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Togo: Réélection controversée
de Faure Gnassingbé:
La stratégie d’un
Gouvernement d’union nationale se précise
24 mars 2010
1993, 1998, 2003, 2005, et 2010, voilà en tout cinq (05) élections
présidentielles qui ont été tenues au Togo.
Et toutes ont donné le même résultat ; la
réélection du candidat du pouvoir. Au-delà des
résultats, tous ces processus se ressemblent par la même
stratégie appliquée par le pouvoir : le hold-up électoral
pour détourner les suffrages du peuple, puis la rengaine
de la main tendue pour cajoler les déshérités.
Le processus de cette année ne semble pas vouloir déroger à la
règle.
Faure Gnassingbé est l’«heureux élu» de
cette élection du 4 mars dernier. Sa victoire préalablement
proclamée par la Commission électorale nationale
indépendante (CENI) de Taffa Tabiou quarante-huit (48)
heures plus tard a été confirmée jeudi dernier
par la Cour Constitutionnelle d’Aboudou Assouma, qui lui
attribue 60,08% des suffrages. La sortie de la Cour a ouvert
le bal des félicitations. Les pairs africains, les Présidents
des grandes puissances occidentales et des responsables d’institutions étrangères
se bousculent au portillon pour congratuler l’« heureux élu ».
Le Président de la Commission de l’Union Africaine
(UA) Jean-Ping, le n°1 français Nicolas Sarkozy, le
Président de la Commission de l’Union Européenne
José Manuel Barroso, le gouvernement américain,
entre autres, ont envoyé des courriers dans ce sens. Cela
est interprèté dans le sérail comme une
reconnaissance de la réélection de Faure Gnassingbé.
L’«heureux élu» ne doit attendre
que la prestation de serment pour jouir de sa «victoire».
Mais c’est une victoire « sculptée »,
en tout cas qui ne convainc pas.
Victoire visiblement usurpée
Il y a de la triche sur toute la ligne. Les règles du
jeu ont été violées par le pouvoir RPT.
Les listes électorales ont été gonflées
dans le nord du pays, des mineurs et des étrangers enregistrés,
dans le but d’augmenter la masse électorale du candidat
du clan. Les bulletins de vote n’ont pas été authentifiés.
Le vote par anticipation des forces armées a été un
cafouillage total. Le pic de la fraude a été noté au
niveau de la centralisation des résultats. Il était
prévu le canal satellitaire pour cette opération
des Commissions locales (CELI) vers la CENI. Le VSAT censé assurer
l’intégrité des résultats a été financé par
l’Union Européenne (UE) et installé. Mais
il n’a pas été utilisé au dernier
moment, pour problème de panne technique, d’après
la version de Taffa Tabiou. En lieu et place, les Présidents
des CELI ont été débarqués à Lomé pour
donner en direct sur les écrans les résultats non
authentifiés. Le patron de la CENI estime d’ailleurs
cette méthode plus fiable. Mais aujourd’hui on découvre
que la panne technique était provoquée, ou c’était
une allégation du pouvoir pour créer un terreau
propice aux manipulations. L’expert logisticien du PNUD
qui a installé le système, le Sénégalais
Yoro Thiam se dit «surpris» et révèle
que ce samedi 06 mars il était sur le point de transmettre
la totalité des procès-verbaux.
Tout porte à croire que la victoire de
Faure Gnassingbé est
une victoire…volée. Justement au Front Républicain
pour l’Alternance et le Changement (FRAC), on estime que
le vrai vainqueur des urnes c’est son candidat Jean-Pierre
Fabre. On se dit ainsi spolié de la victoire au profit
du candidat du RPT et on compte manifester pour la revendiquer.
Un autre candidat malheureux, Agbéyomé Kodjo de
l’Organisation pour Bâtir dans l’Union un Togo
Solidaire (OBUTS) reconnaît la victoire du Secrétaire
général
de l’Union des Forces de Changement (UFC). Il est d’ailleurs
le tout premier à l’avoir annoncée dans
la nuit du scrutin. Agbéyomé Kodjo est revenu à la
charge en précisant que Jean-Pierre Fabre devance Faure
Gnassingbé de quatre cent mille (400.000) voix. Le souci
de la vérité a décidé le leader de
l’OBUTS à créer un Collectif pour la Vérité des
Urnes (CVU), convaincu qu’il y a bien eu détournement
des suffrages et truquages des résultats au profit de
Faure Gnassingbé. Pour empêcher que le pot-aux-roses
ne soit découvert, un assaut a été opéré le
mardi 09 mars au CESAL où le FRAC avait érigé son
centre de compilation des données, l’équipement
informatique et les procès-verbaux saisis. Aujourd’hui
la contestation des résultats est générale.
La perche pour consoler
Tout comme un gosse que sa maman essaie de consoler avec une
friandise après l’avoir frappé, la stratégie
après la triche est d’appeler les contestataires à la
mangeoire. Les indiscrétions font justement état
de ce que l’«heureux élu» serait
disposé à collaborer avec les frondeurs. Les
premières annonces sont même déjà faites
par des organes- maison. Ainsi il serait miroité des
postes ministériels aux premiers responsables du FRAC,
avec un traitement spécial à l’UFC. On
parlera donc à nouveau de gouvernement d’union.
Cette stratégie trouve d’ores et déjà écho
favorable auprès de certaines chancelleries. C’est
le cas de ces personnalités étrangères
qui dans leur courrier, après avoir «félicité» Faure
Gnassingbé pour sa «réélection»,
lui recommandent de continuer sa pseudo politique de «dialogue» et
d’«ouverture à l’opposition».
Cela devient une rengaine en Afrique et semble assez facile.
Les pouvoirs en place organisent des mascarades électorales,
sont sanctionnés dans les urnes mais détournent
les suffrages populaires, s’imposent par la force, puis
apprivoisent les contestataires par des strapontins au gouvernement
; ainsi la page est tournée, et c’est reparti pour
l’échéance suivante.
Tino Kossi, collaborateur de Etiame.com à Lomé |
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