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Togo: Présidentielle et vote
par anticipation:
De multiples irrégularités
constatées lors du vote des militaires
03 mars 2010
Le 1er mars 2010, les Forces armées togolaises (FAT)
et les forces de sécurité étaient appelées à exprimer
par anticipation, leur suffrage dans le cadre de l’élection
présidentielle du 04 mars 2010 où tout le peuple
togolais va être appelé à se prononcer sur
le choix de la personne devant conduire à ses destinées
pour les cinq années à venir.
Tout s’est bien déroulé dans les centres
de vote ouverts à Lomé, nous indiquent des sources
proches de la Commission électorale nationale indépendante
(CENI). Au Camp militaire Général Eyadèma,
ancien Camp RIT et à l’Etat major de la gendarmerie
nationale, les opérations ont démarré à sept
heures (7h00) avec l’ouverture des bureaux de vote.
Nombreux étaient les soldats qui s’étaient
déplacés tôt le matin pour accomplir leur
devoir civique avant de vaquer à leur mission de protection
et de défense de la nation. «Ce matin beaucoup
de militaires ont voté par dérogation»,
nous confie un membre de la CELI au centre de vote du Camp RIT. «Le
vote par dérogation nous a posé beaucoup de problèmes,
poursuit-il, il y avait beaucoup de soldats qui ont demandé à voter
par dérogation et par procuration».
A l’Etat major de la gendarmerie nationale, le même
problème s’est posé, mais avec plus d’acuité,
ce qui a conduit à l’épuisement des fiches
dites de «dérogation». Pourquoi la
CENI n’a-t-elle pas accordé plus de fiches de dérogation
aux bureaux de vote? A cette question un membre de la Commission électorale
locale indépendante (CELI) répond: «c’est
le désordre habituel de la Céni, il y
a au moins six cent (600) électeurs par bureau de vote
et la Céni nous remet seulement trois fiches de dérogation. Mais, tempère-t-il, les
soldats qui n’ont pas pu voter aujourd’hui pourront
voter le jeudi prochain».
Beaucoup d’observateurs d’organisations internationales étaient
visibles dans les bureaux de vote. Mais toute cette importante
présence n’a pas pour autant empêché les
irrégularités.
Les cas d’irrégularités constatés
L’ensemble des leaders de l’opposition togolaise
avait exigé l’abrogation de l’article 137
du code électoral prévoyant le vote par anticipation
des forces armées, cet article qui dit en substance que «les
membres de l’Armée nationale et des corps
de sécurité peuvent en cas de besoin exercer leur
droit de vote par anticipation». La demande de l’opposition
avait été faite pour éviter les cas de fraude
observés lors du vote du 1er mars.
En effet, le vote par anticipation des éléments
des forces de l’ordre a donné lieu à de
multiples irrégularités qui ont été constatées
sur l’ensemble du territoire national. Le cas de Niamtougou,
localité située à près de quatre
cent cinquante (450) kilomètres de Lomé est un
exemple parmi tant d’autres. A Niamtougou, nous apprend-t-on,
les militaires de la Base chasse de la ville ont été amenés à quitter
leur centre de vote pour aller dans un autre centre accomplir
leur devoir civique. Raison avancée, «ils avaient
ordre de leur supérieur hiérarchique à voter
par dérogation dans le centre de vote qui est alloué aux
policiers». «Ce matin, nous confie
le Coordonnateur -région de la Kara- du Front républicain
pour le changement et l’alternance (FRAC), nous avons
remarqué que les militaires de la Base chasse de Niamtougou
sont venus en nombre voter dans un autre centre que celui qui
leur est réservé. Beaucoup voulaient voter
par dérogation. Ils affirment que c’est un ordre
de leur Colonel, ce qu’a réfuté l’officier
lorsque nous l’avons contacté. Nous avons donc exigé que
cela cesse, mais le représentant de la CENI Kolani Lardja
a trouvé que ce n’était qu’un petit
malentendu. Nous avons ensuite demandé que les listes
de ceux qui ont voté par dérogation nous soient
remises, ce qu’on nous a encore refusé. A la fin,
pour calmer la tension qui se profilait à l’horizon,
M. Kolani Lardja a promis de nous remettre plus tard les listes
en question, mais jusqu’ici nous n’avons pas encore
lesdites listes en notre possession. Nous avons plus encore constaté que
tous les militaires du camp Landja de Kara étaient tous
détenteurs d’une procuration en plus de leur carte
d’électeur, ce qui est une aberration».
Pour ce dernier, «certains soldats ont été sciemment
envoyés en mission et certaines personnes vont
vers les femmes de ces derniers chercher leurs cartes d’électeur».
En outre, nombre de centres de vote de Lomé, comme nous
le soulignions plus haut, ont été envahis
par beaucoup de demandes de dérogation. «C’est
une stratégie de fraude, affirme un représentant
de l’UFC dans un bureau de vote. On a convoyé des
hommes d’un lieu à un autre pour leur permettre
de voter par dérogation et le jeudi prochain ils iront
dans leur localité voter de nouveau».
A Lomé, nous confie un jeune homme, «chaque
officier a été prié de faire voter un
maximum de civils. On nous a habillés de survêtements
(vêtements de sport) et on nous a amenés voter
par dérogation dans certains bureaux de vote. Moi-même
j’ai eu à voter aujourd’hui et le jeudi
prochain, je vais encore voter parce qu’on arrive à nettoyer
l’encre sur le doigt, c’est facile».
Mais des traces de l’encre étaient encore perceptibles
sur son index.
O.A. |
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