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Editorial:

La Cour constitutionnelle ne fera jamais de miracle au Togo

19 mars 2010

Abdou Assouma, Président de la Cour Constitutionnelle instrumentalise cette institution et la met au service du RPT«Homme de loi. Personne habile dans le détournement de la loi» (Ambrose Bierce, Le dictionnaire du Diable)

Comme il fallait s’y attendre, la Cour constitutionnelle a confirmé le hold-up électoral au profit du candidat du RPT, Faure Gnassingbé. Elle s’aligne sur les performances de l’ancienne Cour qui aurait dû entrer dans le livre Guinness des records pour avoir avalisé des parodies d’élection, même celle au cours de laquelle des éléments des forces de l’ordre se sont emparés des urnes comme un joueur de rugby qui allait marquer un essai. L’image avait fait le tour du monde.

En fait, le scrutin du 4 mars 2010 a été émaillé de nombreuses anomalies tant en amont qu’en aval. Pendant la révision des listes électorales, beaucoup de mineurs ont été enregistrés dans la partie septentrionale que le pouvoir considère comme sa chasse gardée. Ceux-ci ont allègrement voté le jour du scrutin sans être inquiétés. D’autres l’ont fait avec de fausses cartes d’électeurs. Les observateurs de l’Union européenne et d’autres institutions crédibles ont pu constater que des jeunes de moins de quinze ans ont participé au scrutin.

«Le vote massif de non-inscrits a été observé. Les détenteurs de cartes électorales ont été autorisés à voter, même lorsqu’ils n’étaient pas inscrits sur les listes. Autrement dit, un même électeur a pu voter plusieurs fois dans des bureaux de vote différents. C’est le cas de nombreux militaires qui avaient déjà voté dans leur caserne le lundi 1er mars, sans avoir à utiliser l’encre indélébile qui atteste du vote, en restant visible sur le doigt du votant!», relève le candidat recalé Kofi Yamgnane dans une déclaration. Il y a eu aussi l’utilisation abusive de la procuration et des votes multiples. Dans cette région où la machine à fraudes a marché, le nombre de voix obtenues par Faure Gnassingbé dans certains bureaux de vote est supérieur au nombre d’inscrits dans ce même bureau. Bien qu’ils soient sept candidats à solliciter le suffrage national, le candidat du RPT s’est retrouvé avec cent pour cent dans quelques bureaux de vote. Selon toujours l’ancien Secrétaire d’Etat français, dans trois bureaux de vote d’un village, le candidat du RPT obtient 620 voix sur 620 exprimées, 302 sur 302, 292 sur 292. Les exemples sont légion.

Malgré tout, le pouvoir fut obligé de simuler une panne du système VSAT pour contourner la centralisation des résultats. C’est par voie manuelle que le reste du travail a été fait, ce qui laisse la voie ouverte à toutes les manipulations. Pour preuve, il y a des anomalies monstres dans les chiffres publiés par la CENI: l’addition du nombre de voix attribuées à l’ensemble des sept candidats dépasse le total des suffrages exprimés, la différence est de 704 voix. En plus, sur les voix attribuées au président sortant, il y a un surplus de 30 voix alors que les voix de Fabre sont déficitaires de 30 voix.

Mais ces irrégularités monstrueuses n’ont nullement ému la Cour constitutionnelle qui vient de valider, lors d’une longue cérémonie, la «victoire sculptée» du «fils de la nation». Encore une preuve que la plupart des Cours constitutionnelles africaines sont aux ordres et ont toujours banalisé les contentieux électoraux en faveur de ceux qui sont aux affaires. Elles n’ont jamais dit le droit, elles n’ont jamais dit la vérité, elles n’ont que faire de l’équité. Bref, l’Afrique est malade de ses Cours constitutionnelles.

Zeus AZIADOUVO, Correspondant permanent à Lomé

 

 

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