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Conscience, Liberté et Démocratie: cas du TOGO

30 mars 2010

L’ordre dans lequel ces trois mots sont présentés est logique et universel. L’intervertir, c’est placer les choses sens dessus-dessous, n’importe comment, et s’empêcher de parvenir à leur réalisation correcte. En effet, il n’y a ni liberté, ni démocratie sans, d’abord et avant tout, la conscience éveillée du citoyen. Essayons de le comprendre.

1. Selon la logique du bon sens
Si l’homme ne réalise pas d’abord QUI IL EST, comment saurait-il ce qu’il a à faire? S’il ne prend pas conscience de sa nature, de son individualité qui marque sa différence, que deviendrait-il pour la société, si ce n’est un «mouton de Panurge», un jouet, un être manipulable et exploitable? Que pourrait-il faire d’une liberté quand il ne sait à quoi l’employer? Car la liberté est la manifestation d’un être conscient qui exprime et vit ce qu’il ressent en lui. Si par contre, l’on veut faire les choses exactement comme les autres, être exactement comme les autres, posséder exactement les mêmes choses que les autres, bref, être une copie conforme, on n’a pas besoin de liberté. Il suffit de se soumettre aux autres, de les suivre et de les imiter. C’est le cas du mouton qui fait comme ses semblables.

Cependant, le désir de liberté devient un rêve vague, lorsqu’il est exprimé par une conscience endormie. Dans cette situation, toute tentative de société démocratique échoue dans une vision floue, brumeuse, voire obscure, où les plus forts projettent les fantasmes de leur imaginaire, ou leurs intérêts cachés, à la place de la volonté consciente des citoyens (qui d’ailleurs ne sont pas consultés). 

La liberté est donc indissociable de la conscience éveillée, laquelle positionne l’individu en lui-même et lui prescrit son devoir d’homme sur Terre. Laquelle aussi est garante de l’authenticité du programme politique d’un pays élaboré à partir du libre choix des citoyens. De cette manière, une véritable société démocratique paisible et harmonieuse peut naître, où chacun peut avoir sa juste place, dans un cadre social qu’il reconnaît, au lieu de se voir exclu ou obligé d’endosser un rôle qui lui est dicté par un système politique et économique qui ne lui convient pas.

L’éducation devrait donc éveiller l’enfant à la conscience de soi, d’où il prendrait sa liberté en reconnaissant sa propre spécificité, ses capacités et son devoir. Et devenant adulte, il tiendrait son rôle naturellement dans un collectif démocratique pacifique.

Il en découle logiquement, d’abord la nécessité d’éveiller la conscience du citoyen, de laquelle émerge la liberté de manifester de ce qu’on porte en soi; et c’est cela qui peut entraîner enfin la démocratie, c’est-à-dire la façon de vivre dans une société en paix construite sur le respect de la conscience et de la liberté individuelles. Voilà comment la démocratie pourrait être possible, dans un état d’esprit universel, et en dehors de toute manipulation (idéologique, économique, traditionnelle ou autre).

Mais force est de reconnaître que ce n’est pas ce qui se passe actuellement. 

2. Les fausses routes, les mensonges, les confusions, les amalgames,…
Afin d’aider à réfléchir profondément (au lieu de critiquer négativement ce qui se passe), je ne poserai que quelques questions fondamentales, pour laisser à chacun en son âme et conscience le soin de voir qu’est-ce qui, dans nos manières de faire actuellement, nous aveugle et empêche l’avènement d’une authentique démocratie sur notre planète.

• L’éducation qu’on nous donne (depuis le sein de la famille jusqu’au système éducatif public) éveille-t-elle notre conscience de citoyen libre? Si oui, en quoi? Sinon, pourquoi?

• Tous ceux qui parlent de liberté et de démocratie sont-ils conscients du vrai fondement de ces valeurs (qui se situe au cœur et dans l’esprit de l’homme) et qui ont été reconnues dans la Déclaration universelle des droits de l’homme? Les discours que l’on tient à propos sont-ils destinés à éveiller, à respecter et à organiser de façon harmonieuse l’épanouissement de ces valeurs pour tous? Ou est-ce plutôt la poursuite d’autres intérêts ? Que visent les sectes, les partis politiques, les idéologues et religieux qui en parlent? Et pourquoi tant d’incompréhensions et de conflits violents entre eux, et tant de déchirements au sein des populations qu’ils prétendent guider?

• Que recherche réellement la politique aujourd’hui : la liberté de conscience du citoyen et l’épanouissement de l’homme, ou plutôt le développement économique profitable à une minorité ? Que cherche réellement l’individu lui-même perdu au sein de la masse : réclamer et obtenir sa part du «gâteau économique», ou bien exprimer ce qu’il ressent profondément en lui comme étant les déterminants de la justice, de la paix et du bien être, tant individuel que social?

• Les soi-disant leaders politiques écoutent-ils vraiment les citoyens, recherchent-ils vraiment les besoins profonds du peuple (et si oui, par quels moyens concrets) ; ou plutôt n’imaginent-ils pas simplement les choses à la place des citoyens? Pourquoi tant de décalage, et de plus en plus large, entre les politiques qui sont conduites et la satisfaction populaire ? Pourquoi tant d’insatisfaction et de mécontentement des gens, se traduisant lors des votes par un nombre toujours croissant d’abstentionnistes et de gens qui sont contre?

• En quoi le nouvel ordre économique mondial respecte-t-il la liberté de l’individu et vise-t-il comme finalité l’épanouissement de l’homme? Ses principaux objectifs sont-ils ceux du gain financier ou ceux du bien être humain?

• Quel respect l’Union européenne a-t-elle de la démocratie et du contribuable quand elle engloutit des millions d’euros pour soi-disant aider les pays africains à instaurer la démocratie (on parle de 16 millions pour la dernière mascarade électorale de mars 2010 au Togo)? Faut-il soutenir indéfiniment des dictatures et des «démocratures» en fermant les yeux sur les légitimes revendications des peuples africains?

• Pour les pays dits pauvres (africains surtout) la violence sauvage, au mépris des droits humains élémentaires, est-elle conciliable avec la liberté et la démocratie? Si oui, en quoi? Dans le même sens, le tribalisme, le régionalisme et le népotisme sont-ils acceptables dans un Etat de droit et en démocratie ? Pourquoi tant de répressions des revendications/contestations populaires? Où se situe exactement la liberté du citoyen africain? L’Africain veut-il adopter les valeurs universelles?

• L’achat des consciences en périodes électorales par des « cadeaux » et autres faveurs, est-il un comportement démocratique? Respecte-t-il le libre choix de chaque individu?

• Je pourrais continuer encore ce genre de questionnements qui révèle, si l’on y réfléchit sans passion et sans parti pris, ce en quoi on s’écarte de la démocratie tout en croyant y être.

3. A mes concitoyens togolais
Etant togolais moi-même, je ne peux m’empêcher de vous exhorter, plus spécialement, à réfléchir sur les questionnements ci-dessus, en tenant compte de votre propre situation tant individuelle que collective. Car la liberté et la démocratie véritables sont des valeurs universelles. Ne croyez pas à ceux qui vous parlent d’une démocratie à l’africaine!

Je sais à quel point le contexte dans lequel on se trouve est brûlant; mais il faut que cesse absolument la tyrannie dans son esprit et dans sa forme collective, c’est-à-dire la dictature d’un régime politique qui, depuis des décennies, veut faire du Togo une  propriété privée de quelques uns (qui sont au service caché de la haute finance internationale)! Agir pour changer, oui, cela est devenu impérieux, la conscience ne peut tolérer l’inacceptable. Mais dans quel état d’esprit le togolais devrait le faire: n’est-ce pas dans l’esprit unitaire recherchant la paix et le bien commun à tous? Et dans ce sens, faut-il suivre un leader qui vous invite à un front uni ou à l’union tout court, ou plutôt celui-là qui parle de rassemblement du peuple mais sème la division, s’entoure de profiteurs et reste indifférent à la corruption? Doit-on accepter des responsables politiques qui tournent les forces de sécurité contre les manifestations légitimes du peuple? Les tentatives de dresser les populations d’une partie du territoire contre l’autre, sont elles acceptables en démocratie? De quelle dignité peuvent se prévaloir ces citoyens qui se laissent corrompre par des «cadeaux» (de bols ou de sachets de riz) ou de quelques billets de banque en contrepartie de leurs votes à un parti devenu impopulaire? De tels cadeaux remplaceront-ils jamais les injustices vécues et à vivre de longues années?

Quel crédit peut-on accorder à des politiciens qui s’engagent par consensus à une chose, lors d’un processus électoral critique, et font autre chose après? La poursuite injustifiée des arrestations politiques (sous de faux prétextes) est-elle de nature à apporter la paix à notre peuple? L’interdiction des manifestations légitimes dont les demandes ont été légalement adressées aux autorités, est-elle un comportement pour ou contre la démocratie et l’Etat de droit? De telles autorités, en affichant de tels actes, savent-elles qu’elles courent le risque d’être considérées à leur tour comme illégales par la population, ce qui déboucherait logiquement sur une insurrection populaire? Où se trouvent les criminels des massacres perpétrés durant la période électorale de 2005? Quelle Cour de justice togolaise a-t-elle siégé dans ce contexte, et quand? Quel bilan a-t-on donné de la mission de la Commission nationale «Vérité, Justice et Réconciliation»? Comment continuer à croire à un régime qui rechigne visiblement à mettre fin à l’impunité?...

Je pourrais poursuivre de telles interrogations qui traduisent ce qui ne va pas au Togo, mais je m’arête là. J’ai voulu surtout m’adresser SANS PEUR au monde et au peuple togolais à la fois, à chaque citoyen et à chaque responsable politique en particulier, étant bien conscient que ce qui se passe ici (sur ce petit territoire) est le reflet de ce que l’humanité endure dans son ensemble. La connivence indécente entre les autorités locales et celles de l’Union européenne devient chaque jour plus évident, au vu du silence sonore de la Commission de Bruxelles (dont les observateurs étaient bel et bien présents lors de cette mascarade électorale de mars 2010 au Togo).

Je souhaite simplement, enfin, que chacun prenne ses responsabilités face à sa conscience.
 
Lomé, le 28 mars 2010
Simon Magbenga

 

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