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Togo: Intégralité
de l'interview de Me François Akila-Esso Boko
sur Kanal FM :
«Voulons-nous continuer
avec le système RPT avec des béquilles comme
le CAR, la CDPA, l’OBUTS, ou voulons-nous écrire
une nouvelle page avec un Front résolument engagé vers
l’avenir?»
19 février 2010
La rencontre de Paris du 9 février 2010 pour
l’alternance et le changement (FRAC) fait couler de
l’encre et de la salive depuis la semaine dernière.
De retour à Lomé, le candidat du Comité d’Action
pour le Renouveau (CAR) Me Yawovi Agboyibo a organisé avec
grand bruit une conférence de presse pour fustiger
la rencontre qu’il a qualifiée de guet-apens
et de grand banditisme et traiter l’initiateur de tous
les noms d’oiseau.
Me François Akila-Esso Boko vient de briser
le silence. Il était la surprise de «Club de
la Presse», une émission de grande audience
sur la radio Kanal FM. L’ancien ministre de l’intérieur
de feu Eyadema contraint à l’exil en avril 2005
et aujourd’hui avocat au Barreau de Paris a crevé l’abcès.
Avec un franc-parler qu’on lui connaît, Me François
Boko a dénoncé la mesquinerie de Yawovi Agboyibo,
révélations des coulisses de la rencontre à l’appui,
commenté la défection d’Agbeyomé Kodjo.
Me François Boko a par ailleurs donné son
appréciation du processus électoral en général.
Malgré la préparation calamiteuse, nous avons
senti un homme optimiste en les chances d’alternance
en 2010, vantant au passage les atouts du candidat du FRAC,
Jean-Pierre Fabre. Il dit comprendre le mutisme du leader
de l’Union des Forces de Changement (UFC) Gilchrist
Olympio et n’en fait pas un drame. L’ancien serviteur
du régime RPT n’a pas manqué de parler
de son ancienne maison. Il a réitéré que
le parti quarantenaire n’a en réalité qu’à peine
10% de la base électorale au Togo. Au demeurant, nous
avons senti un compatriote prolixe sur tous les sujets, une
réaction tout à fait justifiable par les ressentiments
accumulés depuis son exil forcé et sa soif
d’alternance dans son Togo natal. Lecture!
Bonjour Me François Boko, comment vous portez-vous
depuis Paris ?
Je vais bien et j’espère que les Togolais aussi
se portent bien malgré la tension électorale qui
prévaut dans notre pays.
Le sujet phare de l’actualité, c’est
la problématique de la candidature unique de l’opposition.
Vous avez voulu y contribuer en initiant une rencontre à Pairs
il y a deux semaines. Dites-nous comment cette idée-là a
germé dans votre esprit, vous qui étiez il
y a encore 5 ans l’un des piliers forts du régime
RPT?
Vous me faites beaucoup d’honneur en disant que j’étais
l’un des piliers du régime RPT. Dans tous les cas,
je l’accepte. Comme on dit chez moi, on ne prête
qu’aux riches.
La candidature unique, ce n’est pas une idée qui
a germé dans mon esprit, c’est une nécessité.
Et les Togolais de par le monde, que ce soient les Togolais qui
vivent au Togo ou les Togolais de la diaspora, tous ont en esprit
que sans candidature unique, point de salut pour ce processus électoral.
Electoralement parlant il faudrait accumuler les voix des uns
et des autres pour gagner. Lorsqu’il s’agira de revendiquer
la victoire, lorsqu’il s’agira de prendre le pouvoir,
il ne faut pas que des divisions ou des instrumentalisations
des uns et des autres conduisent à l’échec.
Voilà pourquoi la plupart des Togolais que je rencontre
que ce soit lors de mes missions ou que ce soit lors de leur
passage à Paris me disent : « Faites tout
pour que tous ces leaders puissent s’entendre autour d’une
plate-forme pour montrer qu’on peut gérer ce pays
dans un processus alternatif consensuel et que les craintes
d’un dérapage ou d’une fracture d’un
pays sont des craintes instrumentalisées par le régime
pour perdurer au pouvoir ». Ce n’est pas une
invention de Me François Boko, c’est une nécessité partagée,
et par des leaders, et par des Togolais qui veulent l’alternance
pour leur pays.
Est-ce que vous avez été sincère
dans votre démarche quand vous invitiez un certain
nombre de personnalités pour aboutir à ce candidat
unique?
Je ne suis pas habitué à la langue de bois. Je
comprends ce que vous dites. Vous voulez parler notamment
de Me Agboyibo qui s’est plaint comme quoi il et a été victime
d’un guet-apens. Vous pensez que Me Agboyibo de par son
expérience politique, peut tomber dans un guet-apens que
j’aurais tendu ? Vous le croyez sincère quand
il dit ça? Alors que la veille de la rencontre, il a précisé dans
un journal de la place qu’il va à Paris et que si
c’est une question de candidature unique, lui, il ne se
laissera pas enfariner. Vous croyez qu’il n’était
pas au courant de ce sujet lorsqu’il m’a envoyé un émissaire,
en l’occurrence Me Apévon, un confrère et
m’a dit qu’il me fournira toutes les informations
nécessaires qui démontrent que l’opinion
est avec lui et que la candidature unique ne peut se concevoir
qu’autour de lui. Non, soyons sincères.
Il y avait cinq points à l’ordre du jour :
le mot introductif et le message, le critère de
désignation du candidat unique et son principe lui-même ;
les insuffisances du processus électoral et les remèdes à y
apporter pour l’améliorer ; la stratégie électorale
pour revendiquer la victoire, et le 5ème point à l’ordre
du jour, c’était l’ordre politique, c'est-à-dire
le projet d’accord pour la désignation du candidat
unique. Evidemment lorsque les quatre points à l’ordre
du jour ont été épuisés, il a vu
que les discussions n’allaient pas vers sa désignation,
il a tout simplement claqué la porte en refusant d’examiner
le 5ème point à l’ordre du jour. Lorsque
vous participez à une réunion, d’entrée
de jeu pourquoi ne pas quitter la réunion lorsque vous
voyez qu’elle avait un autre objet que celui pour lequel
vous étiez arrivé?
Justement à ce niveau-là, Me Agboyibo
de retour de Paris s’est expliqué qu’il
avait pris l’avion pour Paris pour vous rencontrer
parce que vous lui avez promis que vous le présenteriez à une
personnalité de haut rang à Paris. Qu’en
est-il exactement?
Me Agboyibo a été Premier ministre de ce pays pendant
16 mois et c’est un petit ministre de l’Intérieur
qui va présenter aux autorités françaises?
Vous croyez à cela ? S’il a été Premier
ministre de la République pendant 16 mois et qu’il
n’a pas pu tisser les relations avec les autorités
françaises, est-ce que c’est moi qui vais présenter à une
autorité ? Tout ça c’est chimère.
Me Agboyibo veut se dédouaner. Lui-même, il sait
très bien qu’il ne veut pas de cette candidature
unique. Qu’il la veut à condition qu’elle
tourne autour de lui. Il suit très bien que le peuple
ne lui pardonnera pas cette défaillance, voilà pourquoi
il cherche des arguties.
Soyons cohérents et soyons sincères. C’est
un homme d’Etat et ce n’est pas à un ministre
de l’Intérieur de l’introduire à une
autorité française. Lui, Me Agboyibo quitte Lomé après
avoir envoyé un émissaire en l’occurrence
Me Apévon pour que je lui livre le message et pour qu’il
me donne des informations qui confortent sa désignation comme
candidat unique ; si après avoir fait tout ça
et après avoir déclaré à Lomé que
lui, il ne vient pas se faire enfariner, il déclare par
la suite qu’il ne venait uniquement que pour rencontrer
une personnalité française, dans ce cas il ne mérite
pas la confiance du peuple togolais.
Ce n’est pas facile de réunir des leaders à Paris.
De retour à Lomé, Me Agboyibo a déclaré que
vous vous êtes comporté comme au camp, vous
avez sorti un document avec le nom du candidat et vous leur
avez demandé d’accepter…
Me Agboyibo a l’habitude de venir au cabinet de Me Boko à Paris.
C’est au moins la troisième fois qu’il vient
dans ce cabinet et à chaque fois, j’ai un langage
de vérité avec lui. Je ne croyais pas qu’il
venait dans une caserne. Avant qu’il ne soit nommé Premier
ministre, il était venu demander mon conseil et chercher
mon soutien. Je lui avais dit: «Me Agboyibo n’acceptez
jamais ce poste de Premier ministre, vous serez décrédibilisé.
Rappelez-vous en 1994, lorsque vous avez gagné les élections
législatives et que Edem Kodjo a fait des manœuvres
pour obtenir le poste de Premier ministre à votre dépens,
vous avez vu cinq ans après, le peuple togolais l’a
sanctionné. Aujourd’hui sur le plan électoral,
Edem Kodjo est devenu l’ombre de lui-même». J’ai
donné conseil à Me Agboyibo en disant que c’est
l’UFC qui avait plus d’élus à l’Assemblée
nationale, c’est à l’UFC d’accepter
ce poste politique et de désigner le candidat qui va être
le Premier ministre. Si vous acceptez ce poste, vous allez avoir
le revers de la médaille comme ce fut le cas pour l’UTD
en 1994. En 2006, à la veille de la signature de l’Accord
Politique Global… En ce moment-là, il ne savait
pas qu’il venait dans une caserne? Arrêtez de faire
la politique politicienne.
Avec la disparition du Général Eyadéma,
une nouvelle page doit être ouverte. Nous avons le devoir
de sortir ce pays de la situation dans laquelle il se trouve.
Sinon la génération qui nous suit ne nous le pardonnera
pas. La candidature unique, c’est la seule alternative
pour sortir ce pays de la crise. Vous voyez comment le front
se dessine avec des leaders venant de tous les coins du pays,
toutes les personnalités qui ont rallié le
front, qui battent en brèche l’instrumentalisation
Nord-Sud qu’on a toujours utilisée pour bloquer
ce pays. Aujourd’hui, c’est toutes les régions
qui se retrouvent dans une perspective d’alternance.
C’est vrai que le front a continué à grandir ces
derniers jours. N’empêche, lorsque vous avez
essuyé le retrait de Me Agboyibo et de Me Adjamagbo
Johnson à Paris et que quelques jours après
M. Agbéyomé Kodjo qui devrait être le
directeur de campagne de M. Fabre se désiste et se
reporte candidat, ça veut dire qu’il y a quelque
chose qui n’a pas marché dans votre initiative?
Les négociations pour une candidature unique sont très
difficiles. Les uns et les autres regardent avant tout leurs
intérêts personnels et politiques. C’est normal.
Nous sommes dans une optique de recherche de voies démocratiques
pour le pays. C’est normal que les uns et les autres se
désistent. Ce qui est essentiel, c’est la dynamique
créée à Paris. Ceux qui sortent, ils représentent
quoi ? La base électorale de Me Agboyibo se trouve
où? Lorsque vous analysez le dernier scrutin de 2007,
sa base électorale c’est dans le Yoto. La base électorale
de M. Gnininvi, c’est dans le Yoto. Celle de M. Agbéyomé est également
dans le Yoto qui est très faible par rapport à tous
ceux qui viennent se joindre à la dynamique unitaire.
Je préfère saluer la dynamique que l’initiative
de Paris a apportée. Je préfère voir comment
le Togo se réconcilie avec l’alternance, avec la
dynamique unitaire.
Qui l’aurait cru qu’il y a quelques années,
des gens venant d’horizons divers, peuvent apporter leur
soutien à l’UFC qui se présentait comme un
parti par lequel le pays se déchirerait en cas d’alternance !
Le Togo a besoin de réunir tous ses fils autour d’une
plate-forme. Je suis content que ce soit M. Kofi candidat recalé par
le système qui soit aujourd’hui celui qui est chargé d’élaborer
les grandes lignes de cette plate-forme qui tournent autour de
la réconciliation, des retrouvailles de tous les fils
de ce pays pour écrire une nouvelle page de ce pays que
nous aimons tant.
Ne voyez pas le fait que Agbéyomé ait voulu sortir
de la candidature unique. Ne voyez pas le fait qu’Agboyibo
ait claqué la porte à la dernière minute,
ne voyez pas le fait que Gnininvi soit réticent. C’est
aussi leur droit. Que Agbéyomé, Agboyibo et Gnininvi
puissent rejoindre le RPT, c’est leur droit le plus absolu.
Comme c’est le droit des autres de rejoindre le candidat
du Front pour former un front plus large. J’ai l’impression,
et c’est Me Agboyibo qui l’a dit, que cette présidentielle
sera un véritable référendum. Voulons-nous
continuer avec le système RPT avec des béquilles
comme le CAR, la CDPA et éventuellement OBUTS ou
voulons-nous écrire une nouvelle page avec un front résolument
engagé vers l’avenir, vers l’alternance qui
tourne autour de Jean-Pierre Fabre, autour des leaders comme
Kofi Yamagnane, Gogué, Abi Tchéssa, Dahuku Péré,
Wolou Komi et j’en passe? Qui veut venir former ce grand
fleuve de l’alternance? Tel est le référendum.
Le reste n’est que des gymnastiques. MM Agbéyomé et
Gnininvi, chacun veut participer à ce scrutin et servir
de béquille au système décadent du RPT.
Les réticences des candidats que vous avez
cités n’auraient pas quelque chose à voir
avec les problèmes internes à l’UFC qui
s’exposent chaque jour davantage sur la place publique.
Il se raconte que Gilchrist Olympio, le Président
de l’UFC, rechigne toujours à accorder son onction
au candidat Fabre.
Je ne le crois pas parce que le sort a voulu que le Togo cette
année, puisse obtenir l’alternance. Vous
savez que par le passé, c’est autour de la personnalité de
Gilchrist Olympio que se grippaient les négociations pour
le choix d’un candidat unique. Lorsqu’il s’agit
de chercher un candidat unique autour du parti le mieux implanté et
qu’on voyait que Gilchrist Olympio qui peut porter la posture
du candidat unique, on optait pour tout le monde sauf lui parce
que s’il venait au pouvoir, il va s’adonner au règlement
de compte. Agboyibo lui-même l’a dit que la personnalité de
Gilchrist pose problème, qu’il n’est pas contre
le choix du candidat unique au sein de l’UFC mais il faut
que ce soit un autre candidat.
Vous parlez de l’onction que Gilchrist n’a pas donnée à Fabre.
Ce n’est pas facile dans un processus comme celui-là ou
dans d’autres processus. Je comprends les hésitations
de Gilchrist Olympio. J’aimerais vous donner un petit exemple.
Regardez comment s’est fait l’alternance au sommet
de l’UMP dans les années 2007 pour permettre à M.
Sarkozy de prendre le contrôle de l’UMP et de gagner
les présidentielles par la suite. Chirac qui a créé l’UMP,
n’avait pas donné son onction. Chirac était
hésitant. Sarkozy, grâce à son efficacité,
a réussi à contrôler l’appareil de
l’UMP. Aujourd’hui, c’est la même chose
au niveau de l’UFC à quelques exceptions près.
N’attendez pas forcément l’onction de Gilchrist
Olympio. Un parti politique est un espace public, ce n’est
pas un espace privé. Jean-Pierre Fabre a démontré sur
le terrain en tant que Secrétaire Général
du parti qu’il contrôlait l’appareil de l’UFC.
Me François Boko, dites- nous quel est votre
avis sur le processus électoral en court actuellement
au Togo?
Sur le processus électoral, il faut dire ce que tout le
monde le sait déjà, la révision des listes électorales
n’a pas été de tout repos, il a été laborieux,
il a connu des difficultés et aujourd’hui, le résultat
est là. Il y a un fichier électoral qui a explosé.
Il est passé de deux millions neuf cent mille (2.900.000), à pratiquement
trois millions deux cent mille (3.200.000) électeurs.
Il y a des griefs qui sont portés contre le processus
qui a conduit à inscrire sur les listes électorales,
notamment dans la partie septentrionale, des mineurs. La stratégie
du régime était de faire en sorte qu’il y
ait un équilibrage ethnique au niveau des listes électorales,
c’est machiavélique, ce n’est pas bon. Dans
d’autres pays, ces genres d’attitude ont créé tant
de problèmes et après on se mord les doigts. Je
dis au régime de ne pas être tenté par ces
manœuvres. On ne peut jamais dans un pays, sous prétexte
de vouloir équilibrer les populations, inscrire des mineurs
sur une lite électorale. C’est une attitude qui
n’honore pas le pays et sur laquelle je ne veux pas revenir.
J’espère que les correctifs qui ont été entamés
permettront de sortir de cet imbroglio. J’espère
aussi que les observateurs qui sont là, ne viennent pas
seulement croiser les bras et qu’ils viennent, en réalité,
comme on l’a vu dans d’autres missions, dire que «ici
le processus a des défaillances qu’il faut corriger,
là, le processus peut être amélioré et
ainsi de suite». Donc vous vouyez, déjà le
fichier électoral en lui-même pose problème.
Le problème qui est posé, c’est la traçabilité des
documents électoraux. Est-ce qu’on accepte les bulletins
uniques à souche qui permettent une traçabilité?
Est-ce qu’on prend le temps de mettre cette traçabilité en
marche, c'est-à-dire de définir le cadre par lequel
on peut s’assurer que le bulletin unique qui a été utilisé,
par exemple à Denkpen dans tel bureau de vote, est réellement
un bulletin unique original et qu’on retrouve ses traces
depuis la CENI? Il ne suffit pas seulement de proclamer que «Oui
on accepte les exigences de l’opposition quant à ses
réclamations portant sur le bulletin unique à souche
permettant l’authentification». Encore faut-il
qu’il faille prendre les dispositions pratiques pour que
cette traçabilité soit effective.
Ensuite, il y a la traçabilité et la sécurisation
d’autres instruments électoraux tels que les PV
de récolte des résultats. Ce qu’on a vu dans
le passé, c’est qu’il y avait des PV fantaisistes
de recompte des résultats qui étaient substitués,
dans les bureaux de vote, une fois l’élection faite,
contres des espèces sonnantes et trébuchantes.
Ce qui fait que les vrais PV sont échangés contres
des PV fantaisistes. Est-ce qu’on va pouvoir les sécuriser
pour s’assurer que ceux qui quittent les bureaux de vote-
qui peuvent être distants de trente (30) kilomètres
des commissions électorales locales indépendantes
(CELI), sont sécurisés et que malgré tout,
on peut retrouver leurs traces au niveau de la CELI pour que,
les PV fantaisistes ne puissent pas venir se mêler aux
résultats ? Tous ces éléments permettent
une sécurisation des documents électoraux. Il faut
que l’opposition et le régime trouvent un consensus
sur cette sécurisation des documents électoraux,
sinon, nous allons assister à une élection imparfaite.
Or, M. Faure Gnassingbé a promis au peuple togolais et à la
communauté internationale de donner, pour une fois au
Togo, des élections propres. On espère que les élections
propres ce n’est pas seulement une incantation. Les élections
propres et régulières, ça doit être
une pratique qu’on doit voir dans les actes que pose le
système pour aller vers des élections régulières,
pour permettre une fois au Togo, d’obtenir l’alternance
tant souhaitée.
Si vous parlez du fichier électoral,
si vous parlez des bulletins de vote, si vous parlez des
modalités de centralisation des résultats,
vous devez savoir ce dont vous parlez, vous qui étiez,
il n’y a pas longtemps, l’un des cerveaux des élections
au Togo, notamment en 1998 et en 2003!
Mais oui, j’ai l’habitude de dire aux uns et aux
autres qui me font l’honneur de dire: «Oui,
vous étiez le cerveau des magouilles, vous étiez
le cerveau des truquages électoraux», que
j’ai organisé les élections présidentielles
de 2003, j’ai participé à l’organisation
des élections présidentielles de 2005, même
si vers la fin, trois semaines avant, j’ai commencé à tirer
la sonnette d’alarme en disant: «attention on
ne peut pas continuer comme cela, il faut tourner la page, il
faut écrire une nouvelle page de notre pays pour glorifier
son histoire et faire en sorte que le Togo puisse entrer dans
l’état de droit». Vous savez, ces accusations,
je ne peux pas les rejeter, je les assume pleinement, même
s’il faut en limiter la portée. Je veux poser une
question: «Est-ce que c’est parce que nous avons
commis des fautes dans le passé qu’il faut continuer à les
commettre et maintenir un régime qui n’a que pour
base électorale 10% du corps électoral? Est-ce
qu’il faut continuer dans cette voie ou à un moment
donné, faudrait-il dire bon stop, mettons la balle à terre,
recommençons le processus, recommençons à poser
des règles de jeu beaucoup plus honorables ».
Moi je suis rentré dans l’armée togolaise
pour la servir? Je n’étais pas rentré pour
faire de la politique. Mais lorsque le Général
Eyadema, en 2002 m’a proposé d’aller au gouvernement,
je n’ai pas hésité un seul instant. Parce
que je suis un militaire et j’ai obéi aux ordres
qu’il m’a donnés. Je suis rentré dans
le processus, je suis rentré dans le gouvernement, j’ai
servi mon pays au mieux que je le peux. Mais lorsqu’on
me demande de continuer à faire des fraudes pour pérenniser
un système dynamique qui doit se transmettre de père
en fils, je dis que c’est manqué d’ambition
pour son pays que de continuer à faire les mêmes
erreurs. Je l’ai fait, parce que j’étais sous
l’autorité d’un Général. Dites-moi
pourquoi je le ferai pour Faure Gnassingbé? Est-ce que
demain je pourrai encore me justifier en disant: «Oui
c’est parce que Faure Gnassingbé était le
fils de M. un tel que j’ai été obligé de
me soumettre à lui ». J’ai mon libre-arbitre,
je sais ce qui va dans l’intérêt de mon pays
et je dis en un moment donné, en 2005 notamment à la
suite du décès de Gnassingbé Eyadema, que
le processus n’allait plus dans l’intérêt
de mon pays. Il fallait stopper, il fallait éviter cela,
et j’ai dit ça à M. Faure Gnassingbé,
j’ai dit ça à Kpatcha Gnassingbé,
je leur ai dit que ce «pouvoir va vous bruler les doigts»,
vous avez vu quelques années après ce qui
s’est passé. A cause du pouvoir, Faure Gnassingbé a
voulu trucider son frère et finalement, l’histoire
me donne malgré tout raison. Un pouvoir ne s’arrache
pas dans ces conditions, un pouvoir s’arrache par une ambition politique
claire, soumise à l’arbitrage d’un peuple
pour trancher dans un débat électoral clair. En
ce moment là (2005 ndlr), si Faure Gnassingbé avait
pris le pouvoir dans un débat électoral clair,
il n’aurait pas eu besoin, quatre années après,
de prendre des chars pour assassiner son jeune-frère.
Voilà ce que je veux dire.
Me François Boko, vous êtes avocat
aujourd’hui, mais on sait qu’il y a de cela cinq
ans vous étiez militaire. Vous savez très bien
qu’au Togo, l’armée a un rôle prépondérant à jouer.
Quel regard portez-vous, cinq ans après, sur
cette armée? Est-elle décidée à jouer
le jeu démocratique ou est-elle toujours déterminée à confisquer
le pouvoir?
Je crois qu’il y a une prise de conscience au niveau des
soldats, au niveau des officiers. Vous savez, j’ai eu la
chance au Tchad, où je suis en mission, je le suis d’ailleurs
encore pour quelques temps, de rencontrer plusieurs fois des
contingents togolais, et dans nos discussions à bâtons
rompus, j’ai mesuré leur envie de redevenir une
armée républicaine, comme ce qu’ils voient
lorsqu’ils vont dans les missions. Donc il y a en réalité,
au sein de l’armée togolaise, un potentiel de soldats
et d’officiers républicains sur lesquels, on peut
bâtir une véritable armée républicaine.
Mais il y a toujours cette espèce de charpe de plomb qui
pèse sur une hiérarchie inféodée
au régime, une hiérarchie qui refuse de juger librement
les choses par rapport à la loi et par rapport à la
notion d’armée républicaine. Cette hiérarchie
se laisse instrumentaliser par le clan Gnassingbé. La
volonté et toute la dynamique des soldats d’aller vers
une armée républicaine est bloquée par cette
hiérarchie. Et je suis sûr que de plus en plus,
cela va se décanter, parce que les choses ne peuvent pas
rester en l’état, on ne peut pas aller vers un statu
quo. Pour revenir un peu aux à-côtés des
discussions de Paris, vous savez que finalement, il s’est
trouvé dans les leaders comme Me Agboyibo qui, aujourd’hui
disent: «Oui mais on ne peut pas aller vers l’alternance,
parce que l’alternance va bloquer le pays, parce que l’alternance
va casser le pays». Vous voyez que les choses ont
vraiment évolué. Maintenant, c’est des leaders
qui étaient à l’avant-garde du combat démocratique
des années 90 qui nous font peur, nous la jeune génération
comme quoi, il ne faut pas aller vers l’alternance, il
ne faut pas évoluer. Qui l’aurait cru il y a quelques
années ? Les choses ont véritablement évolué dans
l’esprit des gens et finalement, j’ai comme l’impression
qu’il ne reste qu’une génération de
nouveaux acteurs politiques. Des gens comme Jean-Pierre Fabre,
des gens comme Me Apevon, des gens comme Brigitte Adjamagbo,
oui je n’ai pas peur de le dire, des gens comme Gogué,
des gens comme Abi Tchéssa, il ne reste que cette nouvelle
génération qui croit véritablement à l’alternance.
Mais les anciens ont capitulé, parce qu’ils sont
proches de la retraite et ils ont d’autres calculs, et
ils sont mêmes là pour décourager les jeunes
qui veulent vraiment arracher l’alternance, qui veulent
changer, réécrire une nouvelle page de l’histoire
de ce pays. Cela se voit aussi au niveau de l’armée,
la génération qui est aux affaires, la hiérarchie
qui est aux affaires, inféodée au régime
a peur du changement. Mais nous on leur dit ceci : « N’ayez
pas peur du changement, rentrez dans l’histoire. Faisons
en sorte que ce changement soit une lutte collective qui ne laisse
personne au bord du train, y compris les Gnassingbé, il
faut les protéger, ils ont peur du changement, mais il
faut leur donner des garanties, il faut dire que le changement
ne va emporter personne, bien au contraire, le changement va
clarifier les règles du jeu ». S’il
y avait eu changement en 2005, je ne suis pas sûr que des
chars allaient encercler la maison du député Kpatcha
Gnassingbé pour le trucider. Mais puisqu’il n’y
a pas eu changement, les chars de la République ont encerclé la
maison du député Kpatcha pour le trucider.
Mais Me François Boko, malgré les
couacs qu’on relève dans le processus, le Front
Républicain pour l’Alternance et le Changement
entre en campagne, est-ce que vous avez foi en cette élection?
Mais je dis que depuis l’histoire électorale au
Togo, c’est la première fois que je regarde avec
optimisme une élection. Plusieurs facteurs, plusieurs
ingrédients sont réunis pour que le Togo entre
dans une alternance politique. Contrairement à ce qui
se dit, le jeu est ouvert, les gens sont déterminés,
les leaders qui portent ce front sont déterminés
et ils ont construit ce front autour d’une plate-forme
qui est en train d’être élaborée,
il y a l’arrivée de nouveaux leaders comme Kofi
Yamgnane, il y a le fait que Gilchrist Olympio, sur qui s’hypothéquait
l’avenir du pays se soit retiré, je ne sais pas
les raisons profondes qui l’ont poussé à se
retirer. Mais en tout cas, si c’est fait volontairement,
je dis chapeau ! Il a compris que c’est autour de
lui que s’échouait l’alternance dans ce pays.
Il y a des facteurs comme le contexte sous régional. Regardez
les évolutions positives au Ghana, regardez les évolutions
qui arrivent au Bénin. Regardez récemment, ce qui
s’est passé en Guinée et la levée
de boucliers de la Communauté internationale face à la
pression sanglante qui s’est abattue sur le pays. C’est
la preuve que les choses ont changé, les données
sous régionales ont changé et que rien ne peut
plus être comme avant et que le peuple doit reprendre confiance.
Le peuple doit reprendre confiance parce que des leaders osent
dire clairement que le Togo est rentré dans un processus
irréversible, le Togo en 2010 doit obtenir l’alternance.
Regardez les deux cents (200) observateurs de la CEDEAO qui sont
là pour voir si la Police ou la Gendarmerie va réprimer
ou va se comporter en une armée loyale vis-à-vis
du peuple, ça veut dire qu’au Togo, le processus électoral
est effectivement sous surveillance, et c’est le site de
Républicoftogo qui le dit.
Même si le processus électoral a connu des défaillances,
au moins sur le plan de la sécurisation des manifestations,
le peuple pourra s’exprimer, le peuple pourra voter et
revendiquer sa victoire et surtout revendiquer la vérité des
urnes sans pour autant être réprimé comme
ce fut le cas dans les années précédentes.
Là, je me dis attention, les conditions sont réunies,
encore faut-il que le peuple puisse prendre conscience que les
conditions sont réunies, encore faut-il que le peuple
puisse aller chercher sa victoire, aller voter, mettre son bulletin
dans l’urne et aller chercher sa victoire, se dire que
rien ne s’obtient facilement, que le chemin vers l’alternance
et vers un Etat de droit n’est pas un chemin bitumé,
et que malgré tout il faut y aller, il faut y croire.
Voilà le message que je veux porter à mes compatriotes.
Le Togo ne peut pas être le dernier bastion qui refuse
l’alternance, l’alternance fait du bien. Il ne faut
pas que le peuple ait peur que l’alternance va briser
le pays, que l’alternance va mener au chaos, non l’alternance
va permettre au pays de reprendre confiance et elle va permettre
aux investisseurs potentiels de venir au Togo.
Propos transcrits par Médard Amétépé et
Olivier Adja
Source: Kanal Fm
Transcription de la rédaction de Liberté |
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