Togo: Où est passé l’appel à la
rue évoqué par le CAR suite à la présidentielle:
Le mensonge et la fourberie, principaux
méthodes politiques de Yawovi Agboyibo
07 avril 2010
«Un silence peut être parfois le plus cruel
des mensonges» disait Robert Louis Stevenson, dans
Virginibus Puerisque
Pendant que le candidat de l’UFC et du FRAC, Jean-Pierre
Fabre et celui du RPT revendiquaient chacun la victoire, le CAR
de Me Apévon Dodji avait sorti un communiqué pour
annoncer que c’était son «éternel
champion» Me Yawovi Agboyibo qui était classé 3è avec
au moins 12% des voix. Ses résultats s’étaient
arrêtés là. Omerta sur les scores réalisés
par les autres challengers. Le CAR n’avait que faire de
l’UFC et du RPT qui se disputaient la première place.
Il ne tenait qu’à sa 3è place que l’ancien
Premier ministre Agbéyomé Kodjo avait voulu lui
ravir. Mais les résultats provisoires publiés par
la CENI ne l’ont crédité que d’un peu
moins de 3 % des voix tout en lui conservant jalousement la 3è place.
Bien évidemment, le «parti des déshérités» avait
rejeté ces résultats et introduit un recours à la
Cour constitutionnelle. Entre-temps, un journaliste de RFI avait
fait le constat selon lequel l’opposition dans sa stratégie
de contestation était divisée entre les partisans
de l’occupation des rues et les tenants du recours juridictionnel.
Une remarque qui n’avait pas plu au CAR qui s’était
insurgé contre «un compte rendu inexact des
positions au sein de l’opposition». Le parti
avait martelé qu’au regard des preuves faites par
le passé par la Cour constitutionnelle, il a opté dans
un premier temps pour le recours juridictionnel parce que le
Togo est un pays de droit. En revanche, dans le cas où la
plus haute juridiction refusait de dire le droit, le recours à la
rue s’imposerait, avait-on annoncé.
Et comme il fallait s’y attendre, la Cour constitutionnelle
a rejeté tous les recours introduits et proclamé fièrement élu
Faure Gnassingbé. Ce que n’ont pas accepté les «chemises
et vestes rouges» du Togo. «La Cour constitutionnelle
vient ainsi de donner carte blanche au pouvoir RPT de continuer à vider
les élections de tout sens en mobilisant les ressources
publiques à des fins électoralistes par le canal
de ses multiples associations pour sortir systématiquement
vainqueur de tout scrutin. Le CAR refuse de reconnaître
les résultats proclamés dans de telles conditions
par la Cour Constitutionnelle et entend poursuivre ses efforts
en vue de l’instauration d’un pouvoir dans lequel
les Togolais se reconnaissent», a-t-on lu dans un
communiqué publié le 19 mars 2010 par le parti.
Depuis, les «efforts» que les partisans
du «Bélier noir» «entendent
poursuivre pour l’instauration d’un pouvoir dans
lequel les Togolais se reconnaissent» se font attendre.
Tous se sont murés dans un silence bruyant. Le «propriétaire
de tous les dossiers» au sein du parti, Jean Kissi,
qui, tout de rouge vêtu, crevait les écrans, s’est
effacé. Il y a bien longtemps qu’on ne l’a
plus entendu vanter les bienfaits de la «méthode
politique du CAR». Est-ce un silence stratégique
pour prendre finalement tout le monde de court en emboîtant
le pas aux «chemises rouges» de la Thaïlande?
Tout le monde attend de voir. Mais cela risque de ne pas se produire.
Car aux dernières nouvelles, le Secrétaire national
du CAR est en villégiature en Europe pour passer du bon
temps.
Cette situation du CAR est semblable à celle d’après
les législatives du 14 octobre 2007 où le parti
avait connu une bérézina. Après plusieurs
mois d’aphonie, Me Agboyibo et ses partisans s’étaient
retrouvés dans un hôtel de la place pour lancer
la malheureuse théorie de la «cogestion».
Beaucoup de démonstrations avaient été faites à l’époque
pour amener les Togolais à se l’approprier. Mais
en vain. Et à l’approche de la présidentielle
du 4 mars, la «cogestion» a évolué pour
devenir le «retour de l’ascenseur» avec
un détour vers la «méthode politique
du CAR». Que nous réservent encore l’ancien
Premier ministre et ses hommes?
Zeus AZIADOUVO, correspondant permanent à Lomé |