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Election du 4 mars au Togo: Mutisme devant les coups de force du RPT:

L’Union Européenne contemple le drame en préparation

03 mars 2010

Karel De Gucht, Commissaire européen à la Coopération et au développementPlus que 48 heures, et les Togolais seront appelés aux urnes. Les hommes en arme, ont ouvert le bal hier. Les Togolais et la communauté internationale veulent une élection transparente et non violente. Le pouvoir RPT, malgré les bonnes professions de foi de ses responsables, dont Faure Gnassingbé, n’est guère animé de la volonté d’organiser une élection démocratique. On n’en voudrait pour preuve que les actes obscurantistes posés durant tout le processus et ces derniers temps. Le plus cocasse est le mutisme ahurissant de l’Union Européenne.

Les manœuvres du pouvoir RPT
Mine de rien, on évolue tout droit vers un scrutin heurté, à cause de la ferme volonté du pouvoir de barricader le processus au profit de son homme. C’est le refus de l’authentification des bulletins, la rétention de bulletins à souche afin d’en assurer la traçabilité, entre autres propositions, qui ont entre-temps poussé le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR), l’Union des Forces de Changement (UFC) et la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA) à retirer leurs candidats de la course, et à suspendre en plus pour l’opposition parlementaire la participation de leurs représentants à la Commission électorale nationale indépendante. Ce sont pourtant des mesures de bon sens. Si le pouvoir RPT a fini par faire la concession sur ces points, l’application pose problème.

Les plénières du 23 et 24 février derniers étaient destinées à faire le choix d’un mode d’authentification, après plusieurs tentatives de conciliation. Les deux camps étant partagés entre l’option du cachet et celle de la signature, il a été convenu de se référer au Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), un partenaire stratégique et technique dans le processus, pour trouver la solution appropriée. Mais le Président de la CENI Taffa Tabiou a passé outre cette conclusion et écrit le 24 février une lettre à l’institution onusienne afin qu’elle passe commande des cachets, selon une déclaration de l’UFC datée du 25 février 2010. En plus c’est l’exécutif qui s’immisce dans ce débat.

Le Premier ministre Gilbert Fossoun Houngbo, en toute violation du principe d’indépendance de la CENI, aurait demandé par écrit à la CENI de choisir le cachet. Et pourtant il est proclamé que la CENI est souveraine dans ses choix et qu’elle seule est habilitée à prendre les actes et décisions s’inscrivant dans l’organisation du processus. Une véritable ingérence du Premier ministre qui ne vise qu’à entraver la transparence et faire pencher la balance du côté de son homme, Faure Gnassingbé.

Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement installe des structures parallèles de centralisation  des résultats. Seule la CENI est habilitée à mettre en place et gérer l’appareillage de centralisation des données. Mais voilà, à en croire des révélations de l’UFC, l’exécutif en a installé un  clandestinement. C’est ici que les manipulations rocambolesques seront faites et on sortira des chiffres qui n’auront rien  à avoir avec les résultats officiels des dépouillements et qui devraient créditer Faure Gnassingbé vainqueur.

Dans le cadre du Projet d’Appui aux Processus Electoraux (PAPE) signé avec le PNUD et où s’inscrit le scrutin du 4 mars prochain, il est prévu des mesures ou des canaux de transmission des résultats. L’accent serait mis sur l’utilisation de la voie satellitaire. Mais il nous revient que le pouvoir RPT veut forcer les choses et passer par le biais de la société étatique de téléphonie fixe Togo Télécom. Tout juste pour avoir la possibilité de tripatouiller les choses.

Le mutisme de l’Union Européenne
On le voit bien sur toute la ligne, le pouvoir RPT viole les règles du jeu. Cela relève d’une volonté manifeste d’entraver la transparence du scrutin. Ce qui est dangereux pour la paix et la quiétude proclamées. Ce n’est pas faute pour l’opposition d’avoir dénoncé ces coups de force de Faure Gnassingbé et les siens. L’UFC, le CAR et les candidats n’ont cessé de fustiger cette volonté d’obscurantisme, mais le pouvoir est resté impassible à ces appels. Dans le cas d’espèces l’Union Européenne se posait comme la seule force majeure de pression sur le régime, à cause de sa contribution au processus.

Bruxelles a injecté une dizaine de milliards de F CFA dans le financement de l’élection, ce qui fait une contribution de près de 80%. C’est donc le tout premier sponsor du processus. En plus c’est elle qui a déployé le plus fort contingent d’observateurs électoraux sur le terrain. La mission d’observation compterait en tout cent dix (110) agents, dont quatre-vingt (80) observateurs à court terme et trente (30) à long terme. Au nom de cette participation qui lui confère un statut privilégié, l’Union Européenne a le pouvoir de faire pression sur le pouvoir RPT, taper du poing sur la table et pousser Faure Gnassingbé et les siens au respect des normes. Mais aussi bizarre que cela puisse paraître, elle observe un black-out total sur ces coups de force du clan au pouvoir, bien aidé par le président de la CENI. Le bon sens ne comprend pas que l’on puisse investir un tel trésor dans un processus et laisser les choses aller à vau-l’eau. Ici on se cache derrière une certaine méthodologie, un pseudo principe de souveraineté du Togo et de non ingérence dans les affaires internes pour se justifier. Le drame est qu’on laisse faire le pouvoir qui conduit le peuple vers une élection non transparente et heurtée aux conséquences imprévisibles. Lorsque l’irréparable sera commis, l’UE s’empressera d’envoyer des missions pour compter les Macchabées.

Il arrive des fois de conclure que la présence de l’Union Européenne et l’envoi d’observateurs ne visent en réalité qu’à légitimer le pouvoir des Gnassingbé. En tout cas Bruxelles laisse beaucoup de plûmes dans la gestion de ce processus et risque de ne plus avoir aucune crédibilité aux yeux des Togolais.      

Tino Kossi

 

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