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Togo: Présidentielle: Sortie
ignominieuse du Facilitateur:
Blaise Compaoré le
fossoyeur de la démocratie en Afrique de l'ouest
10 mars 2010
Les Togolais se sont rendus aux urnes le jeudi 04 mars dernier
pour élire celui qui devra conduire aux destinées
du pays durant la mandature 2010-2015. Quarante-huit (48) heures
après, le verdict est tombé. Les résultats
ont été rendus publics à travers un scénario
rocambolesque, mené de mains de maître par le ministre
de l’Administration territoriale, de la Décentralisation
et des Collectivités locales et Porte-parole du Gouvernement
Pascal Bodjona, et c’est son mentor Faure Gnassingbé qui
a été proclamé vainqueur de l’élection,
avec 60,92% des suffrages. Alors que la procédure de proclamation
a été viciée sur toute la ligne et les résultats
donnés suscitent la contestation au quotidien dans le
pays, le Facilitateur Blaise Compaoré s’est empressé d’écrire à Faure
Gnassingbé pour le féliciter.
Félicitation de Blaise Compaoré
«Le peuple togolais vient de vous renouveler sa confiance le 4 mars
2010 à l’issue d’une élection présidentielle
transparence, ouverte et apaisée», écrit le président
du Faso à l’ «heureux élu». «Au
nom du Gouvernement et au mien propre, je vous adresse mes chaleureuses félicitations
pour cette brillante et démocratique accession à la magistrature
suprême de votre pays qui témoigne de vos immenses qualités
d’homme d’Etat. Je salue votre ferme attachement à la
promotion des valeurs de dialogue, de fraternité et de solidarité,
la maturité politique de vos concitoyens ainsi que leur ferme adhésion à vos
idéaux de paix et de progrès», poursuit-il.
Comme la France de Chirac
C’est la scène offerte par la France sous l’ère
Eyadèma à chaque élection présidentielle
au Togo. A peine les résultats partiels sont-ils proclamés
que le patron de l’Elysée s’empresse de féliciter
le Général défunt pour sa «brillante élection». On
se rappelle encore le tout dernier épisode de 2003. Alors
que c’est devant lui que feu Gnassingbé Eyadèma
donnait sa parole de militaire et promettait en 1999 de ne pas
toucher à une seule virgule de la Constitution pour briguer
un 3ème mandat, le Président français de
l’époque, l’inénarrable Jacques Chirac
n’a rien trouvé à dire lorsque son «ami
personnel» a sodomisé la loi fondamentale le
31 décembre 2002. Et en plus avec un cynisme sans pareil,
Chirac sera la toute première personnalité à féliciter
Eyadèma pour sa réélection, avant même
la proclamation des résultats définitifs. C’est
justement le flambeau de ce rôle lugubre que semble prendre
Blaise Compaoré.
Drôle de Facilitateur
Méchanceté, cynisme, irresponsabilité… tous
les termes péjoratifs sont permis pour qualifier cette
sortie ignominieuse du Président burkinabé. Il
n’est pas le seul à envoyer des félicitations à Faure
Gnassingbé. Le Guide Libyen Mouammar Kadhafi a aussi écrit à l’«heureux élu» pour
le congratuler. Venant de sa part, c’est le contraire qui
aurait plutôt étonné. Le bonhomme s’est
toujours illustré comme un hors-la loi, un tortionnaire
de la démocratie, un président en mal de sensations
fortes. Mais Blaise Compaoré lui, n’est pas
que Président du Faso. Il est surtout Facilitateur dans
la crise togolaise, celui-là même qui est censé être
l’arbitre, apporter des solutions aux problèmes
posés pour réconcilier les parties en conflit au
Togo, le pouvoir incarné par le Rassemblement du Peuple
Togolais (RPT) et l’opposition représentée
par l’Union des Forces de Changement (UFC) et le Comité d’Action
pour le Renouveau (CAR). Avec cette lourde responsabilité,
il se devait d’être au-dessus de la mêlée.
Même s’il doit féliciter le vainqueur, il
devrait être la toute dernière personnalité à le
faire. Malheureusement Blaise Compaoré a raté le
coche.
Une victoire contestée
Le bon sens est choqué par cette sortie gauche au regard
du contexte qui ne s’y prête aucunement pas, et des
conditions dans lesquelles les résultats ont été proclamés.
La procédure a été viciée sur toute
la ligne. Au lieu de la Commission électorale nationale
indépendante (CENI), c’est plutôt le ministre
de l’Administration territoriale, Porte-parole du Gouvernement
et Directeur tacite de campagne du candidat Faure Gnassingbé,
Pascal Bodjona qui a pris le devant des choses pour offrir le
fauteuil à son mentor.
Il a été convenu que les résultats doivent être
centralisés à la CENI par SMS, Fax et VSAT, à part
les procès-verbaux. Mais cette procédure n’a
pas été respectée, justement parce que le
sort du candidat du pouvoir était en jeu. On a fait venir
nuitamment à Lomé les Présidents des CELI
pour contourner ces garde-fous de transparence. Et ce sont les
résultats bruts qui ont été proclamés,
sans aucune authentification au préalable. L’opposition
dénonce des bourrages d’urnes, des irrégularités énormes.
Dans certaines circonscriptions électorales du Nord, le
nombre de suffrages exprimés dépasse celui des
votants sur le fichier électoral et en fait le double
voire le triple. On parle de détournement des suffrages,
de truquage des résultats. Le candidat du Front républicain
pour l’alternance et le changement (FRAC) Jean-Pierre Fabre
se voit le Président légitime élu sur la
base des procès-verbaux recueillis et réclame quotidiennement
sa victoire. Le bon sens ne peut qu’être choqué lorsque
le Facilitateur dans ces conditions parle d’«élection
présidentielle transparente», de «brillante
et démocratique accession» de Faure Gnassingbé à la
magistrature suprême et le félicite.
Complot contre la démocratie
Cette sortie de Blaise Compaoré illustre une véritable
conspiration contre le peuple togolais. On est abasourdi quand
on considère la date d’expédition du courrier.
La lettre a été écrite le samedi 06 mars
2010, le jour-là même où le simulacre de
proclamation des résultats organisé par Pascal
Bodjona avait lieu à la Foire Togo 2000 et où le
lugubre Olusegun Obasanjo avait réuni les candidats de
l’opposition dans un hôtel de la capitale togolaise
pour les persuader à accepter le hold-up électoral
qui devrait faire de Faure Gnassingbé Président.
Tout porte à croire que tout était programmé et
que la lettre de félicitation était même
rédigée avant la fin de la comédie à Togo
2000. La grande conséquence de cette sortie du Facilitateur
est qu’elle lie les mains aux membres de la Cour Constitutionnelle.
Les résultats donnés le 06 mars dernier ne sont
que pour l’instant provisoires et partiels, de même
que la victoire présumée de Faure Gnassingbé.
Pour avoir le caractère définitif, ils devront
recevoir l’onction de la Cour Constitutionnelle d’Aboudou
Assouma, ce qui suppose qu’il est possible qu’ils
changent. Mais indirectement par cette sortie, Blaise Compaoré demande à Aboudou
Assouma et les siens de valider la victoire de Faure Gnassingbé.
«J’ai l’impression quand j’observe le
comportement du Facilitateur tout au long du processus, qu’il
milite pour le maintien du régime Gnassingbé au
pouvoir afin de pouvoir bénéficier de prébendes… Il
est Président d’un pays sahélien qui n’a
fondamentalement rien comme richesse, et c’est tout à fait
normal qu’il participe à créer les conditions
favorables pour tirer le maximum de profits du Togo», réagit
un compatriote. «Les Togolais n’ont pas à se
plaindre. C’est leur docilité excessive qui est
exploitée. Blaise Compaoré ne peut pas
oser faire une telle sortie dans le dossier d’un pays «chaud».
On voit bien comment il ménage toutes les parties dans
le dossier ivoirien…», peste un autre.
Tino Kossi, collaborateur etiame.com |
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