Togo: Interview: Messan Gabriel
(Président OBUTS):
«Je lutterai jusqu’à la
dernière goutte de mon sang»
25 mars 2010
L’homme a une haute vision de sa personne. Ayant le verbe
facile, il fut l’enfant chouchou du président Eyadèma
jusqu’en 2002 où, par une salve épistolaire,
il mit fin à cette idylle, tout en prenant la route de
l’exil en France. Rentré au pays après le
décès de son ancien mentor, il est aujourd’hui
le président de l’Organisation bâtir dans
l’union un Togo solidaire (OBUTS). Candidat malheureux
(0,85% des suffrages) à la présidentielle du 4
mars 2010, il conteste l’élection de Faure et martèle
qu’il luttera jusqu’à bout de souffle.
Pourquoi avoir créé l’OBUTS
après avoir été Premier ministre, président
de l’Assemblée, DG du Port de Lomé sous
Eyadèma père, donc cacique du RPT?
• Si vous revisitez l’histoire, vous comprendrez que depuis le printemps
2002 j’ai marqué une rupture définitive avec le RPT, rupture
qui s’est matérialisée par mon exclusion de ce parti sous
feu Eyadèma. Je n’ai plus d’attache ombilicale avec ce parti.
J’avais, à l’époque, donc proposé une modernisation
du parti pour rester dans le temps. On a refusé et cela explique pourquoi
le RPT est toujours dans des difficultés. J’ai voulu montrer qu’il
y avait une autre façon de faire la politique. Lorsqu’on a mon
expérience, je pense qu’il faut la mettre au service des populations.
Faure a été déclaré vainqueur à l’issue
de l’élection du 4 mars. Quelle sera votre attitude?
• Je contesterai cette élection de Faure jusqu’à la
dernière goutte de mon sang. Faure n’a pas gagné cette élection
et il ne peut pas la gagner.
Et si c’était Jean-Pierre Fabre qui
avait gagné, seriez-vous prêt à composer
avec lui, vu que, finalement, vous avez maintenu votre candidature?
Par ailleurs, vous êtes aussi membre du Front républicain
pour l’alternance et le changement (FRAC).
• Je suis fondateur du FRAC et sans moi, ce FRAC n’aurait pas vu
le jour. J’étais de la seule formation politique qui était
restée avec Fabre et le seul candidat à l’élection
présidentielle qui ait accepté de construire le FRAC avec lui.
Il y a donc deux formations politiques (Nldr: UFC et OBUTS) et une association,
celle de Kofi Yamgnane, qui composent ce mouvement. J’aurais composé donc
avec Fabre s’il avait été vainqueur.
Et la création de la Convergence pour l’Alternance
(CPA) avec Me Yawovi Agboyibo et Léopold Gnininvi,
n’est-ce pas une dispersion de forces?
• Quand on a créé le FRAC à Paris et qu’on
est revenu à Lomé, le CAR, l’UFC et la CPDA ont retiré leurs
délégués de la CENI. Par la suite, j’ai pensé au
syndrome de 2005. Car les choses avaient débuté de façon
semblable. J’ai craint que le pays soit livré à la violence,
et c’est pourquoi j’ai réactivé ma candidature et
l’idée de la CPA. Qui a lancé l’appel aux masses
populaires à se lever comme un seul homme ? C’est moi. Donc, je
suis resté toujours égal à moi-même.
Vous défendez ardemment Kpatcha Gnassingbé,
le frère du président Faure, emprisonné pour
une affaire de coup d’Etat. N’est-ce pas de la
démagogie?
• C’est une question de principes. J’ai modernisé le
Port autonome de Lomé (PAL). J’ai fait parler de ce port dans
le monde entier et ceux qui sont dans cette profession évoquaient le
cas du PAL comme un modèle de redressement économique. Après,
on m’a accusé d’avoir détourné 10 milliards
de FCFA au Port. On a intenté un procès contre moi. J’ai été blanchi,
on a condamné l’Etat. L’arrêt qui m’a rendu
ma liberté dit: "Le délit reproché à l’ancien
Premier ministre relève du domaine de l’impossible... Condamne
l’Etat aux dépens et ordonne sa libération immédiate".
En deux mois, ma procédure était faite. Kpatcha est séquestré depuis
10 mois et la procédure n’a pas encore commencé. Ce n’est
pas une affaire pénale mais politique...
Il s’agit d’une affaire de coup d’Etat...
• Ça, c’est ce qu’on dit. Mais quid des preuves? Moi,
on m’a accusé d’avoir volé 10 milliards. Quelles
en sont les preuves? J’ai demandé une confrontation. Il faut juger
Kpatcha pour qu’il puisse répondre de ce qu’on lui reproche.
S’il est condamné, qu’il purge sa peine. Mais s’il
doit être libéré, qu’on le relaxe. 10 mois de détention
préventive, c’est un abus d’autorité et une violation
flagrante des droits de l’homme.
Finalement, est-ce que vous ne pensez pas que le
peuple togolais est pris en otage par deux familles liées
par une inimitié mortelle : les Gnassingbé et
les Olympio, et qu’il serait temps de sortir de ce
cercle vicieux?
• Effectivement, et la nature fait bien les choses. L’ère
Gilchrist Olympio est en train de se terminer, celle Faure Gnassingbé aussi.
Inéluctablement, je crois qu’il y aura l’émergence
d’une nouvelle classe politique au Togo.
Vous avez affirmé que vous étiez l’héritier
naturel du président Eyadèma. Pourquoi?
• Je ne réponds pas à cette question
Interview réalisée à Lomé par
Zowenmanogo Dieudonné Zoungranao
L’Observateur Paalga
du 25 mars 2010
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