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Scrutin du 04 mars: Du hold-up électoral au
cynisme politique:
L’imbécilité et l’insolence
politiques à son comble au sein du RPT
17 mars 2010
Cela peut sonner comme une boutade aux oreilles de certains.
La non transparence, voilà le procès principal
qui est fait à l’élection présidentielle
du 4 mars dernier à l’issue de laquelle le candidat
du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) Faure Gnassingbé a été proclamé vainqueur
avec 60,92% des suffrages. Mais le Secrétaire général
du parti, lui, y voit un «excès de transparence».
Esso Solitiki a fait ces déclarations samedi à l’occasion
de la marche réplique improvisée pour célébrer
la victoire à titre provisoire de Faure Gnassingbé.
En effet, le RPT et ses mouvements affiliés ont organisé samedi à travers
la ville de Lomé une marche qui est partie de la Colombe
de la paix pour chuter à la plage en face de l’ancienne
présidence de la République où a eu lieu
un meeting. Les militants et sympathisants du RPT entendaient
par cette manifestation célébrer la «victoire» de
leur idole. Il faut faire remarquer que c’est loin d’être
une marche naturelle. C’était plutôt une manifestation
réplique à celle prévue par le Front républicain
pour l’alternance et le changement (FRAC) ce samedi. Toutes
les manifestations organisées par le Front pour protester
contre le hold-up et réclamer la victoire de Jean-Pierre
Fabre ont été sévèrement réprimées.
Comme le pouvoir manque d’argument pour empêcher
la marche de samedi dernier, ayant toujours soutenu que le week-end
est plus approprié, il fallait aussi marquer le territoire,
répliquer à la manifestation du FRAC, d’où cette
marche improvisée du RPT et associés pour maquiller
la prétendue victoire de Faure Gnassingbé.
Excès de transparence, dixit Solitoki
C’est devant des militants et sympathisants tout excités
que Esso Solitoki a fait son show. Après avoir fait l’éloge
de leur idole, il a feint de s’étonner de l’agitation
de ses adversaires politiques. « De quoi nous accuse-t-on
?», s’est-il demandé, question à laquelle
il répondit en parlantd’« excès
de transparence » du scrutin. Une bien bonne blague!
Qu’est-ce qui faisait alors cet excès de transparence
? Pour notre altesse sérénissime Secrétaire
général, c’est la mise en place au Togo d’une
Commission électorale nationale indépendante, chose
inexistante dans beaucoup de pays en Afrique, estime Esso
Solitoki; c’est aussi l’adoption d’une carte
numérique «biométrique infalsifiable» -
il a beaucoup insisté sue ces termes-, ce qui entraîne
de facto une liste électorale biométrique. Voilà qui
constitue une grande «avancée» à ses
yeux.
Faut-il en rire ou pleurer? Avouons que c’est assez ridicule
de prendre ces faits mineurs pour des actes de transparence.
La mise en place d’une pseudo commission électorale
indépendante, c’est la mode depuis les années
90 en Afrique et dans les pays qui s’essaient à la
démocratie généralement. L’adoption
des cartes biométriques, c’est le minimum requis
pour être à la page. Cela ne saurait constituer
un trophée de guerre à brandir. Toutes ces dispositions
constituent aujourd’hui la norme et sont adoptées
même dans les pays en conflit comme l’Irak et l’Afghanistan.
Comme dirait l’autre, même au village on connaît
Elf. Le Togo est un pays tellement atypique que l’application
de la norme appliquée partout devient un évènement
historiquement célébré en grande pompe.
Et pourtant…
Ramené au cadre du scrutin du 4 mars dernier, le terme
transparence doit faire référence à l’ensemble
des dispositions, actes et procédures prises pour assurer
sa clarté. Et sur ce terrain, on ne retrouve pas
le RPT. Le parti de Faure Gnassingbé n’a pas su
cacher, depuis l’enclenchement du processus, sa ferme volonté de
le verrouiller.
Le Cadre permanent de dialogue et de concertation (CPDC) était
l’instrument par excellence recommandé par l’Accord
politique global (APG) du 20 août 2006 pour penser, entre
autres, le processus électoral. Jusqu’en janvier
2010, il n’était pas installé, sciemment.
Le pouvoir RPT voulait profiter pour imprimer ses orientations
au processus, dont des actes ont commencé à être
pris. Il a fallu le tollé de l’opposition pour qu’il
soit enfin mis en place. Entre-temps, en l’absence de ce
cadre, qui devrait voir les protagonistes y penser de façon
consensuelle, le parti de Esso Solitiko a tenté un passage
en force en introduisant secrètement en Conseil des ministres
un projet de Code électoral, gribouillé unilatéralement.
Même installé, le CPDC a eu toutes les peines du
monde pour fonctionner correctement. Mu par une volonté de
faire des textes en sa faveur, Faure Gnassingbé va ouvrir
le cadre aux satellites du RPT. De façon effrontée,
le pouvoir RPT va tenter une résurrection de la CENI de
Tozim Potopéré. N’eût été la
vigilance de l’opposition parlementaire, il serait passé.
Pour une fois, la Cour Constitutionnelle a désavoué le
clan Gnassingbé, le ramenant à la table des négociations.
Combien de fois les acteurs politiques n’ont-ils pas fait
le ballet de Ouagadougou à cause de la volonté obscurantiste
du pouvoir?
Cette volonté de verrouiller le processus a été manifeste
tout le long de la phase active de celui-ci. La révision
des listes électorale a été faite dans des
conditions catastrophiques. Des mineurs et des étrangers
ont été enregistrés dans des circonscriptions électorales
du Nord du pays. Ici on a enregistré de nouveaux inscrits,
dépassant trois fois le taux d’accroissement normal
de la population. Dans l’ensemble, les listes électorales
ont été gonflées dans le nord du pays pour
assurer un semblant d’équilibre avec le sud.
Pour lutter contre la fraude, il a été convenu
l’adoption du bulletin à souche numéroté et
l’authentification des bulletins. Ces recommandations étaient
inscrites dans l’APG et dans le rapport de la Mission
d’Observation de l’Union européenne de 2007.
Devant le refus du RPT de s’y plier, l’UFC, le CAR
et la CDPA ont retiré leurs candidats de la course, ainsi
que leurs délégués à la CENI. Le
pouvoir RPT a dû faire la concession, ce qui a ramené ces
frondeurs dans le processus. Mais au moment de l’application,
on n’a pas retrouvé le RPT.
Le jour du scrutin, il a été constaté des
votes multiples, des votes excessifs par procuration chez
les corps habillés, l’indélébilité défaillante
de l’encre. Dans certaines circonscriptions du nord du
pays, le nombre de suffrages exprimés a dépassé de
loin le nombre d’inscrits sur les listes électorales.
La centralisation des résultats est un paramètre énorme
de fiabilité, raison pour laquelle les partenaires en
développement ont financé, entre autres, le système
de transmission par satellite le VSAT. Ce système est
reconnu comme moins manipulable. Mais cette procédure
n’a pas été respectée. Et à la
CENI acquise au RPT, on évoque un argument de panne. Assez
suspect. En lieu et place, on a fait débarquer à Lomé les
présidents de CELI qui ont donné en live les résultats,
ce qui n’était nullement prévu dans le Code.
En plus, ces résultats donnés n’ont pas été authentifiés.
Ce qui augmente la marge de fraudes.
Tous les manquements du processus ont toujours été relevés
par l’opposition, et l’ont été tout
dernièrement par la Mission d’observation de l’Union
européenne, qui ne manquera pas de le faire pour la phase
ultime de centralisation des résultats. Aujourd’hui,
le FRAC crie au détournement des suffrages et estime que
son candidat Jean-Pierre Fabre est le vrai gagnant du scrutin.
Alors, tous ces couacs sont-ils la manifestation patente de l’« excès
de transparence » dont parle Esso Solitoki? Si seulement
le ridicule pouvait tuer ! On est tenté de dire que le
Monsieur a raté sa vocation, et qu’il devrait plutôt être
un as de la comédie française du Moyen-âge.
Tino Kossi |
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