Togo: Suite à l’interdiction de la contestation
de la victoire de Faure Gnassingbé:
Patrick Lawson: «Nous maintenons
la marche de samedi»
26 mars 2010
Suite à la dispersion de la veillée de chants
et de prières de mercredi, Le ministre de la sécurité,
le Col. Titikpina a décidé d’interdire toutes
les manifestations de protestation de l’opposition pour
préserver la paix sociale. Pour en savoir plus sur la
réaction du Frac sur cette interdiction, nous avons approché M.
Patrick Lawson, Vice - président de l’Union des
Forces de Changement (UFC), membre du Front Républicain
pour le Changement et l’Alternance (FRAC). Il nous livré ses
impressions après l’événement, établit
le bilan des blessés et se prononce sur l’interdiction
de la marche de samedi.
La veillée de mercredi s’est terminée
en queue de poisson en raison des jets de gaz lacrymogène
que vous avez essuyés. Quelle est votre réaction
face à cette situation?
C’est malheureux parce que c’est la preuve que le
Togo n’a pas changé. Le Togo de 2010 ressemble comme
une goûte d’eau au Togo de Gnassingbé père.
Je dirai même qu’au temps d’Eyadèma,
avant même qu’on ne lance des gaz lacrymogène,
il y avait des sommations. Il y avait même des discussions
préalables. Ce qui est réglementaire. Mais avec
ce régime, on lance les gaz comme ça. Et en plus
on vous prend en étau, comme par une volonté de
tuer. Cela me suscite un sentiment de révolte. Parce que
c’est incroyable que des choses comme ça puissent
encore se passer au Togo après 2005. Parce que le nombre
de morts qu’on aurait pu avoir aurait mis dans une position
difficile ce régime.
Il y a le dossier du 2005 qui est pendant devant les Nations
Unies et d’une façon silencieuse devant la Cour
Pénale Internationale. Je suis attristé parce qu’on
a comme l’impression que ceux qui nous dirigent n’ont
aucun sentiment pour ce peuple. Ce peuple rassemblé pour
prier, pour demander à Dieu de les sauver de la situation
actuelle, ce peuple rassemblé pour demander la paix pour
le Togo. Et voilà ce qu’on leur donne en réponse.
Quel bilan établissez-vous après la
bousculade de mercredi soir?
Nous avons plus de 100 blessés : parmi eux il y a des
très âgés comme Maman Atakpaméto,
91 ans, Godwin Tété 83 ans. C’est encore
une fois la preuve que cette rencontre n’est pas faite
pour semer la violence ou quoi que ce soit. Sinon, on n’aurait
pas pu inviter des gens de cet âge pour la manifestation.
Après, on nous parle des kidnappings et nous sommes en
train de demander à nos militants de signaler ces cas
pour qu’on puisse établir une liste et voir ce qu’il
y a lieu de faire. Nous avons plus de 302 chaises de près
de 5 000 FCFA l’unité, endommagées. Des journalistes
qui sont juste venus en reportage, qui ne sont pas de l’UFC
ont été bousculés et on déplore la
disparition de tout le matériel de reportage de TV7. C’est
le cas également de l’hebdomadaire, «Plume
libre». Ce sont des choses que nous déplorons
en dehors des autres casses qui concernent nos propres appareils
qu’on utilise régulièrement pour les conférences
de presse, les marches etc... Des sacs des femmes qui ont été volés
ou simplement ont disparu avec de l’argent à l’intérieur.
Des portables qui sont perdus…
Jusqu'à ce jeudi soir, quelle est la situation
au niveau des blessés?
Dieu merci! Ceux qui sont âgés, on leur a fait suivre
la radio, on a trouvé que certains ont eu de la fracture
au niveau de la clavicule. D’autres des fractures au niveau
de la hanche, des fractures au tibia… Heureusement la
plupart sont rentrés chez eux. Le dernier vient aussi
de rentrer avec des blessures et ordonnances. Voilà la
situation que nous avons.
Un autre défi qui attend le FRAC est la marche
de samedi qui vient d’être interdite par les
autorités. Votre réaction?
Nous, nous nous conformons toujours à la constitution
qui protège le droit de manifester. Nous organisons toujours
nos manifestations en écrivant au ministre en charge
de la protection des manifestations à savoir le ministre
de l’Administration Territoriale et celui de la Sécurité publique.
Nous l’avons fait. A l’heure où nous vous
parlons nous n’avons pas de réponse négative.
J’apprends qu’il y a un communiqué qui interdit
les marches.
Je ne comprends pas comment un régime qui prétend
avoir gagné puisse interdire des marches de protestations.
Moi si j’avais gagné, j’allais laisser les
gens manifester. A eux d’être fatigué. Mais
je ne toucherai à un seul poil de leurs cheveux.
Devant cette interdiction, la marche tiendra-t-elle
encore samedi ou allez-vous renoncer?
C’est méconnaître les membres de l’Union
des Forces de Changement (UFC) en particulier et du FRAC en général.
Nous ne ferons rien de négatif, nous ne faisons rien d’illégal.
Donc rien ne peut nous arrêter. Parce que ce peuple a besoin
d’espérance. C’est cette lutte que nous menons
qui les contient. Sinon cette jeunesse se serait déjà éclatée
et le pire aurait pu déjà arriver au Togo. Ceux
qui nous gouvernent doivent le comprendre et pour cette raison,
nous ne pouvons pas abandonner cette jeunesse debout qui demande à ce
que ces manifestations puissent se faire. Cela constitue un exercice
d’exorcisme pour ces jeunes frustrés, ces jeunes
déçus par ce régime.
Aujourd’hui, nous avons reçu une invitation bien
sûr verbale du ministre de l’Administration territoriale
pour une rencontre ce matin à 9 h. Ensemble au FRAC nous
venons de décider de nous rendre à cette invitation
et rencontrer les ministres qui seront présents pour leur
dire que ces manifestations ne sont pas faites pour semer la
violence. La preuve, jusqu’à présent, nous
ne lançons pas de cailloux, nous ne brûlons pas
de pneus. Nous n’avons rien fait de mal et donc ils doivent
nous laisser manifester comme cela se passe dans toutes les démocraties.
En prenant soin de bien encadrer les manifestations pour que
les fauteurs de trouble ne viennent pas semer de zizanie dans
nos rangs comme ce fut le cas hier soir.
En clair vous maintenez malgré tout, la marche
de samedi?
La manifestation de samedi 27 mars aura bel et bien lieu. Rassemblement à Kondjindji à 08h.
Source: kaoci.com |