Rapport de la mission d’observation
de la CEDEAO au Togo:
Babacar NDIAYE conteste les conditions
d’organisation des élections
10 mars 2010
LA CAMPAGNE ELECTORALE ET LES DEFIS
POUR UNE ELECTION
CREDIBLE
La campagne électorale qui a débuté le 16
février s’est déroulée de manière
conviviale et pacifique. Les observateurs de la CEDEAO n’ont
pas enregistré d’incidents majeurs. Néanmoins,
il convient de souligner des préoccupations observées
et exprimées au cours de la campagne et surtout, lors
des rencontres supra, à savoir:
- l’existence de mouvements associatifs de citoyens, qualifiés
de subversifs, les menaces et rumeurs diverses, dont la surveillance,
le suivi et le contrôle s’avéraient indispensables
en vue d’éviter la perturbation du processus électoral;
- les difficultés liées à l’authentification
du bulletin de vote du fait de l’absence de consensus au
sein de la CENI et des représentants des candidats autour
des modalités de mise en œuvre des dispositions
de l’accord de principe obtenu en la matière;
- l’absence du numéro de série de la souche
sur le bulletin de vote correspondant est susceptible de créer
des problèmes d’authentification ;
- la problématique de la validation du vote de l’électeur
;
- les incertitudes liées aux opérations de révision,
du fait du retard enregistré dans le démarrage
et le fonctionnement de certains kits;
- les incertitudes liées au vote des militaires et des
agents de sécurité du fait de l’inscription
de ces derniers sur les mêmes listes électorales
que les civils; ce qui ne permet pas de maîtriser leur
effectif réel lors du vote anticipé ;
- les controverses liées aux modalités de transmission
des résultats des centres de vote aux CELI, des CELI vers
la CENI (VSAT, FAX et SYSTEME SMS crypté, transport physique
des procès verbaux).
Au cours de ses différentes rencontres, la Mission d’observation
de la CEDEAO a émis des suggestions et recommandations
pertinentes aux autorités administratives et politiques
concernées, de nature à contribuer à l’apaisement
des tensions existantes ou naissantes.
IV. LE PROCESSUS DU VOTE
A. Vote par anticipation du 1er Mars 2010
Ce vote qui concernait exclusivement les agents des forces armées
et des services de sécurité, s’est déroulé dans
le calme et la discipline. Le décompte de ce vote a été différé jusqu’au
04 Mars et s’est fait en même temps que le décompte
du vote général. Les bulletins étaient cependant
gardés sous scellés et transmis aux CELI jusqu’au
décompte.
B. Le Vote général du 04 Mars 2010
La Mission d’Observation de la CEDEAO produira un rapport
complet sur le processus de l’élection présidentielle,
assorti de recommandations idoines, dans les meilleurs délais.
Cependant, après un premier débriefing avec les
observateurs déployés dans les régions,
la Mission de la CEDEAO à l’élection du 04
Mars 2010 a fait les observations préliminaires suivantes:
- la plupart des bureaux de vote disposaient du matériel
adéquat et ont commencé les opérations au
plus tard dans les trente minutes qui ont suivi l’heure
officielle de début du vote, fixée à 07h00;
- l’affluence était appréciable dans les
premières heures de la matinée, et l’on notait
une présence massive de jeunes, de femmes, de personnes
handicapées, tous patients et disciplinés;
- Il n’a pas été noté de scènes
où des militants des différents partis arboraient
des signes visibles de leur appartenance politique ;
- les forces de sécurisation de l’élection
présidentielle (FOSEP) composées de 6000 agents
de police et de gendarmerie, étaient présentes
de manière discrète dans tous les centres de vote.
Elles étaient non obstructives et ont bien coopéré avec
les équipes des forces de sécurité de la
CEDEAO;
- en moyenne, les délégués de trois (3)
ou quatre (4) candidats sur les sept (7) en lice étaient
présents dans les bureaux de vote, à savoir ceux
de Faure Gnassingbé Essozimna du RPT, de Jean Pierre Fabre
de l’UFC, d’Agboyibo Yawovi du CAR et de Kodjo Messan
Agbeyomé Gabriel d’OBUTS ;
- à part les observateurs de la CEDEAO, on a noté parfois
dans les bureaux de vote la présence des observateurs
internationaux ainsi que les représentants de quelques
missions religieuses telles que la Commission épiscopale
paix et Justice et des organisations de la société civile
locale ;
- parmi les agents électoraux, il a été noté une
faible présence de femmes.
Toutefois, une forte présence de jeunes, certes dévoués,
mais qui semblaient manquer d’expérience et de formation
adéquate, a été aussi constatée;
- les électeurs ne semblaient pas suffisamment sensibilisés
par les candidats, les partis politiques et les médias
sur les modalités du vote, du fait de la mise à disposition
tardive du spécimen du bulletin de vote. Malgré son
caractère tardif, le communiqué de la CENI du 03
mars 2010 sur les modalités du vote a permis d’atténuer
relativement le phénomène des bulletins nuls dont
le nombre aurait pu être plus élevé ;
- certains électeurs, munis de leur carte d’électeur,
dont les noms ne figuraient pas sur la liste de certains bureaux
de vote ont pu voter, tandis que dans d’autres, ils en
ont été empêchés ;
- il a été noté que des électeurs
présents au sein des files d’attente, ont été frustrés
de n’avoir pu voter, puisqu’ils s’étaient
trompés de bureau de vote ;
- les observateurs ont noté que quelques électeurs
détachaient le bulletin de vote du carnet avec ou sans
la souche, alors que d’autres le recevaient des mains d’un
agent du bureau de vote ;
- dans la plupart des bureaux de vote, tous les électeurs
qui le désiraient avaient pu remplir leur devoir de citoyen
bien avant 17 heures, heure de la clôture officielle des
centres ;
- de manière globale, le dépouillement, le décompte,
l’annonce des résultats partiels au niveau des bureaux
de vote ont été menés de manière
transparente, consensuelle et en présence des délégués
des candidats, des observateurs et du public.
V. CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS
La Mission souligne le fait que le travail d’observation
qui a été mené n’a pris en compte à ce
stade que le processus électoral qui s’arrête à la
proclamation des résultats au niveau des bureaux de vote.
La Mission de la CEDEAO observera étroitement les dernières
phases du processus électoral, notamment la transmission,
la compilation et la publication des résultats provisoires
de l’élection du 04 Mars 2010. Dans ce contexte,
la Mission de la CEDEAO tire les conclusions et procède
aux recommandations suivantes :
- le scrutin du 4 mars 2010 au Togo était libre et s’est
déroulé dans une atmosphère apaisée
;
- Il convient de saluer l’existence d’une CENI en
charge de l’ensemble du processus électoral au Togo
et du travail de qualité qu’elle a abattu, sous
pression. Cependant il est souhaitable que les insuffisances
relevées soient corrigées ;
- La correction des insuffisances relatives à la fiabilité et à l’authentification
du bulletin de vote est indispensable dans la perspective des
prochaines élections.
La Mission d’observation de la CEDEAO de l’élection
présidentielle au Togo saisit cette occasion pour saluer
le peuple togolais qui a su transcender les contingences du moment,
pour s’entendre sur l’essentiel en vue de préserver
la cohésion nationale. Ces efforts doivent être
poursuivis davantage pour renforcer les réformes institutionnelles
et le processus de démocratisation. A cet égard,
la Mission encourage les parties prenantes à apporter
des solutions aux défis liés à la Constitution
et au code électoral, notamment la modernisation de l’état
civil et le recensement de la population comme base d’un
fichier électoral fiable, le bulletin de vote, les modalités
de transmission des résultats. La Mission salue la présence
de la Communauté Internationale à travers les missions
d’observation, notamment de l’Union Africaine, de
l’UEMOA, de la CENSAD, de l’Union Européenne,
de l’OIF, du Bureau du Haut Commissariat aux Droits de
l’Homme, dont la présence a contribué à rendre
crédible le processus électoral. La Mission remercie
les observateurs de la CEDEAO pour leur disponibilité,
leur engagement et la qualité du travail accompli. La
Mission salue le rôle primordial joué par la presse
nationale et internationale dans l’accompagnement du processus électoral.
La Mission recommande de conférer à la CENI un
caractère permanent, de renforcer son indépendance
afin de lui permettre de mieux s’acquitter de ses missions
de formation, de sensibilisation et de conduite efficace du processus électoral.
Le niveau optimal de transparence et de crédibilité de
l’élection présidentielle dépendra
de la manière dont les autorités compétentes
vont gérer les phases conclusives à savoir la transmission,
la compilation et la proclamation des résultats.
A cette fin, elle recommande l’acceptation par les différents
candidats des résultats qui seront issus des urnes, et
de recourir, si nécessaire, exclusivement aux voies légales
et constitutionnelles en cas de contestation.
La Mission exhorte tous les candidats et leurs militants à mettre
l’intérêt du Togo au dessus de leurs ambitions
partisanes.
Fait à Lomé le 05 Mars 2010
Son Excellence Babacar NDIAYE
Pour la Mission d’Observation de la CEDEAO |