Grad-Togo: Le scrutin du 04 mars 2010:
Du déjà vu!
Encore un rendez-vous manqué pour
la démocratie au Togo
29 mars 2010
Les différents scrutins présidentiels organisés
depuis 1993 jusqu’à ce jour n’ont apporté aucune
solution à la crise socio politique du TOGO. Au fil des
années, la situation se détériore. D’espoir
en désespoir, la population a toujours répondu
aux rendez-vous électoraux en pensant qu’ils peuvent
l’aider à sortir de la crise. Peine perdue. Les élections
ont au contraire, contribué à son enracinement.
Dès l’annonce de l’implication de l’Union
Européenne (UE) dans le processus, certains Togolais ont à tort
ou à raison manifesté un certain optimisme par
rapport à l’élection du 04 mars 2010, car
voyant dans cette institution un arbitre sérieux. D’autres
par contre, ont tout simplement pris la route de l’exil
tant l’intoxication, la manipulation et la désinformation
entretenues à l’approche de ce scrutin ont eu raison
d’eux, surtout que les massacres post électoraux
de 2005 hantent encore les esprits.
I. NON TRANSPARENCE ET HOLD UP: NORME ELECTORALE AU
TOGO
Des élections peuvent être entachées d’une
marge tolérable d’irrégularités sans
compromettre pour autant leur transparence. Elles constituent
des exceptions à la règle. Mais lorsqu’elles
deviennent la norme, la transparence ne peut jamais être
au rendez-vous.
Pour qu’une élection soit estampillée libre,
transparente et crédible, il faut tout simplement que
les règles du jeu électoral soient claires. Au
TOGO, il est inconcevable de perdre des élections qu’on
organise soi-même. Du coup, il faut tout faire pour s’accrocher
au pouvoir.
En 1993, le National Democratic Institute for International
Affairs (NDI) dans sa correspondance en date du 1er sept 1993
précise entre autres:
"Après des années de régime de parti unique et
des conflits sociaux, le calendrier électoral de six semaines établi
par les accords de Ouagadougou s’est peut-être avéré trop
ambitieux. Si certains progrès ont été enregistrés
au plan des préparatifs électoraux, plusieurs facteurs importants
ont contribué à miner le processus de consultations populaire…"
"Toutefois, lorsque le gouvernement togolais décida
de ne point retarder le scrutin, c’est avec regret que
les représentants du NDI et du CARTER CENTER ont conclu
que les conditions minimales d’une élection significative
le 25 août faisaient défaut… Monsieur
CARTER et les six membres de l’équipe de NDI devaient
quitter Lomé le 24 août."
Dans un communiqué rendu public par le département
d’Etat le 27 août 1993, on peut lire:
"Bien que les résultats officiels ne
soient pas encore annoncés, nous suivons de très
près le processus. Nous regrettons que le gouvernement
du TOGO n’ait pas été en mesure de résoudre
de façon adéquate les problèmes techniques
qui existaient ou n’ait pas voulu accepter un bref report
pour que ces problèmes soient résolus."
Les autorités togolaises du moment ont annoncé à cor
et cri qu’elles vont organiser des élections à la "ghanéenne" c’est-à-dire
des élections transparentes. A l’approche du scrutin,
il fut servi quotidiennement à la population la recette
d’une élection dite apaisée au détriment
d’une élection transparente. Les élections
présidentielles de 1998,2003, 2005 et 2010 respecteront
le schéma Non transparence et Hold up.
En effet, organiser des élections transparentes, libres
et crédibles requiert une préparation minutieuse, étant
entendu que les parties prenantes doivent définir, de
façon consensuelle, les règles du jeu et prendre
l’engagement de les respecter scrupuleusement. Il s’agit
bien d’une obligation de comportement et non d’une
simple déclaration d’intention.
Le scrutin du 04 mars 2010 chante le requiem des élections
au TOGO. Il vient de donner un coup de grâce à la
crise togolaise et cela était déjà prévisible.
Le GRAD, dans son article intitulé: "Faut-il s’attendre
encore à un accord politique après le scrutin de
2010?, n’a pas manqué de tirer sur la sonnette d’alarme.
Malheureusement rien n’a été fait et les événements
lui donnent aujourd’hui raison.
Si des efforts ont été consentis, par rapport
au processus électoral, il faut reconnaître que
les résultats escomptés ont été compromis
car les règles n’ont pas été respectées.
Les concessions sont difficiles à obtenir. La révision
du fichier électoral n’est pas arrivée à son
terme avant le démarrage de la campagne électorale.
Il est difficile de préciser le nombre exact des électeurs
inscrits. La maitrise du fichier électoral est un élément
très important du processus.
L’apaisement qui devrait entourer tout le processus a
fait défaut. Les recours occasionnels au facilitateur
pour régler des problèmes qui normalement peuvent
faire l’objet d’un "gentlman agreement" entre
les différents acteurs politiques montrent de façon éloquente
que la confiance a déserté la cité.
II. RESPONSABILITE DE LA CLASSE POLITIQUE
Faire la politique au TOGO n’est pas un exercice aisé.
Mais cela ne justifie pas les spectacles de médiocre valeur
que la classe politique togolaise offre à la population à l’approche
des scrutins. L’arrogance, les incartades et les violences
verbales ont colonisé les propos et les comportements
des uns tandis que le cynisme et le dénigrement constituent
des divertissements chez les autres.
Quand on interroge le passé, il faut saluer le courage
de Monsieur Dahuku PERE qui a pris des initiatives louables pour
demander une profonde autocritique du parti RPT. Monsieur Agbéyomé KODJO
dans un document intitulé : « Il est temps d’espérer » a
appuyé l’auteur desdites initiatives. Ces personnes
qui ont occupé des postes importants aussi bien dans le
parti que dans le pays n’ont pas été comprises.
Elles ont commis, aux yeux de la cour du président EYADEMA,
un crime de lèse majesté politique au premier chef.
Elles ont été taxées de tous les noms. Monsieur
PERE, considéré comme traite, a été exclu
du parti.
Tout récemment en 2005, Monsieur François BOKO,
alors ministre de l’intérieur, sentant venir le
danger, a proposé de surseoir à l’élection,
d’ouvrir un dialogue, de faire une transition d’un
ou deux ans avant d’aller à l’élection.
Son portrait a été noirci. Il a été traité d’irresponsable.
La suite, on la connait.
Tout se passe comme si le pouvoir en place s’est donné pour
mot d’ordre : "J’y suis j’y reste
et seule la fin justifie les moyens."
De son côté, l’opposition dans son ensemble,
même divisée veut tout mettre en œuvre pour
une alternance. Dans cet environnement, le pouvoir oppose une
fin de non recevoir à tout ce qui lui est proposé.
Il se réfère à la constitution pour peu
qu’il y trouve un intérêt. Les réformes
constitutionnelles et institutionnelles prévues par l’APG
n’ont pas été entreprises. Le recensement
général de la population dont le dernier remonte à 1981
a été renvoyé aux calendes grecques. Dans
cette mêlée, "aller voter" est
pour le citoyen togolais un véritable traquenard, une
période de tous les dangers. C’est aussi une occasion
pour certains de se remplir les poches selon qu’ils sont
simples exécutants ou organisateurs des farces. On parlera
ainsi "d’import-export" ou de "manger
ici, voter là-bas". Tout ceci se fait sans aucun
souci de bonne gouvernance, ignorant superbement les méfaits
de la corruption à grande échelle qui, silencieuse
et fatale, entrave les efforts de développement. (cf.
le dernier rapport de la Banque Mondiale mars 2010). Tout cela
se solde par le cycle "Election- Violence-Négociation" dans
lequel le pays s’est enfermé depuis de nombreuses
années.
Au terme du scrutin présidentiel du 04 mars 2010, les
résultats provisoires contestés par l’ensemble
de l’opposition ont été, comme on peut s’y
attendre, favorablement accueillis par le pouvoir. Ces résultats
font apparaître un TOGO artificiellement coupé en
deux. Une bipolarisation d’intérêt qui invalide
tous les efforts de réconciliation en cours.
Bizarrement, les chiffres ayant sanctionné les différents
scrutins présidentiels depuis 1998 font apparaître,
année après année, de curieuses coïncidences.
Pour l’histoire, il est intéressant de rappeler
les résultats proclamés en pourcentages.
1998: RPT: 52,19%
UFC: 34,2%
2003: RPT: 57,8%
UFC: 33,7%
2005: RPT: 60,15%
UFC: 38,25%
2010: RPT: 60,26%
UFC: 33,98%
Le reste se passe sans commentaire
Concernant l’élection du 04 mars dernier, le rapport
d’étape des observateurs de l’UE, institution
qui a financé les élections, a mis en évidence
les anomalies et les irrégularités qui ont entaché la
transparence et surtout la crédibilité du scrutin.
CONCLUSION
Le train du 05 octobre 1990 a pour destination l’avènement
de la démocratie. Les leaders de l’opposition qui
y ont pris place gratuitement en cours de chemin pour prendre
les commandes, ne l’ont pas conduit à bon port.
C’est un échec. Préoccupés par leurs
propres ambitions et par des calculs politiciens au détriment des
aspirations légitimes du peuple, ils ont déçu
en hypothéquant le mouvement du 05 octobre. Ils sortent,
les uns après les autres, par la petite porte.
Quand aux leaders du pouvoir et ses alliés, il est indiqué de
préciser que le déclin de tout système politique
réside, entre autres, dans l’absence totale de vision
par rapport à la conduite des affaires de la cité et
dans l’incurie qui gangrène la manière dont
le vécu quotidien du citoyen est géré. La
corruption généralisée qui s’installe
dans tous les compartiments de la vie des Togolais, les détournements,
les gaspillages, les passe-droits, l’impunité, la
paresse endémique et l’incompétence sont
devenus des tares à la mode dans le pays. De plus, lorsque
les actes ne suivent pas les paroles, la légitimité recherchée
ne sera jamais au rendez-vous.
Aujourd’hui, la grande majorité des Togolais aspire à vivre
dans une société de liberté, de vérité,
de justice, de travail et de dignité. Elle rêve
d’une société où seront proscrits
le cynisme, l’arbitraire, l’hypocrisie, l’intolérance,
l’imposture, le népotisme, l’usurpation et
le culte de personnalité.
Toute proposition de changement qui ne prendra pas en compte
les préoccupations ci-dessus, sera vouée à l’échec.
Le peuple souverain, seul juge du jeu politique, saura faire
la part des choses et condamnera à l’indignité nationale
tous ces leaders, aussi bien ceux de l’opposition que ceux
du pouvoir qui lui ont perdu du temps pendant ces deux décennies.
Lomé le 27 mars 2010
Président du GRAD
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