Togo: UFC: Sénilité d’un
homme au bord du gouffre:
Gilchrist Olympio détruit
son parti en sacrifiant la lutte démocratique pour ses égo
17 mars 2010
Qu’est-ce qu’il a fumé ou qu’est-ce
qu’il fume depuis près de cinq ans déjà?
C’est la question que ne cesse de poser tout Togolais épris
de liberté et de démocratie depuis que le vieux
briscard de l’UFC, Gilchrist Olympio est reparti pesamment
d’Abuja, la capitale du Nigéria au lendemain des
accords autour de Oluségun Obassanjo, lesquels accords
avaient consacré la prise de pouvoir de Faure Gnassingbé et
signé par le même effet la capitulation de l’opposition
togolaise. On pensait l’épisode clos et la perspective
de la présidentielle de 2010 devrait servir de prétexte
pour faire oublier les déboires et les contre-vérités
du leader de l’UFC depuis l’accession à la
magistrature suprême du «prince de Pya».
Mais on s’est trompé et les déconvenues du
fils du premier président démocratiquement élu
et assassiné par le père de l’actuel monarque
confirment le deal secret qui lie Gilchrist Olympio à Faure
Gnassingbé. La dernière preuve est venue du courrier
que le Président national de l’UFC a adressé à la
Cour Constitutionnelle concernant le trublion Jean-Claude Homawoo.
Me Jean-Claude Homawoo, il nous en souvient, a été récemment
l’objet d’une mesure disciplinaire. Le Bureau national
de l’Union des Forces de Changement (UFC), lors d’une
réunion le 10 mars dernier a exclu le Conseiller spécial
du parti pour «indiscipline». Un communiqué officiel
a été fait dans ce sens et signé du 1er
Vice-président du parti Patrick Lawson. Cette exclusion
retirait tout mandat légal au nom de l’UFC à la
victime. On pensait la page du tonitruant Jean-Claude Homawoo
ainsi définitivement tournée. Mais c’est
compter sans les humeurs de Gilchrist Olympio.
Le Président national de l’UFC a écrit le
samedi 13 mars une lettre au président de la Commission électorale
nationale indépendante (CENI) Taffa Tabiou et à celui
de la Cour Constitutionnelle Abdou Assouma réhabilitant
Jean-Claude Homawoo. «Je viens d’être informé du
contenu de la lettre de l’UFC en date du 10 mars 2010 qui
vous a été adressée à mon insu.
Je voudrais, par la présente, vous dire qu’en ma
qualité de Président national de l’Union
des forces de changement (UFC), je réitère la désignation
par l’UFC et par moi-même de Maître Homawoo
Atsu Yao Fiagadzi Cosme Jean-Claude comme membre de la CENI au
titre de l’UFC. Maître Homawoo maintient sa position
de Conseiller du Bureau national de l’UFC et de Conseiller
spécial à mon cabinet», voilà le
contenu du courrier que le «Leader charismatique» a
envoyé.
Gilchrist confirme
L’inénarrable Jean-Claude Homawoo est au centre
de toutes les intrigues nées au sein de l’UFC dans
le cadre de la participation ratée du Président
national et candidat désigné lors du Congrès à la
présidentielle du 4 mars dernier, et à l’origine
de l’implosion en douce du parti. Malgré que tout
le monde soit rentré dans les rangs, l’avocat conseiller
n’a jamais digéré la désignation du
Secrétaire général Jean-Pierre Fabre comme
candidat de substitution et a créé une fronde contre
lui. Le bonhomme s’illustre comme le chef de file des «Amis
de Gilchrist Olympio», en abrégé AGO.
Il n’a pas hésité à qualifier le positionnement
de Fabre comme un coup de poignard porté au dos du Président
national. L’homme a toujours parlé au nom de Gilchrist
Olympio.
A la veille du scrutin, le Bureau national de l’UFC avait
décidé, tout comme le Comité d’Action
pour le Renouveau (CAR), et dans une moindre mesure la Convention
Démocratique des Peuples Africains (CDPA), de retirer
du processus son candidat et ses délégués à la
CENI, une façon de mettre la pression sur le pouvoir RPT
qui ne voulait pas concéder le bulletin à souche
et l’authentification des bulletins de vote. Si les deux
autres représentants à savoir Codjo Delava et Essem
Amelewonou se sont exécutés, Jean-Claude Atsu Homawoo,
lui, a refusé d’obtempérer, estimant que
seul le Président national du Parti pourrait lui intimer
l’ordre de quitter la CENI et il obéirait. Ainsi
dit, il est resté jusqu’au retour des siens.
Le processus de compilation des résultats n’a pas été respecté par
la CENI. Le VSAT recommandé pour la centralisation des
résultats n’a pas été utilisé.
Décidés à remettre en cause la transparence
du scrutin, Taffa Tabiou et le ministre Pascal Bodjona ont mis
en branle leur plan obscurantiste. Ces manœuvres tendant à détourner
les suffrages ont eu raison de Codjo Delava qui a claqué la
porte, et Essem Améléwonou qui a refusé de
signer le procès-verbal de proclamation des résultats
tronqués le samedi 06 mars dernier. Mais Jean-Claude Homawoo
a y apposé sa signature, cautionnant ainsi le hold-up électoral
au profit de Faure Gnassingbé. Et cela sert de trophée
de guerre aujourd’hui au pouvoir RPT pour justifier la «victoire» de
son candidat.
Dans sa croisade contre le Bureau national du parti, Me Jean-Claude
Homawoo a toujours agi comme avocat défenseur de Gilchrist
Olympio, en son nom donc. On se refusait de croire que le «Leader
charismatique» lui accorde un certain soutien. Mais
par cette lettre de réhabilitation de Homawoo, le «Vieux» confirme
que l’avocat avait bien sa bénédiction dans
sa «rébellion».
Deux poids, deux mesures
On le disait tantôt, c’est bien une rébellion
que l’«ancien rétabli» Vice-président
de la CENI a menée. Il y a bien indiscipline caractérisée,
et une telle démarche mérite une sanction exemplaire,
l’exclusion. Comme ce fut le cas pour le détenteur
du récépissé de création du parti,
le 2ème Vice-président feu Dr Amah Gnassingbé.
D’ailleurs, lui, il n’avait fait autant que notre
altesse sérénissime Jean-Claude Homawoo, en terme
de nombre d’actes d’insubordination. «Gnassingbé de
Lama» avait juste désobéi une seule
fois à la décision du parti en entrant au gouvernement
Yawovi Agboyibo «à titre personnel».
Et la sentence suprême est tombée : l’exclusion
des instances du parti. A l’époque, Gilchrist Olympio
n’avait pas réhabilité Amah Gnassingbé.
Mais il le fait aujourd’hui pour Jean-Claude Homawoo qui
fait plus que de la simple indiscipline, et cautionne le hold-up électoral.
L’avocat-conseiller doit être très cher à l’«opposant
historique» pour qu’il ose une telle sortie,
du genre un sbire.
Gilchrist Olympio «vendu»?
C’est la rumeur qui circulait depuis quelques temps au
Togo. Il se supputait que le «leader charismatique» a
marchandé son opposition au régime Faure contre
des espèces sonnantes et trébuchantes et autres
avantages. Les détracteurs racontent que Gilchrist Olympio
est pommé et que les soins pour le mal de dos dont il
souffre seraient financés par Faure Gnassingbé en
personne. Il se susurre qu’un deal lierait les deux fils
de Président depuis avril 2005.
Les auteurs de ces révélations racontent que le
deal a été scellé le 26 avril 2005 devant
l’ex-Président nigérian Olusegun Obasanjo,
et que Gilchrist Olympio s’en serait sorti avec des mallettes
remplies de billets de banque, à hauteur de deux (02)
milliards de F. CFA. Ce qui aurait fait que le «Vieux» avait
appelé les jeunes descendus dans les rues ce 26 avril
2005 à la proclamation des résultats frauduleux
donnant Faure Gnassingbé vainqueur, à abandonner
les manifestations. Il se raconte que l’entente secrète
pour le scrutin du 4 mars serait que Gilchrist Olympio fasse
tout pour que son parti n’ait pas eu de porte-flambeau
en lice. Plan qui a été déjoué par
la candidature de Jean-Pierre Fabre, ce qui justifierait l’ire
de Gilchrist Olympio.
L’opinion ne voulait pas croire à ces allégations,
connaissant l’engagement de l’homme dans le combat
démocratique au Togo. Gilchrist Olympio est une icône
de la lutte, qui a combattu même au péril de sa
vie. Mais par son attitude dans cette affaire de candidature
de Jean-Pierre Fabre, et aujourd’hui la lettre de réhabilitation
de Jean-Claude Homawoo, il montre qu’il a vendu son âme
au diable.
En tout cas par cette nième sortie gauche, le Président
national de l’UFC crée les germes d’implosion
de son parti et prouve qu’il est dans cette disposition
d’esprit. Cette sortie est un désaveu cinglant au
Bureau national et aura des conséquences fâcheuses.
Elle sonne comme une caution à l’insubordination.
Au-delà du bureau, c’est la survie même du
parti qui est en jeu. C’est bien dommage que Gilchrist
Olympio sacrifie toute une vie de lutte sur l’autel des
intérêts, et sorte progressivement par la petite
porte.
Tino Kossi, collaborateur Etiame.com |