir compte des mutations du pays. Cela dit, je compte être
un peu plus présent désormais. Je voyage moins
qu'avant, par exemple. Rassurez-vous, il y a bien un pilote dans
l'avion Togo.
Les Togolais n'ont toujours pas de première
dame. C'est une anomalie.
Sans doute.
C'est une situation définitive?
Non, je ne le pense pas.
Vous avez toujours la Bible à portée
de main. C'est important, le spirituel?
C'est essentiel depuis toujours.
Votre mère est catholique, votre père était
protestant. Quelle est votre religion?
Je suis chrétien.
Mais encore?
Cela ne regarde que moi.
Si vous aviez à convaincre un électeur
de voter pour vous le 28 février, que lui diriez-vous?
Votez pour moi, car le Togo a besoin d'être rassemblé pour
pouvoir se reconstruire. Je n'entends personne, parmi les autres
candidats, tenir un tel discours. Pourtant, c'est le seul qui
vaille.
Jeune Afrique N°2561 du 7 au 13 février
2010 |