Togo: Présidentielle du 04 mars
2010:
Agbéyomé Kodjo et Me Agboyibo
demandent l’annulation du scrutin
09 mars 2010
Recours en annulation des résultats provisoires de l’élection
présidentielle du 04 mars 2010, tels que publiés
par la commission électorale du 04 mars 2010, tels que
publiés par la Commission électorale nationale
indépendante CENI déposé par Monsieur Messan
Agbéyomé Gabriel Kodjo
Monsieur le Président de la Cour Constitutionnelle,
Nous tenons à porter à votre connaissance, un
certain nombre de faits survenus au cours des opérations
de compilation des résultats de l’élection
présidentielle du 4 mars, sur lesquels vous aurez à statuer,
et nous allons nous employer à démontrer l’ensemble
des éléments à charge, qui laissent planer
de sérieuses suspicions sur les irrégularités
constatées par comparaison aux règles édictées
par la loi électorale, ainsi que sur la véracité des
résultats provisoires publiés par la Commission
Electorale Nationale Indépendante, (CENI).
I- DES ELEMENTS QUI FONDENT LE RECOURS
La Mission d’observation de l’Union Européenne,
(qui a contribué à hauteur de plus de 19 millions
d’Euros à l’organisation de cette élection
présidentielle), présente sur le terrain depuis
plusieurs semaines, vient de publier un premier rapport intermédiaire,
dans lequel elle relève un certain nombre de faits relevant
de plusieurs domaines, qui attestent du non respect des prescriptions
de la loi électorale.
Après avoir décrit le cadre général
dans lequel s’est effectué l’observation électorale:
• «Le PNUD a coordonné plus de 3 000
observateurs des ONG et le Haut commissariat des droits de
l’Homme plus de 5 000 observateurs de la société civile,
• Les équipes de l’UE ont observé 50
bureaux,
• Autres observateurs: La CEDEAO, l’UA, l’UEMOA
et une mission d’information et de contact de la Francophonie»
La Mission d’observation de l’Union Européenne
a constaté que:
• Conduit «dans des conditions acceptables par rapport aux standards
internationaux en matière de démocratie», ce processus
a néanmoins fait l’objet de nombreuses recommandations, qui dans
la plupart des cas n’ont pas été suivies ».
Elle a en outre précisé que:
• La MOE UE souhaite que son rapport contribue à faciliter
le dialogue entre les forces politiques qui est un préalable
pour le développement global du Togo.
• La mission de l’UE demeurera active au Togo pour plusieurs semaines
encore.
Ce qui signifie de manière non équivoque que n’importe
qu’elle autorité institutionnelle du Togo, peut
avoir recours à son témoignage, pour l’éclairer
valablement en tant que de besoin.
II- DES LITIGES CONSTATES SUR UN CERTAIN NOMBRE DE MOYENS
Le rapport de La Mission d’observation de l’Union
Européenne décline ensuite les constats effectués
en regard d’un certain nombre de moyens, susceptibles de
remettre en cause la fiabilité des résultats:
II.1 Sur les supports de campagne utilisés par
les candidats;
• La campagne déguisée, puis la campagne officielle débutée
le 16 février, ont été massivement dominées par
la machine électorale de Faure Gnassingbé, qui disposait de moyens
logistiques les plus importants…
• Dès la précampagne, les observateurs de
l’UE ont été témoins de distribution
de riz à des prix trois à quatre fois inférieurs
au prix du marché par les militants du RPT, riz connu
sous le nom de « Riz Faure », dans les préfectures
de KLOTO, KPELE, AGOU, DANYI et dans les préfectures de
WAWA, AKEBOU, AMOU, KOZAH et BINAH.
• Pendant la campagne la Mission a observé une mobilisation
des fonctionnaires dans le cadre de la campagne de Faure GNASSINGBE
dans le GOLFE, le TONE, TANDJOUARE et CINKASSE, une utilisation
de bâtiments publics dans le WAWA, AKEBOU, AMOU, l’attitude
partisane de plusieurs préfets (région maritime,
KARA ET SAVANES).
Ces points sont en contradiction flagrante avec les dispositions
du code électoral notamment en ses articles 89 et 91 et
les règles déontologiques en vigueur applicables
aux fonctionnaires concernés.
II.2 Sur la disparité de traitement des candidats;
• La TVT et Radio Lomé ont consacré à la mouvance
présidentielle jusqu’à 96% de temps de parole. Ce qui viole
les articles 94 et 188 du Code Electoral.
II.3 Sur la préparation du scrutin;
• L’absence de données démographiques fiables a rendu
difficile la vérification de l’âge et de la nationalité des
personnes inscrites au fichier électoral, ainsi que les données
sur les personnes décédées.
• Les délais trop courts n’ont pas permis
une vérification entière du fichier électoral.
• La révision du fichier électoral a suscité de profonds
désaccords tant dans son organisation que dans les résultats
produits. Le 25 janvier, six aspirants candidats et trois partis politiques
ont signé une déclaration commune demandant entre autres, la
reprise des opérations de révision des listes en vue de garantir
un fichier électoral fiable.
• Les données brutes de la révision des listes
ont révélé une progression d’environ
320 000 nouveaux inscrits soit environ 10% du fichier électoral.
Ces nouveaux inscrits sont localisés pour 42% dans le
nord, fief électoral du RPT, tandis que les nouveaux
inscrits dans le sud représentent presque 30% et 27% dans
le centre. Ce contraste a alimenté le déficit de
confiance des partis politiques de l’opposition dans la
confiance de l’intégrité du processus de
révision des listes électorales.
• Les observateurs ont rapporté des cas d’enregistrement
de mineurs dans la région de Kara et des Savanes, ainsi
qu’un problème de non respect des procédures
d’identification des candidats à l’inscription
sur les listes par le recours important au témoignages
des chefs traditionnels.
• Les interlocuteurs de la MOE UE ont tous souligné le manque de
sensibilisation de l’électorat sur les lieux, dates et modalités
de la révision des listes.
• Le guide du membre du bureau de vote n’a été imprimé qu’à 17
000 exemplaires au lieu de 35 560 nécessaires.
II.4 Sur l’organisation et le fonctionnement des CELI
et de la CENI, organes essentiels pour la surveillance des opérations électorales
et la compilation des résultats;
• Les difficultés du dialogue au sein de la CENI
ont entraîné plusieurs retards dans la gestion du
calendrier électoral. Les membres de l’opposition
de la CENI ont suspendu leur participation à la CENI du
11 au 15 février.
• La gestion de points importants de l’administration
a été laissée à la discrétion
du seul président de la CENI.
• Dans une communication officielle du 30 octobre 2009,
la CENI a annoncé sa décision de ne pas procéder à une
révision complète, mais à une mise à jour
du fichier électoral 2007.
• En réponse aux doutes, la CENI a procédé à une
opération de révision le 31 janvier dans 115 centres de révision
sur 3 571.
• La gestion fortement polarisée des affaires courantes
de la CENI a donné lieu à une paralysie systématique
de la plénière, entraînant plusieurs retards
dans la gestion du calendrier électoral et a conduit à des
prises de décisions unilatérales et non transparentes
par le président de la CENI.
• Les membres de 11 CELI sur 35 se sont plaints d’un
manque de collaboration et d’accès à l’information.
• Durant la phase préparatoire plusieurs membres
de la CENI ont regretté l’absence de réactions
de la CENI face à leurs requêtes.
• A quelques jours des élections, les membres de
la CENI n’ont pu s’entendre sur un mode d’authentification
consensuel des bulletins au moment du vote.
II.5 Sur l’organisation des bureaux de vote et
le déroulement des opérations électorales;
• La pratique légale du vote par procuration a été de
nature à permettre le vote multiple.
• Le vote par dérogation a ouvert des possibilités
de votes multiples, les noms des personnes ayant voté n’ont
pas été retranchés des listes électorales
de leurs bureaux de vote de rattachement.
• L’UE a noté que dans plus d’un tiers
des bureaux, les traces d’encre indélébile
sur le doigt des votants n’ont pas été vérifiées.
• Sur les 50 bureaux de vote observés la mission
de l’UE a noté 4 132 votants par dérogation
et 628 procurations sur un total de 6 018 observés.
• La conduite des opérations électorales
a été évaluée négativement
dans plus de 15% des bureaux observés. Les problèmes
ont été concentrés dans les régions
des SAVANES et de la KARA où les procédures encadrant
le vote par dérogation et le vote par procuration n’ont
pas été toujours respectées. A titre d’exemple,
dans le bureau 3-07-03-04-D, de la KOZAH, la grande majorité des électeurs
ont voté par dérogation et étaient porteurs
d’une procuration. Plus inquiétant, la majorité des
procurations étaient incomplètes puisque le nom
du mandant et sa signature manquaient, de même que le numéro
du bureau de vote du mandant et du mandataire. Sur 322 votants,
245 étaient porteurs de procuration.
• La qualité des scellés n’était
pas optimale.
• La mise en œuvre de la directive de la CENI sur
le recensement des résultats des votes par les CELI a
entraîné le recours à l’expertise,
la technologie et le matériel de deux sociétés
privées. Malheureusement, le président de la CENI
n’a pas veillé à ce que la technologie mise
en œuvre soit expliquée. La note aux membres de
la CENI exposant les modalités du recensement général
des votes à la CENI n’a pas été discutée
en séance plénière et n’a été signée
par le président de la CENI que le 4 mars 2010 à 23
heures. Il en a été de même pour la directive
détaillant la procédure de transmission des données
par connexion internet via satellite.
II.6 Sur les déclarations publiques de nature à semer
le trouble de l’opinion;
• L’ancien ministre de la justice Foli-Bazi Katari proche de Faure
GNASSINGBE a déclaré le 21 février que Faure GNASSINGBE
resterait au pouvoir quels que soient les résultats de l’élection.
III- DE L’ENSEMBLE DES CONSIDERANTS
Considérant, que La Mission d’observation de l’Union
Européenne, a relevé pas moins de 27 points de
litige, survenus tant dans la phase préparatoire du scrutin,
que dans le déroulement de celui-ci,
Considérant, les contestations portées sur la
base de constats d’irrégularités par certains
membres de la CENI, lors des opérations de compilation
des résultats,
Nous demandons à la Cour de prononcer l’annulation
pure et simple du scrutin du 4 Mars 2010, conformément
aux dispositions du 5ième Chapitre du Titre IV du Code électoral.
Veuillez agréer Monsieur le Président, l’expression
de nos sentiments les meilleurs.
Agbéyome Kodjo
Président national de OBUTS
Déclaration du CAR
Requête en invalidation du scrutin présidentiel
du 04 mars 2010
A
Monsieur le Président et
Madame, Messieurs les membres de la Cour Constitutionnelle
Lomé
Je soussigné, Yawovi AGBOYIBO, de profession avocat à la
Cour, candidat à l’élection présidentielle
du 04 mars 2010, demeurant et domicilié à Lomé,
64 avenue du 24 janvier,
ai l’honneur de vous saisir par la présente requête
aux fins d’invalider l’élection présidentielle
du 04 mars 2010 clôturée par le procès-verbal
en date du 06 mars 2010 par lequel la CENI a fait la synthèse
des suffrages résultant du scrutin et a indiqué des
voix que chacun des candidats aurait obtenues.
A- Textes et documents de référence
(a) Aux termes de l’article 104 de la Constitution, ‘’la
Cour Constitutionnelle juge de la régularité …des élections
présidentielles…’’
La compétence ainsi dévolue à la Cour Constitutionnelle
en matière de contrôle juridictionnel de la régularité des élections
présidentielles s’applique à l’ensemble
des dispositions légales régissant le processus électoral.
L’essentiel est que l’irrégularité relevée
soit dûment établie et de nature à entacher
la sincérité et la validité du résultat
d’ensemble du scrutin, ce conformément à l’article
167 du Code Electoral.
(b) Les griefs formulés dans la présente requête
ont par ailleurs pour supports divers documents y annexés
:
- la déclaration rendue publique par la Mission d’Observation
Electorale de l’Union Européenne (MOE-UE) lors de
sa conférence de presse du samedi 06 mars 2010 à l’Hôtel
Mercure Sarakawa;
- une correspondance de la CENI en date du 15 février
2010 ;
- les procès-verbaux (2) des bureaux de vote numéros
J et K du CEG Ablogamé dans le 3è arrondissement
de la commune de Lomé.
B- Griefs justifiant l’invalidation du scrutin
Le processus de la présidentielle du 04 mars 2010 est
entaché de multiples irrégularités dont
quatre sont d’une particulière gravité :
(a) Première irrégularité grave : soutien
du candidat Faure Gnassingbé par des associations en violation
de l’article 93 du code électoral
Selon les termes de cet article: ‘’les associations
et organisations non gouvernementales apolitiques…ne peuvent
soutenir des candidats pendant la campagne électorale’’.
Or, de nombreuses associations se sont largement substituées
au RPT qui a investi le candidat président pour mener
la campagne. La Mission d’Observation de l’Union
Européenne a tenu à le souligner dans son rapport à la
page 8 «Le candidat-président s’est appuyé sur
plusieurs groupes de soutien et associations qui ont milité pour
sa réélection, en multipliant les événements
culturels et en menant une campagne de porte-à-porte».
L’impact de la campagne menée par les associations
de soutien du candidat-président est indéniable
et a gravement affecté le résultat d’ensemble
du scrutin.
(b) Deuxième irrégularité grave:
distribution des dons et libéralités
L’article 91.1 du code électoral a formellement
interdit en matière électorale ‘’les
dons et libéralités en argent ou en nature à des
fins de propagande pour influencer ou tenter d’influencer
le vote’’.
Il se trouve que dans leur rapport préliminaire, les
Observateurs de l’UE attestent avoir été ‘’témoins
de distributions de riz à des prix trois à quatre
fois inférieurs au prix du marché par des militants
du RPT et connu sous le nom de « riz Faure » (préfectures
de Kloto, Kpélé, Agou et Danyi) et par des membres
de l’administration publique (préfectures de Wawa,
Akébou, Amou, Kozah et Binah)’’ (p. 8).
De par leur ampleur, ces dons et libéralités ont
eu sur le résultat d’ensemble du scrutin un effet
tout aussi déterminant que celui des associations de soutien
au candidat- président.
(c) Troisième irrégularité grave:
implication des préfets dans la campagne du candidat président
au mépris du principe de leur neutralité politique
La Mission d’Observation déclare dans son rapport
précité avoir noté ‘’l’attitude
partisane de certains préfets dans l’exercice de
leurs missions administratives dans plusieurs préfectures
des régions maritime, de la Kara et des savanes’’ (p.8)
Eu égard à leur ascendance sur les administrés,
les préfets ont lourdement pesé sur le résultat
final du scrutin.
(d) Quatrième irrégularité grave: l’absence
d’authentification des bulletins de vote
Ainsi que la Mission d’Observation de l’UE l’a
fait ressortir à la page 7 de son rapport préliminaire,
l’authentification du Bulletin de vote est un ‘’garde-fou
important’’ de nature à mettre le scrutin
du 04 mars 2010 à l’abri de nombreuses fraudes
qui ont émaillé les élections que le Togo
a connues dans le passé.
La CENI en a pris conscience suite à la décision
de trois des candidats de se retirer du processus jusqu’à ce
que des solutions soient trouvées à une série
de réclamations qu’ils avaient formulées
dont celle portant sur le point en question. Aussi a-t-elle décidé à sa
séance plénière du 15 février 2010,
d’authentifier les bulletins de vote.
Pour s’être dérobé par la suite à cet
engagement, la CENI a favorisé les nombreuses anomalies
qui ont émaillé le scrutin notamment le surnombre
de bulletins de vote trouvés dans les urnes par rapport
aux votants, ainsi qu’en font foi à titre d’illustration
les procès-verbaux du dépouillement des bureaux
de vote numéros J et K du CEG Ablogamé dans le
3è arrondissement de la commune de Lomé.
Le défaut d’authentification des bulletins de vote
a incontestablement affecté tout comme les trois autres
irrégularités relevées, le résultat
d’ensemble du scrutin.
C’est pourquoi, je vous prie, Monsieur le Président,
Madame, Messieurs les membres de la Cour Constitutionnelle, de
bien vouloir invalider purement et simplement le scrutin du 04
mars 2010.
Fait à Lomé,
le 08 mars 2010
Le candidat du CAR
Me Yawovi AGBOYIBO
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