Togo: Présidentielle et surenchère médiatique:
Lorsque Faure Gnassingbé corrompt
les médias avec des millions de FCFA
23 février 2010
«Nous sommes plus manipulés et déterminés
par les faits, les événements et les pouvoirs que
nous ne sommes capables de prendre en main notre destin et celui
de la société» (Jacques Le Goff)
Les médias, de par leur pluralité, participent à la
dynamique de la démocratie. En ce sens ils jouent un grand
rôle dans la formation de l’opinion publique. Ce
qui ne donne pas carte blanche aux médias de servir n’importe
quoi au public. Ils doivent respecter les choix et les attentes
des citoyens. Ainsi, ils sont soumis à une éthique:
exactitude de l’information, respect de la vie privée,
vérification des sources. Cependant, les mêmes médias
sont l’objet de manipulations de la part des politiques,
des puissants réseaux économiques, des groupes
de pression… C’est un phénomène fréquent
auquel n’échappent pas les médias des pays
dits de «grandes démocraties». «Pourquoi
acheter un journal quand on peut acheter un journaliste?»,
se demandait l’ancien patron de l’Olympique de Marseille,
Bernard Tapie.
Dans les Républiques tropicales, c’est devenu la
norme, surtout à l’approche des compétitions électorales.
Il suffit que quelques espèces sonnantes et trébuchantes
circulent dans certaines rédactions pour voir ces organes
de presse changer de ton et mettre au placard les valeurs cardinales
qui régissent la profession.
Malheureusement, c’est ce à quoi on assiste au
Togo avec l’ouverture officielle de la campagne électorale.
Ceux qui ont fait main basse sur tous les biens de l’Etat
ont offert quelques billets à certains organes de presse
afin d’orienter leur plume. Ce qui leur réussit
bien. Depuis mardi 16 février 2010, tous ces journaux
barrent la une de leur canard avec des titres annonçant
une victoire de Faure Gnassingbé au scrutin du 4 mars
prochain. N’allez surtout pas nous demander si ces allégations
sont fondées sur des sondages ou du concret. C’est
le fruit de leur imagination, puisqu’ils sont obnubilés
par le cadeau présidentiel. Et les institutions de régulation
se murent dans un silence sépulcral bien que ces journaux
déclarent le «fils de la nation» gagnant
avant le vote. Une manipulation savamment orchestrée pour
démobiliser les électeurs et les amener à accepter
le fait accompli.
Sont dans cette logique certains médias internationaux,
notamment nos confrères burkinabés. Depuis un certain
temps, ces organes de presse ne cessent de distiller dans leurs
articles que Faure Gnassingbé est en «roue libre» et
que «la machine RPT n’aura donc pas à sortir
le grand jeu pour conserver les rênes du pouvoir»,
condamnant au passage l’opposition qui réclame la
transparence du scrutin. Ils trouvent normal ce que font le RPT
et son candidat et jettent l’anathème sur les opposants.
Pourtant, les choses ne seront pas aussi simples pour le RPT
qu’on le pense. Malgré les fraudes en amont, ce
parti a toujours trimé avant d’imposer aux Togolais
les résultats programmés d’ordinateurs. L’ancien
ministre de l’Intérieur, Me François Boko,
l’a toujours dit et l’a même répété sur «Radio
Kanal FM»: «Le régime RPT n’a
pour base électorale qu’à peu près
10% du corps électoral togolais et donc arithmétiquement
ne peut pas gagner la présidentielle». L’ancien
Premier ministre Agbéyomé Kodjo s’inscrit
dans les mêmes veines quand il confie à «koaci.com» que «Faure
Gnassingbé a eu 7% en 2005».
Les Togolais sont bien au fait de ce qui se passe dans leur
pays et sauront assumer leurs responsabilités devant ces
manipulations médiatiques tendant à donner la victoire
au fils du père.
Zeus AZIADOUVO, correspondant
permanent Etiame.com au Togo |