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Afrique: Cinquantenaire des indépendances:

A quoi auront servi les indépendances pour l’Afrique? Y a-t-il matière à jubiler pour le peuple togolais?

06 avril 2010

Monument de l'Indépendance à LoméDix-sept (17) pays africains s’apprêtent à célébrer le cinquantenaire de leur indépendance. Partout la tirelire est cassée pour cette célébration, et certains pays ont même déjà entamé le programme des festivités. Au Sénégal par exemple, Abdoulaye Wade a débloqué quinze mille (15 000) Euros, la bagatelle de neuf (09) milliards FCFA pour la construction d’un pseudo monument de la renaissance africaine. Et là encore l’unanimité n’est pas faite autour de la somme, certaines sources parlent de vingt-trois millions d’Euros, soit quinze (15) milliards de FCFA. La célébration promet d’être pompeuse un peu partout. Mais à quoi auront servi les indépendances aux pays africains au point de justifier ces célébrations fastueuses? Au Togo particulièrement, y a-t-il quelque raison pour le peuple de jubiler à cette occasion?

Les indépendances, oui mais…
Les indépendances ont été miroitées comme la fin du calvaire pour les colonisés et leur entrée dans le hall du paradis. Certains pays ont forcé la main au colonisateur à la leur accorder. Si la colonisation reste l’une des pires formes de domination, la souveraineté accordée aux pays africains n’aura pas amené le paradis. Le seul effet reste le passage de la gestion des pays à leurs propres fils et filles. Depuis 1960, les pays africains étaient désormais dirigés par des autochtones. Mais quant aux effets positifs de cette gestion, ils sont à chercher à la loupe.

C’est la mal gouvernance sur tout le continent. C’est un petit groupe d’individus aux affaires qui profitent des ressources de tout un peuple. Eux et leurs familles seuls vivent dans une aisance sauvage alors que le reste du peuple traîne le diable par la queue. Finalement les gestions à l’ère de la colonisation et après les indépendances ne sont qu’identiques. Si on peut reprocher au colonisateur d’exploiter les ressources des colonies et de rapatrier les bénéfices dans son pays d’origine, la métropole, avec les indépendances elles ne profitent qu’au petit groupe venu aux affaires, lié par des réseaux mafieux à l’ex-colonisateur. La situation sociopolitique n’est guère reluisante. Cette mauvaise gérance des ressources crée des frustrations qui font que tout le continent est en perpétuelle ébullition. Un peu partout, c’est la guerre, la famine, la tension sociale. L’Afrique indépendante, c’est aussi le SIDA, la malaria, et de plus en plus le terrorisme. 50 ans après les indépendances arrachées de hautes luttes et brandies comme la panacée, les Africains meurent encore de faim. Pourtant ce ne sont plus les Blancs qui gèrent nos ressources. Et c’est dans ces conditions que l’on veut célébrer le jubilé d’or de ces indépendances avec faste! «Je vais certainement toucher des sensibilités, particulièrement des générations anciennes qui ont vécu les affres de la colonisation. Mais on en vient à se demander si ce n’aurait pas été préférable de continuer avec les Blancs. Comme ça au moins ils nous auraient construits des villes modernes dotées d’équipements viables, comme les Anglais l’ont fait en Afrique du Sud…», peste un observateur avisé.

Cas du Togo
On se le demandait entre-temps, y a-t-il matière à jubiler pour les Togolais à ce cinquantième anniversaire ? La réponse est tout de suite NON! Le peuple ne jouit pas de cette souveraineté. Le Père de l’Indépendance, Sylvanus Olympio a été assassiné le 13 janvier 1963, soit à peine trois (03) ans après la proclamation officielle. Si beaucoup de choses pouvaient lui être reprochées, Sylvanus Olympio avait tout de même de grands projets pour le Togo, surtout sur le plan économique. Et beaucoup d’observateurs s’accordent à dire que c’est pour ses ambitions pour son pays qu’il a été tué. Justement il devrait concrétiser son projet de monnaie pour le Togo le 15 janvier 1963, mais il a été assassiné quarante-huit (48) heures plus tôt.

Ses successeurs n’ont pas mieux fait pour le pays. Gnassingbé Eyadèma a passé à lui tout seul 38 années au pouvoir et laissé un pays exsangue sur tous les plans avant de s’en aller le 5 février 2005. Sa gestion tant politique qu’économique n’est pas enviable. C’est un pays divisé et économiquement à terre qu’il a laissé en héritage. Il sera remplacé par son fils à travers une élection sanglante en avril 2005. Un millier de ses compatriotes seront trucidés pour lui offrir le fauteuil sur un plateau d’or. Malgré ses promesses-incantations et ses professions de foi - lui c’est lui, moi c’est moi, disait-il - la gestion de Faure Gnassingbé ne sera pas différente de celle de son défunt père. La course à l’enrichissement illicite est banalisée et érigée en norme de gouvernance. Le fossé s’est creusé davantage entre le bas peuple et les gouvernants. La situation sociopolitique ne s’est pas non plus améliorée. Le tableau des infrastructures est déplorable.

On croyait qu’avec le scrutin du 4 mars dernier, Faure Gnassingbé allait solder son passif. Mais les attentes sont déçues. Les suffrages du peuple ont été visiblement détournés au profit du candidat du pouvoir. Le pays est davantage divisé qu’il ne l’était. D’un côté Faure Gnassingbé et le pouvoir RPT bien aidés par les forces armées pour imposer cette réélection rocambolesque, de l’autre le peuple qui n’a pour toute alternative que la rue. C’est la contestation au quotidien des résultats. Samedi encore les militants du Front républicain pour l’alternance et le changement (FRAC) étaient dans la rue pour dénoncer le hold-up et réclamer la victoire de Jean-Pierre Fabre.

Mine de rien, c’est parti encore pour 5 ans –et peut-être plus- de disette pour le peuple, mais d’enrichissement pour Faure et compagnie. Et cette perspective ne saurait faire jubiler le peuple dans le cadre du cinquantenaire de l’Indépendance dont l’apothéose est prévue sur le 27 avril prochain.

Tino Kossi, collaborateur à Lomé

 

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