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Le Président National UFC Gilchrist Olympio:
Lettre Ouverte au Peuple Togolais
24 février 2010
Mes chers compatriotes,
Je tiens à m’adresser moi-même à vous
aujourd’hui, plus directement et plus longuement, sur le
moment historique auquel nous faisons face. Nous sommes à l’aube
d’une nouvelle ère pour le Togo. Après la
mort du Général Dictateur, son régime et
sa famille ont rhabillé le même système oppressif
d’un visage nouveau, mais force est de constater aujourd’hui
qu’un simple changement de visage n’a rien pu faire
pour arrêter le déclin économique et moral
qui ronge les fondations de notre beau pays. Pour accomplir la
renaissance tant attendue par le peuple Togolais, c’est
tout un système qu’il nous faut jeter aux oubliettes
de l’histoire. Nous devons poser les bases d’une
société libre, démocratique, et respectueuse
des droits des hommes et des femmes qui y vivent. Ce chantier
demande votre mobilisation, et des sacrifices nouveaux.
Vous connaissez tous mon combat pour l’émergence
d’une démocratie authentique et vibrante au Togo.
J’y ai depuis longtemps consacré le plus clair de
ma vie. Jusqu’à la fin de l’année dernière,
j’entendais poursuivre ce combat en sollicitant votre soutien
pour la présidentielle de 2010 afin que je mène,
avec votre aide, notre pays dans cette direction nouvelle. Mais
Dieu en a décidé autrement. Il a voulu que je joue
un rôle différent pour ce rendez vous électoral
et qu’un autre homme porte notre flambeau et celui de l’opposition
togolaise. Seul Dieu sait bien sûr vers où il guide
mes pas. Mais sachez que c’est avec la même détermination,
la même passion, et le même espoir qui m’a
toujours animé que je compte m’atteler à aider
le collectif de l’opposition à faire changer notre
pays. Je ne tournerais pas le dos à mes responsabilités
en ce moment crucial de notre histoire.
Depuis le rejet de ma candidature par la CENI, j’ai décidé de
me donner le temps de la réflexion, non pas par désintérêt
ou par dépit, mais à cause de l’importance
du moment auquel nous faisons face. Pendant ce long silence,
j’ai également continué les consultations
que j’avais engagées avec les acteurs clés
du processus togolais, tant sur le plan national qu’international,
afin d’essayer d’améliorer la donne des conditions
lamentables de préparation, et afin de déterminer
les meilleurs moyens pour l’opposition de porter le peuple
togolais à la libération qu’il attend depuis
si longtemps. Aujourd’hui alors que la campagne électorale
est lancée je viens vous faire part de mes conclusions.
Mon appel à tous les démocrates togolais
Après avoir longuement discuté avec chacun des
leaders de l’opposition démocratique, et après
avoir consulté nos partenaires internationaux, j’ai
décidé d’appeler le peuple togolais et tous
les partis partageant notre idéal de paix et de progrès, à se
rassembler derrière la candidature de Jean Pierre Fabre
pour les élections présidentielles de 2010.
Ce choix n’est pas le choix d’un parti contre un
autre, et je vous demande de ne pas le voir comme tel car au
delà de la logique électorale qui commande de
choisir le représentant du parti le plus implanté,
nous devrons faire appel à l’expérience et
aux talents qui existent au sein des différentes forces
démocratiques du pays. C’est pour moi ici l’occasion
de reconnaitre l’importance et l’expérience
des partis-frères et de nos compagnons de lutte. Même
si nous nous sommes parfois affrontés face aux électeurs
dans le passé, nos objectifs et notre volonté de
démocratie nous ont toujours unis. Nous devons aujourd’hui
renouveler et renforcer cette union, afin de faire bloc face
au régime qui oppresse notre peuple. J’appelle les
uns et les autres au dépassement de soi pour la cause
commune. Notre victoire sera la victoire de tous les Togolais
et non celle d’un seul parti politique.
Nous devons saluer le courage et la maturité politique
de Me Yaovi Agboyibor, le président d’honneur du
CAR, à qui l’histoire démocratique du Togo
doit beaucoup. Nous devons aussi saluer Agbéyomé Kodjo,
de l’OBUTS, dont la candidature énergique et rénovatrice à apporté des
idées neuves et claires au collectif de l’opposition.
Nous devons saluer l’action de Dahuku Péré,
de l’ALLIANCE, pour sa sincérité dans la
préparation d’un consensus pour l’union. Ces
deux hommes ont eu le courage de dénoncer les dérives
du régime Eyadema et de quitter le sérail du dictateur à une époque
où il était dangereux d’imposer sa différence
de l’intérieur. Je salue également l’action
fédératrice et le rôle positif qu’a
joué Kofi Yamgnane depuis son entrée sur la scène
politique togolaise. Enfin, nous devons saluer la démarche
progressive de la CDPA et de sa candidate Mme Brigitte Adjamagbo,
ainsi que les candidats des autres partis qui se sont dits prêts à s’unir
autour d’un pôle fédérateur. Ces fils
et filles de la nation amènent tous des idées et
des énergies nouvelles au débat démocratique
que nous souhaitons. Ils représentent l’arc en ciel
togolais, dans toutes ses couleurs politiques, ethniques, professionnelles
et sociales. Ils sont la preuve que le régime n’a
pas réussi à éteindre la vitalité et
l’esprit travailleur de son peuple en quarante ans d’oppression.
Nous devons aller aux élections quoi qu’il
advienne
Le refus obstiné du gouvernement de reconnaitre que les
conditions d’une élection sereine et transparente
ne sont pas réunies démontre la mauvaise foi qui
conduit les actes que pose ce gouvernement. Les défaillances
avérées du processus de révision des listes électorales
avec notamment l’enregistrement de mineurs et d’étrangers,
les disparitions du matériel de recensement, la réduction
de la durée du temps de travail de révision, la
paralysie de la CENI et les multiples intimidations sont autant
d’éléments qui continuent de plaider en faveur
d’un report de l’élection. Comme je le disais
dans mon message du 16 Janvier 2009, des élections précipitées
et bâclées portent en elles les germes de l’affrontement
et de la violence dont notre pays a tant souffert.
Malgré tout ces problèmes, nous ne devons pas
abandonner la lutte et renoncer au combat qui est devant nous.
Nous ne devons pas faire au RPT le cadeau du boycott auquel le
régime cherche à nous pousser. Si nous sommes unis,
le régime tremblera. Si nous sommes unis, l’ampleur
de la fraude nécessaire au maintien du RPT au pouvoir
devient énorme et pratiquement impossible à accomplir.
Si nous sommes unis, nous pouvons renverser la dictature des
Gnassingbé et changer le cours, jusqu’ici douloureux,
de notre histoire.
Nous devons faire front au RPT unis, tous ensemble
L’union de l’opposition doit continuer à se
construire autour d’un programme de gouvernement commun.
Elle ne doit pas se dessiner seulement autour d’une vision
biaisée par les intérêts personnels et s’ancrer
sur une quelconque répartition de futurs postes gouvernementaux.
Elle doit se faire avec le souci de porter en avant celui qui
est le mieux en mesure de représenter notre union pour
la bataille difficile qui s’annonce. Les qualités
d’écoute et de diplomatie, l’expérience
de la chose politique et le courage d’aller jusqu’au
bout sont à mon avis essentielles. Il nous faut faire
un front commun face à ce moment historique qui se présente
devant le peuple Togolais. Seule l’Union permettra de venir à bout
d’un système désireux de s’accrocher
envers et contre tout au pouvoir. Ce système quoique à bout
de souffle, a montré qu’il excelle dans la duplicité et
la tricherie. Il n’hésitera pas de surcroit à avoir
recours à la violence pour conserver ses acquis. L’heure
du changement a sonné et nos adversaires le savent. Il
ne tient donc qu’à nous de répondre à la
clameur du peuple qui nous réclame d’agir.
Le choix de Jean Pierre Fabre n’est pas offert ici comme
le choix idéal pour tel ou tel parti, pour tel ou tel
personne individuellement, mais comme choix idéal pour
l’opposition dans son collectif. Je demande donc à tous
les leaders des partis d’opposition, d’accepter le
sacrifice personnel que demande le peuple, afin qu’ensemble
nous allions à la victoire. Je demande à chaque
leader de l’opposition de mettre la force de son intellect,
de son cœur, et de son intégrité au service
du peuple togolais. Nos ambitions individuelles sont saines et
nécessaires pour le débat démocratique qui
offre au peuple le droit de choisir des leaders pour les mener
vers une vision de la cité. Ces ambitions auront leur
place dans un Togo renouvelé. Mais aujourd’hui,
il nous revient d’abord de renverser un système
qui tue l’ambition et le travail, et qui ne récompense
que la médiocrité, le zèle et la fumisterie.
Inscrivons ensemble ce mandat comme celui de la transition du
pays vers une ère véritablement démocratique.
La classe politique de notre pays compte de nombreux talents.
Que nul n’en doute. Ceci étant, au jour d’aujourd’hui
et au vu de la situation politique à laquelle nous sommes
confrontés, je pense que Jean Pierre Fabre est le fils
de la nation le mieux indiqué pour mener la coalition
qui fera tomber le régime RPT. Il a longtemps prouvé à mes
côtés ses qualités de rassembleur et de meneur
d’hommes. Il aura aussi besoin de l’aide de ses ainés
pour que nous donnions ensemble le meilleur de la classe politique à nos
concitoyens. J’invite donc les leaders politiques à se
mettre ensemble autour d’un plan de campagne et à élaborer
un programme commun de gouvernement pour un mandat de transition.
Pour une nécessaire transition démocratique
La tâche qui nous attend est immense et il nous faudra
faire appel aux efforts de tous les fils et filles de ce pays
pour relever le défi de la reconstruction. Il nous faudra
pour commencer envisager la réinstauration de la constitution
de 1992 dont le peuple s’était librement doté et
ensuite doter notre pays d’institutions crédibles
et acceptées de tous. Le chantier de la réconciliation
nationale est tout aussi important. Il nous faudra sans complaisance
et en toute responsabilité revisiter les épisodes
douloureux de notre histoire afin de solder les contentieux qui
continuent de miner et de diviser nos compatriotes.
Les nombreux crimes de sangs et les crimes économiques
qui ont tristement jalonné l’histoire de notre pays
ne devront pas être ignorés. L’alternance
n’est pas synonyme de chasse aux sorcières mais
il est important de savoir ce qui s’est passé pour éviter
que cela ne se reproduise. Pour toutes ces raisons, il me parait
crucial d’envisager de mettre sur pied un gouvernement
de coalition autour d’un programme prioritaire de redressement à la
fois moral et économique du pays pendant un mandat de
transition. Au terme de cette transition, il nous sera possible
de créer les conditions d’une véritable élection
propre et transparente à laquelle pourront participer
tous ceux qui le souhaitent dans une compétition saine.
Mon appel à nos frères militaires
Envers les militaires, je renouvelle mon appel du 16 Janvier
dernier. Nous comptons sur l’armée et les forces
de sécurité, pour qu’elles contribuent à assurer
la tenue d’un scrutin dans la paix et la sécurité de
tous. Ces corps armés auront un rôle important à jouer
dans le projet de société que nous voulons bâtir
dans la paix et la démocratie. Demain, nous devrons
les inviter à nous aider à accomplir une réforme
constructive de l’armée togolaise, pour que celle-ci
soit mieux préparée à la tâche qui
lui reviendra dans un Togo renouvelé.
Mes frères, mes fils, soyez à l’écoute
du peuple dont vous émanez tous. Vous servez une noble
cause, pour laquelle il vous est toujours demandé d’énormes
sacrifices individuels. Il est temps de reprendre la place qui
vous revient dans la noble marche de l’histoire. Je me
ferais ici l’écho d’un de vos plus illustres
officiers, un des fils du Nord du pays et un des proches du feu
dictateur, qui disait en 2003 en s’adressant a ses frères
d’armes: «Ne restons pas sourds à l’appel
du peuple. La tyrannie, l’injustice, et l’arbitraire
doivent céder la place à un monde d’amour,
de pardon, d’équité et de justice.» ... «On
ne peut plus déverser les militaires dans les rues pour
frapper et maltraiter les populations... Le peuple a assez souffert
comme ca. Ca suffit.» ... «Depuis 1963,
nous n’avons fait que servir un homme, souvent jusqu’au
sacrifice suprême. Qu’avons-nous reçu en retour?
Ingratitude, conspiration, et exécution sommaire. Triste
sort que d’être militaire sous Eyadema...» ... «Notre
armée doit désormais être une armée
républicaine. Elle doit se mettre au service du peuple.
Je sais que la grande majorité, certes silencieuse, a
compris la mission qui lui est dévolue. La minorité qui
jette le discrédit sur notre corps, vous la connaissez.» ... «Soyons
unis. Cessons de croire que l’armée est une histoire
de Nord-contre-Sud, ou de Kabyè-contre-autres ethnies.
L’armée, notre armée, est une et indivisible.» ... «Peuple
Togolais, tu es valeureux. Ta bravoure est sans limite. Comme
le roseau, tu as cent fois plié, mais tu n’as jamais
rompu. La délivrance est proche car le jour de gloire
pour notre pays est arrivé. Que l’éternel
bénisse le Togo.»
C’est par ces paroles simples, qui viennent de leurs rangs,
que je voulais m’adresser à nos frères servant
dans l’armée et les forces de sécurité.
Vous faites un métier noble. C’est sous votre protection
fraternelle que nous ferons face dans la paix, devant la vérité des
urnes, au régime qui garde en otage notre pays.
Pour finir...
Togolaises, Togolais, je vous demande solennellement de voter
pour le candidat de l’Union Jean Pierre Fabre le jour
des élections. Ayez le courage de vous exprimer, une
fois encore. Nous avons deux semaines avant le 5 Mars. Le peuple
compte sur les bonnes volontés de tous. Je serai au
rendez vous, avec vous, pour ce combat ultime. Je prendrai
une part active à la campagne à la tête
de mon parti l’UFC et de concert avec les autres membres
de la coalition. Mes compatriotes, la nuit est longue, mais
le jour approche.
Que Dieu bénisse et protège notre cher Togo!
Fait à Paris le 23 Février 2010
Gilchrist S. Olympio |
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