Togo: Violation des droits de l’Homme,
viols sur les militants de l’UFC:
Que cache le silence de Yawovi Agboyibo
et Léopold Gnininvi?
21 avril 2010
 Me Yawovi Agboyibo, Prof. Léopold Gnininvi, voici deux
icônes du combat démocratique au Togo, deux figures
emblématiques de l’opposition. La simple évocation
de leurs noms fait remonter beaucoup de souvenirs à la
mémoire. Mais ces leaders semblent s’être
résolument mis en retrait de l’actualité politique
et observent un mutisme total face aux derniers développements
du contentieux électoral faits de violations systématiques
des droits de l’Homme. Assez surprenant, quand on fait
un bref retour dans leur passé politique.
Les Togolais ne se rappellent même plus la dernière
fois qu’ils ont entendu ces leaders parler. Les toutes
dernières apparitions du Prof. Léopold Gnininvi
remontent dans le temps. Il ne s’est signalé entre-temps
qu’à travers une déclaration laconique signée
au nom de son parti, la Convention démocratique des peuples
africains (CDPA) au sujet des évènements de CESAL
qui ont vu les forces de l’ordre débarquer au centre
de compilation des données du Front républicain
pour l’alternance et le changement (FRAC) et emporter le
matériel informatique et les procès-verbaux. Quant
au leader du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR),
les dernières images de lui remontent à la campagne électorale.
Son parti ayant un faible pour les commérages, il s’est
fendu d’un communiqué pour répliquer au confrère
de RFI qui accusait le parti tacitement entre-temps de se dissocier
de la contestation dans la rue, déclaration signée
de son Secrétaire national Jean Kissi. Depuis, plus rien
de la part de ces leaders. Ce retrait inquiétait au point
que le leader de l’Organisation pour Bâtir dans l’Union
un Togo Solidaire (OBUTS) a dû les apostropher. A travers
une déclaration publique, Agbéyomé Kodjo
les a récemment appelés à rejoindre la contestation
du FRAC. Mais apparemment cet appel est tombé dans les
oreilles de sourds. Plus inquiétant est le mutisme de
Me Yawovi Agboyibo et du Prof. Léopold Messan Gnininvi
sur les violations systématiques des droits de l’Homme
dont sont l’objet ces derniers temps les militants de l’Union
des Forces de Changement (UFC) et du (FRAC).
Les partisans de ce parti et ce front subissent en effet des
exactions de la part des forces de l’ordre. Le dernier
scénario en date est l’intervention musclée
de la Gendarmerie mercredi dernier au siège de l’UFC
lors de la veillée à la bougie. Cette intervention était
une somme de violations des droits de l’Homme. Les éléments
ont débarqué sans mandat de perquisition, défoncé portes
et fenêtres, emporté des tas d’équipements
qui n’ont rien à voir avec un projet de trouble à l’ordre
public, procédé à des arrestations. Le comble
de l’ignominie a été atteint, avec des viols
sur des manifestantes arrêtées. Des femmes ont avoué avoir été l’objet
de touchers vaginaux de la part d’éléments
de la Gendarmerie, entre autres traitements indignes.
Si on peut comprendre la réticence de Yawovi Agboyibo
et Léopold Gnininvi à rejoindre les contestataires
dans la rue et la justifier par des calculs politiciens -peut-être
que toute participation de leur part ou déclaration leur
fermeraient les portes du prochain gouvernement, et c’est
un droit absolu d’aspirer à y participer-, leur
mutisme face à ces exactions des forces de l’ordre
est ahurissant. Le viol fait partie des traitements les plus
inhumains et dégradants et est combattu avec extrême
rigueur par des outils internationaux. C’est un crime contre
l’humanité, au même titre que le génocide.
On a toujours connu ces leaders comme des défenseurs des
droits des opprimés. Me Yawovi Agboyibo surtout, s’est
toujours illustré comme le défenseur par excellence
des droits de l’Homme. Point n’est besoin de rappeler
son parcours et son engagement sur le terrain de la lutte démocratique
au Togo. Le bon sens n’arrive donc pas à comprendre
que l’avocat ferme les yeux sur ces violations des droits
humains dont sont victimes les militants de l’Union des
Forces de Changement (UFC) et du FRAC. Ces exactions suscitent
de jour en jour les dénonciations des différentes
associations nationales de défense des droits de l’Homme
et de la masse intellectuelle. A certaines voix qui réclament
l’ouverture d’une enquête judiciaire s’adjoignent
d’autres qui recommandent au FRAC de saisir la Cour pénale
internationale (TPI). Mais c’est le black-out total chez
Me Yawovi Agboyibo et Léopold Gnininvi. L’opinion
doit-elle concevoir ce silence comme un consentement à ces
violations?
C’est tout de même déplorable. Au-delà de
ces deux personnalités, c’est presque toute l’opposition, à part
bien sûr les associés du FRAC qui est aphone devant
ces évènements. Les autres présidentiables
de l’opposition hésitent à réagir.
Sont-ils encore sous le coup de leurs scores micro-organiques
au scrutin du 4 mars? Tout ce beau monde semble dire: «Ils
n’ont qu’à faire on va voir».
Tino Kossi
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