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Résultats des élections présidentielles
togolaises:
Années après années, de si curieuses
coïncidences dans les chiffres
11 mars 2010
Les élections du 4 mars 2010 viennent de donner leurs
résultats provisoires et tout porte à croire que
la Cour constitutionnelle togolaise, jamais autonome mais aux
ordres du régime en place, ne fera que confirmer dans
les prochains jours, les résultats sujets à contestation
donnés samedi 06 mars dernier par la CENI. Le miracle
n’est donc pas permis. Il est courant de constater que
les deux challengers qui se discutent la victoire depuis plus
d’une dizaine d’années sont demeurés
les mêmes: le RPT d’un côté, l’UFC
de l’autre.
Aussi curieux que cela paraisse, tous les résultats «sortis
des urnes» font croire que les Togolais sont immatures
et que, malgré le vent de démocratie qui a soufflé sur
le monde à la fin des années 80, et atteint l’Afrique,
les Togolais, eux, y ont été insensibles, préférant
la perpétuation de la dictature brute d’un Eyadèma
et de ses rejetons au renouveau et à la démocratie
dont tout être humain a besoin pour son émancipation
et pouvoir se réaliser.
En 1998, face à Gilchrist Olympio, on attribua 52,19% des
suffrages exprimés à Gnassingbé Eyadèma
contre 34,2% à son adversaire. Il convient
de rappeler que c’est en juin 98 que, pour la toute première
fois, le leader de l’UFC participa à des élections
au Togo. Il convient également de signaler que c’était
en année-là que Gilchrist, pour sa première
présidentielle, terrorisa le régime Eyadèma
par un raz de marrée électoral sans précédent
et que sûrement le RPT n’a pas oublié jusqu’ici.
A cette occasion, la magistrate Awa Nana, présidente à l’époque
de la Commission électorale nationale (CEN) et membre
du RPT, s’apprêtait à publier avec transparence
et honnêteté les vrais résultats issus des
urnes où le Gal Gnassingbé Eyadèma et son
parti furent proprement laminés. A l’époque
certaines sources avaient avancé jusqu’à un
suffrage autour de 75% au profit de l’UFC. Ce raz de marrée,
il faut le dire, avait poussé le régime à faire
de sérieuses pressions sur la présidente de la
CEN en vue de l’amener à publier des résultats
tronqués. C’est alors qu’elle donna sa démission.
Le Général Séyi Mémène, à l’époque
Ministre de l’intérieur se chargea de publier des
résultats qui donneraient l’avantage au RPT. Il
n’est pas facile de mentir, ni de tricher ; cela comporte
bien souvent des risques. Le Ministre de l’intérieur
qui s’arrogea le droit de publier les résultats
en lieu et place de la présidente démissionnaire
de la Commission électorale, dans sa volonté d’improvisation
des chiffres, se retrouva avec un total des suffrages exprimés
pour l’ensemble des candidats, qui dépassa le total
des votants de cette année-là. C’était
du jamais vu. La communauté internationale reconnut ouvertement
que le processus électoral était sorti de son cadre
légal.
Cinq années plus tard, lors de la présidentielle
de 2003 à laquelle Eyadèma avait donné sa
parole de militaire de ne pas se présenter, la Commission électorale
nationale indépendante (CENI) lui attribua 57,8% des
suffrages exprimés et au candidat de l’UFC, M. Bob
Akitani, 33,7%. En avril 2005, l’institution
en charge des élections proclama Faure Gnassingbé vainqueur
avec 60,15% et attribua à Bob Akitani 38,25%.
En mars 2010, Faure se vit concéder 60,90% des
suffrages contre 33,90%.
En observant de près tous ces chiffres, on est porté à croire
que le Pouvoir, depuis les élections de juin 1998, a décidé désormais
de ne fabriquer que des chiffres au gré de son imagination
et selon le nombre des candidats, chiffres presque figés,
pour faire payer à l’UFC la témérité d’un
tel affront dont elle avait failli couvrir le plus vieux parti
actuellement dans le pays. En se fondant sur le raz de marrée
de 98 enregistré par l’Union des Forces de Changement
(UFC) à son profit malgré les nombreuses dispositions
de fraudes prises comme à l’accoutumée par
le RPT, il faut dire qu’il est difficile, même impossible
de s’imaginer que l’UFC puisse enregistrer de tels
scores qu’on lui colle contre son gré.
De 1998 à 2010, soit dans un intervalle de douze années,
les populations en âge de voter ont sensiblement augmenté et
les populations qui votent depuis cette époque sont désabusées,
conscientes du fait que dans les pays voisins du Togo que sont
le Bénin, le Ghana et le Burkina Faso, le progrès
et l’amélioration des conditions de vie des citoyens
sont sensibles, pendant que, dans leur pays pris en otage depuis
plusieurs décennies par une horde de non patriotes aptes à piller
les ressources du pays, le Togo n’enregistre aucun progrès
ni en matière de démocratie, ni en matière
de bonne gouvernance, ni en matière de lutte contre la
corruption dont les autorités participent d’ailleurs
amplement à l’enracinement et encore moins en matière
de développement infrastructurel.
Compte tenu de tout ce qui précède, il est vain
de vouloir faire croire aujourd’hui aux Togolais que ces
derniers chiffres qui viennent d’être attribués à l’UFC
(FRAC) correspondent à une réalité. Aucun
Togolais ne saurait le croire, pas même la communauté internationale.
Pendant que le père a choisi de se sentir à l’aise
dans la cinquantaine (52,19% et 57,8%), le fils, plus glouton
préfère qu’on lui taille des chiffres plus
confortables se situant dans la soixantaine (60,15% et 60,90%).
Alain SIMOUBA |
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