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Togo: Après le scrutin du 4 mars: Les conséquences lointaines d’un hold-up :

Le pouvoir au peuple MAINTENANT ou Faure Gnassingbé pour un LONG règne

07 avril 2010

Les leaders politiques du FRAC incarnent les aspirations du peuple togolais«Si nous ne prenons pas le pouvoir dans les mois qui suivent, nous allons compter cinq ans pour rien». Ce sont là les déclarations faites par le Président de Sursaut-Togo et Porte-parole du Front républicain pour l’alternance et le changement (FRAC) Kofi Yamgnane, lors du meeting de samedi dernier à la plage après la marche. Si ces propos ne visaient essentiellement qu’à motiver les milliers de manifestants, et par-delà tout le peuple togolais, à contester le hold-up électoral du pouvoir RPT et réclamer la victoire de Jean-Pierre Fabre, il faut y voir presque un présage. Les observateurs avisés craignent plutôt une longévité de Faure Gnassingbé au pouvoir.

La méthode Faure
Si en avril 2005, il n’était pas trop responsable de sa montée sur le «trône» de son père - il a bénéficié plutôt d’un travail de sape effectué par le système RPT avec ses têtes pensantes dont les dignitaires de l’armée - Faure Gnassingbé ne doit plus son maintien au pouvoir lors du scrutin du 4 mars dernier au système en place, mais à lui-même. Ce n’est pas pour autant son pseudo bilan que ses affidés qualifient d’«hyperpositif» qui a joué en sa faveur, loin s’en faut. Le «Leader nouveau» ne doit sa victoire (sic) qu’aux moyens personnellement mis en œuvre, à sa détermination à pérenniser son règne. Ces moyens ne font pas seulement référence à la manne financière investie dans cette quête du pouvoir, mais à toute la stratégie globale adoptée pour ce faire. Faure a fait tous les sacrifices nécessaires, bravé tous les obstacles, sauté tous les verrous et remparts de transparence d’une élection pour arriver à ses fins, c’est-à-dire confisquer le pouvoir.

Processus biaisé à l’origine
Le Cadre permanent de dialogue et de concertation (CPDC) censé préparer le processus n’a été mis en place que tardivement, ce qui fait que le processus n’a pas démarré à temps. Même débuté, tout a été mis en œuvre pour entraver la préparation. Des coups de force et du dilatoire sont servis pour brouiller les pistes, et ainsi le processus a été bâclé. La révision des listes électorales n’a pas été optimale partout. Le fichier électoral a été gonflé dans le nord du pays supposé acquis au RPT par l’inscription des mineurs et des étrangers. Ces derniers ont voté contre de l’argent.

Transparence confisquée
Les remparts de transparence du scrutin ont été sautés. Les bulletins n’ont pas été authentifiés, comme convenu. Le fameux système VSAT a été saboté. Ce système censé sauver un tant soit peu l’intégralité des résultats était bizarrement tombé en panne au moment même où il devrait servir, c'est-à-dire lors de la centralisation des résultats à la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et leur proclamation. On verra plus tard que la panne technique était juste un alibi pour justifier la saynète de Togo 2000 et que le système ne pouvait pas subitement tomber en panne. Son concepteur le Sénégalais Yoro Thiam même en a douté.

Dans cette histoire de VSAT, c’est toute la communauté internationale qui a été roulée, surtout l’Union Européenne qui a financé le processus électoral presque à elle seule - on parle de 17 millions d’Euros, soit une dizaine de milliards F CFA - et surtout ce système satellitaire de transmission et de centralisation des résultats, à hauteur de plusieurs millions, avec l’argent du contribuable européen. Bruxelles pensait sauver la transparence de l’élection par ce geste et comptait sur la bonne foi du pouvoir en place et son Président. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) croyait faire œuvre utile en mettant à la disposition du Togo son expert logisticien. Mais tout ce beau monde a été tourné en bourrique par Faure Gnassingbé, qui a pris le risque de les décevoir.

Etouffer la vérité
Le «Leader nouveau» est visiblement décidé à entraver la manifestation de la vérité. Toute action visant à démasquer le hold-up qui lui profite est empêchée. C’est ainsi que la FOSEP a assiégé le centre de compilation des données érigé par le FRAC au CESAL le mardi 9 mars, pour arrêter le personnel et confisquer le matériel informatique et surtout les procès-verbaux des dépouillements, à coups d’arguments tirés par les cheveux. Même si le personnel arrêté a été libéré et le grief retenu contre eux presqu’abandonné, les procès-verbaux de dépouillement qui constituent les preuves par excellence du FRAC sont toujours gardés, contre tout entendement. Parallèlement les forces armées sont mises à contribution pour faire consommer le hold-up.

Opposition et presse apprivoisées
Pour assurer la bonne marche de la stratégie, des précautions ont été prises en amont pour neutraliser les éléments perturbateurs. C’est ainsi que les opposants traditionnels ont été apprivoisés. Léopold Gnininvi est devenu presque aphone. Yawovi Agboyibo s’est beaucoup investi pour entraver l’avènement de la candidature unique de l’opposition. Gilchrist Olympio comme par enchantement a perdu de sa superbe et est devenu plus conciliant avec le pouvoir et veut désorganiser son parti. Le deal de ces opposants traditionnels avec le pouvoir est un secret de polichinelle. Tout ce beau monde est devenu superbement clément avec Faure Gnassingbé.

Dans le même temps, la presse emmerdante est neutralisée à coups d’espèces sonnantes et trébuchantes. Les plumes acérées ont disparu. Les journalistes qui, il y a quelque mois encore, tenaient le haut de la critique contre Faure, ont subitement perdu de leurs réflexes et lui collent désormais la paix. La plupart des organes de presse sont devenus laudateurs. Un baron bien référencé dans le cercle fermé du «Leader nouveau» se plaît même à se vanter qu’il n’y a qu’une poignée de patrons de presse qui résistent encore. Il faut craindre qu’à cette allure il n’existe presque plus d’organes critiques sous peu.

Les menaces sérieuses neutralisées
Si tout ce beau monde s’est vu acheter le silence, les menaces les plus sérieuses ont été tout simplement neutralisées. C’est ainsi que Kofi Yamgnane s’est vu écarté de la course pour une banale histoire de dates de naissance, alors que le dossier d’un candidat qui a trempé dans une affaire d’escroquerie a été accepté - suivez nos regards.

Kpatcha Gnassingbé doit actuellement maudire le jour où il a eu l’idée de devenir Président de la République. Pour ses ambitions présidentielles, il croupit en prison depuis bientôt un an et le bout du tunnel n’est pas trop proche. C’est dire qu’aucun sacrifice n’est trop grand pour Faure, quand il s’agit de conserver le pouvoir, même si le prix à payer est d’étouffer un proche-parent.

Devant tout ce tableau, on ne voit pas ce qui peut bien retenir l’«heureux élu» de conserver le pouvoir. Toutes les recettes ont été utilisées, et c’est ici qu’il faut craindre que Faure Gnassingbé n’inaugure ainsi un Eyadèma bis, c'est-à-dire s’éterniser au pouvoir. La Constitution sodomisée à maintes reprises en son état actuel ne limite pas de mandat. Le verrou a été sauté depuis le 31 décembre 2002 pour la 3è mi-temps d’Eyadèma. Rien ne l’empêche donc de briguer un nouveau quinquennat. Les griots du pouvoir vont brandir la Constitution, et vers la fin de ce second mandat débutant, des marches seront organisées un peu partout et les manifestants supplieront Faure de continuer le travail commencé depuis son avènement au pouvoir. Avec le pouvoir de l’argent, le tour serait joué. L’opposition aura beau s’entendre comme larrons en foire et présenter un candidat unique - ce qui est impossible dans ce Togo - elle aura beau arracher un mode de scrutin à deux tours, les mêmes causes produiraient les mêmes effets. Ce candidat unique va l’emporter dans les urnes, mais la CENI et la Cour Constitutionnelle vont déclarer l’homme du pouvoir élu et les forces armées seront mises à contribution pour faire consommer la mascarade électorale.

Au regard de ce qui précède, la seule alternative reste d’aller au bout de la logique de contestation entamée par le FRAC pour arracher le pouvoir et confier sa gestion à ceux que le peuple a choisi dans les urnes. Il est illusoire de croire que le système RPT avec les enfants Gnassingbé céderont de gré le fauteuil présidentiel. N’oublions pas qu’au détour, il y a Mey Gnassingbé qui nourrit aussi l’ambition de remplacer son demi-frère au pied levé. C’est MAINTENANT ou JAMAIS que la mobilisation doit être plus forte et rendre ainsi le pays ingouvernable pour faire céder ceux qui prennent en otage les Togolais depuis l’aube de notre indépendance. Cette contestation doit s’élargir sur l’ensemble du territoire et toucher toutes les couches sociales, civile comme militaire. Car la seule ambition qui vaille, est l’avenir des populations si souvent clochardisées par les ouailles du pouvoir décadent togolais. Dès lors, tous doivent se lever pour donner le dernier coup fatal à l’adversaire RPT et à tout son système.

Jules Symféïtchéou & Tino Kossi

 

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