Togo: Interview sur France24:
Jean-Pierre Fabre parle de sa vision
du Togo, de Gilchrist et de Faure Gnassingbé
22 février 2010
Désigné au pied levé pour remplacer Gilchrist
Olympio souffrant, Jean-Pierre Fabre est devenu le porte-étendard
de l’Union des Forces de Changement (UFC) pour le scrutin
du 04 mars prochain. Pour donner corps au projet d’alternance,
le Secrétaire Général de l’UFC a reçu
le soutien de certains partis de l’opposition et d’associations
regroupés au sein du Front Républicain pour l’Alternance
et le Changement (FRAC). Dans cet entretien avec le confrère «Africa24»,
le candidat Fabre a parlé de ses ambitions, ses projets
pour le Togo et les moyens dont il dispose pour battre son principal
challenger Faure Gnassingbé. Dans son style direct, sans
détour, Jean-Pierre Fabre sans langue de bois, a fait
le tour d’horizon du processus électoral en cours.
Lecture.
Pourquoi voulez-vous être président
du Togo?
C’est très simple. Pour apporter le minimum de bien-être
et de liberté aux Togolais qui en ont réellement
besoin. Vous-même vous voyez l’état de délabrement
de notre pays, la manière dont les populations souffrent.
Il faut faire quelque chose pour les sortir de cette situation.
C’est le but de notre organisation politique.
Vous êtes préparé pour être
président?
Je ne m’attendais pas à cette candidature. Mais
j’ai toujours tenté de faire la politique. Et si
c’est l’aboutissement de mon engagement politique,
alors-là, je peux dire que je me suis préparé depuis
longtemps.
Quels sont vos atouts et ceux de votre parti, l’UFC?
Mon parti est très implanté dans le pays. Il a
une implantation nationale. Moi-même j’ai sillonné le
pays, j’ai labouré le terrain depuis très
longtemps et donc je suis connu, très connu. Le régime
qui dirige le pays depuis très longtemps en sait quelque
chose. Nous avons toujours gagné les élections.
Mais vous n’avez jamais dirigé le pays?
Oui! Cela veut dire que le pouvoir en place a toujours confisqué notre
victoire. C’est pourquoi nous nous impliquons beaucoup
dans la préparation de cette élection afin d’éviter
cette situation.
Quel est votre modèle en politique?
Très rapidement, Nelson Mandela. Pour la manière
dont il a mené avec ses compagnons, la lutte contre le
système de l’apartheid. La détermination
avec laquelle la lutte a été menée. La manière
avec laquelle il a géré l’Afrique du Sud.
C’est-à-dire qu’après sa libération,
il a été président et tout a été géré de
manière à éviter les conflits. Il mérite
notre admiration.
Vous êtes longtemps resté avec Gilchrist
Olympio, il vous a inspiré un peu?
Sa détermination, sa combativité et également
la manière avec laquelle il a mené la lutte depuis
toujours m’ont beaucoup inspiré.
«Alternance et le Changement», est votre
slogan de campagne. Qu’est-ce qu’il faut changer?
Il faut tout changer. De fond en comble. Parce que comme je l’ai
dit tout à l’heure, le système qui régit
le pays n’a rien apporté aux Togolais. Nous devons
mener des réformes. Donc tout est à refaire. Vous
voyez vous-même l’état de notre pays. Les
routes, les écoles, les hôpitaux. Toutes les infrastructures
sont à reconstruire. Bref, il faut tout changer et c’est
seule la volonté politique qui peut apporter le bien-être
aux populations. Or le pouvoir en place n’a pas cette volonté.
Il ne défend que les intérêts d’un
petit groupe de personnes, les collaborateurs du président.
C’est ce qui est accablant. Dans ces conditions, il faut
chasser rapidement ce pouvoir et mettre en place un système
capable d’opérer les réformes politiques
et redresser l’économie. Donner rapidement aux institutions
de la République, les moyens nécessaires pour leur
bon fonctionnement. Mobiliser les ressources et les gérer
rationnellement. Dire non à la gestion catastrophique
des ressources qui caractérise le pouvoir de Faure.
Que dites-vous du chantier de la réconciliation
nationale actuellement en cours?
La réconciliation nationale passe d’abord par le
respect mutuel. Et le respect mutuel passe d’abord par
le respect des verdicts des populations. L’organisation
de bonnes élections peut résoudre à 90%
cette question. C’est le fait que celui qui dirige le pays
n’a pas de légitimité qui fait que la réconciliation
nationale tarde à arriver.
Est-ce qu’il y a aujourd’hui des relations
contre le président Faure et votre parti l’UFC?
Il n’y a pas de relations particulières. Nous sommes
dans l’opposition et Faure Gnassingbé est président
de la République. Nous savons les conditions dans lesquelles
il est arrivé au pouvoir, il n’a aucune légitimité.
Donc notre relation avec lui c’est celle d’une opposition
avec un pouvoir de fait.
Vous n’avez jamais dialogué avec lui?
Nous l’avons rencontré deux ou trois fois et nous
avons discuté des positions de notre parti sur les différents
aspects de l’organisation des élections. En dehors
de ça, on n’a pas d’autres contacts particuliers.
Quel regard portez-vous sur le débat autour
de la candidature unique?
Je pense que la candidature unique de l’opposition est
une exigence fondamentale. Avec le mode de scrutin que nous avons,
scrutin uninominal à un seul tour, plusieurs candidats
de l’opposition face au candidat du pouvoir serait une
erreur grossière.
Avez-vous obtenus des garanties pour le bon déroulement
du scrutin?
Non ! Mais allons quand même. Notre souhait est que cette élection
se déroule dans de bonnes conditions. Transparence, équité,
sincérité... Mais notre grande inquiétude,
c’est le fichier électoral. La condition dans laquelle
s’est déroulée la révision des listes électorales
ne garantit pas un fichier fiable. Et vous savez tous que la
base de toute élection sérieuse, c’est d’abord
la fiabilité du fichier électoral. Donc ce que
nous demandons, c’est de corriger à fond ce fichier.
Beaucoup pense que si vous êtes élu
le 04 mars, Gilchrist Olympio sera le véritable président
de la République. Que répondez-vous?
Si je gagne, le président de la République, ce
sera moi. M. Gilchrist Olympio a son poids dans la lutte. N’oubliez
pas qu’il est le président national du parti qui
me présente. Il a certainement des conseils à donner
et ces conseils seront les biens venus et d’ailleurs, je
n’attendrai pas qu’il vienne me donner des conseils.
C’est moi plutôt qui irai vers lui.
Interview transcrite par Olivier GLAKPE |