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Togo: Dilapidation des fonds publics:
Plus de 14 milliards de Francs CFA pour
la campagne électorale de Faure Gnassingbé
1er Avril 2010
Dans un pays où le Gouvernement est incapable de dégager
un budget conséquent pour faire face efficacement au vaste
chantier que constitue le Togo et où tout est pratiquement à refaire,
il y a lieu de s’étonner de tout ce que le candidat
du Pouvoir a pu débourser pour sa campagne électorale
2010. De tout temps, les budgets annuels votés au Togo,
ont été insignifiants sous le règne du «père
de la Nation». A l’arrivée de Faure,
il fallait donner l’impression qu’il y a du mieux
sous le fils. Ainsi, il y a eu un léger effort pour faire
ressentir la différence entre les 38 ans du père
et le premier mandat du fils.
Ainsi, en comparant les trois derniers budgets votés
sous Faure Gnassingbé, on note une progression sensible.
Parti d’un budget prévisionnel de 307,62 milliards
pour le compte de l’année 2008, on est parvenu à 344,42
milliards en 2009, puis à 497,063 milliards pour 2010.
Une pareille progression n’avait jamais été observée
dans le vote de budget au Togo. Des économistes et hommes
politiques avertis ont eu entre-temps à critiquer vertement
la trop grande et nette progression entre le budget voté en
2009 et celui voté tout dernièrement.
A leur avis, nulle part au monde, cela ne s’est jamais
vu. Il faut dire qu’il ne s’agit pas là, d’un
boom à saluer, d’une performance exceptionnelle à applaudir
et à encourager. Non ! Cela révèle, tout
simplement de l’avis de ces experts et techniciens, que
le Togo a bien les moyens de voter un budget égal, voire
supérieur à celui du Bénin par exemple.
(1239 milliards en 2009), Bénin qui ne serait pas plus
riche que le Togo. Donc, rien ne justifie un tel bond surprenant.
Il convient de faire la déduction qui s’impose.
Le précédent budget avait été abondamment
critiqué comme insignifiant par rapport aux 2500 milliards
de FCFA en Côte d’Ivoire et 1239 au pays de Yayi
Boni. Le Pouvoir en place s’était donné comme
défi de surprendre agréablement les Togolais et
de là, leur démontrer qu’il était
capable de bien faire. Voulant donc bien faire, voulant prouver «sa
bonne volonté» et «son goût
pour la performance», le Pouvoir était allé trop
en besogne. Il a ignoré que des filles et fils assez intelligents
et bien instruits habitent eux aussi la terre de nos aïeux.
Si le Pouvoir le savait, il réfléchirait par deux
ou trois fois avant d’entreprendre certaines choses hors
normes.
Lors d’une interview accordée par Patrick Lawson à LIBERTE
en décembre 2008, celui-ci déclarait: «Le
groupe parlementaire UFC a fort justement, dans son explication
de vote lors de l’adoption du projet de loi de finances
2009, dénoncé la collecte d’une part importante
des ressources publiques, notamment celles provenant des sociétés
publiques, par des voies détournées et des moyens
illégaux, pour atterrir ailleurs que dans les caisses
de l’Etat». Cela veut tout dire. Au moment de
voter les budgets au Togo, on a l’impression que les autorités
sont beaucoup plus préoccupées par ce qui doit
atterrir dans leurs propres poches, que dans les caisses de l’Etat.
Voilà qui justifie les faibles budgets votés jusque
là.
Au Togo, pour justifier le mauvais état des rues et routes
du pays, le foisonnement de pistes rurales dans la capitale en
lieu et place des rues asphaltées ou pavées, l’absence
d’un système efficace de canalisation à Lomé,
les mauvaises conditions de vie et de travail du fonctionnaire
togolais, le mauvais fonctionnement des hôpitaux et dispensaires
etc. les autorités à commencer par le chef de l’Etat,
disent qu’il n’y a pas d’argent. Le Premier
ministre a encore apporté la preuve de ce que nous avançons
au début de cette année, lorsqu’il présentait
le bilan du quinquennat de son maître.
Il suffit de voir l’investissement fou fait par le chef
de l’Etat lors de la campagne. Des concitoyens qui disent
tenir l’information de son entourage, estiment ses dépenses
de campagne à plusieurs milliards. Les plus précis
avancent le chiffre de 14,5 milliards de francs CFA. Un compatriote
ayant une bonne liste des gadgets produits par Faure pour sa
campagne, a ironisé pour tout simplifier, que Faure a
investi dans tout pour sa campagne, sauf l’être humain
qu’il n’a pas pu créer. Alors, pour ne pas
allonger indéfiniment le présent article par le
listing de tout ce qu’a produit Faure Gnassingbé pour
séduire l’électorat, nous préférons
la même métaphore.
Pour illustrer le gaspillage de «l’expert financier» togolais,
il faut signaler que du temps de Gnassingbé père,
celui-ci mettait à la disposition de chacun des préfets
la somme de 14,5 millions de francs CFA pour les élections.
Cet argent servait à acheter les consciences au niveau
de la préfecture et aussi à payer les agents de
bureaux de vote opérant pour le compte du candidat au
pouvoir. Faure a offert à chaque préfet la somme
de 40 millions de francs. Pour trente préfectures (30)
cela donne 1.200.000.000 FCFA. La magnanimité du «fils
de la Nation» va donc grandissante.
Si lui, il ne rassemble pas les Togolais à son domicile
privé ou à la présidence pour entendre la
lecture des motions de soutien et remettre des millions à distribuer,
on constate qu’il a sa manière de gaspiller les
deniers publics et c’est bien dommage que le gestionnaire
et économiste de formation n’ait pas su se démarquer
des anciennes «habitudes de la maison».
A quoi sert ce grand panneau géant en forme de triangle
et situé non loin de la place Léopold Sédar
Senghor, juste en bordure de la route menant vers Agoé-Nyivé à côté du
Lac de l’Université de Lomé? Dieu seul sait
combien de millions ont été engloutis dans cette œuvre
réalisée dans la précipitation et dans la
perspective de la présidentielle.
A quoi servent tous ces panneaux géants implantés çà et
là sur tout le territoire national au profit du candidat
du RPT? D’aucuns parlent même d’une commande
démesurée d’affiches de campagne de Faure.
Si le chef de l’Etat était un homme sage et modéré,
il aurait pu se passer de tant de gaspillages. Cela aurait pu
convenir à un Bassabi Kagbara ou à une Brigitte
Adjamagbo ou encore à un Jean-Pierre Fabre que tout le
peuple n’est pas censé connaître. Qui ne
connaît pas Faure au Togo pour que celui-ci commande tant
de portraits?
Quelqu’un qui a eu, à plusieurs reprises, à faire
le tour des préfectures lors des fêtes traditionnelles
et autres, que les citoyens voient depuis 5 ans sur l’écran
de télévision, s’il est un bon dirigeant à même
de mener une politique saine basée sur la bonne gestion
des ressources publiques et sur la bonne gouvernance, il n’aurait
pas eu besoin de tant d’investissements pour la galerie,
mais il devrait viser l’efficacité. Un bon gestionnaire,
un président d’avenir se sent à travers les
actions et non à travers les discours.
Les Togolais sont aujourd’hui en droit de se demander,
si après avoir jeté tant de milliards par la fenêtre
et sans obtenir le résultat auquel Faure s’attendait
par les urnes, ce dernier et ses ministres ne vont pas se mettre
dans peu de temps à ressasser leurs discours éculés.
Ils attendent toujours leurs aides financières de l’Union
Européenne, de la France, du Japon, des Etats-Unis, de
la Chine, de la Corée, etc. Si ceux-là géraient
aussi leurs ressources dans la gabegie, sans arrière-pensée, à la
manière des Togolais et en misant sur l’extérieur,
nous ne croyons pas qu’ils en disposeraient au point que
les dirigeants togolais veuillent leur faire des yeux doux. Tout
bien pesé, le prétendu vainqueur a du pain sur
la planche. Après les promesses mielleuses, commence le
plus dur pour lui. Le vaste chantier est là.
Alain SIMOUBA |
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