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Togo: Analyse des événements à travers
faits, gestes et propos:
Comment Gilchrist Olympio a minutieusement
préparé son lynchage
22 avril 2010
Tous ceux qui ont suivi la lutte de libération du peuple
menée depuis les années 70 par le plus grand Opposant
togolais au régime prédateur en place, semblent
presque unanimes à reconnaître depuis quelque temps,
que ce n’était plus le mythique et très charismatique
Gilchrist Olympio qu’ils connaissaient si bien, qu’ils
entendaient, voyaient agir. En effet, les derniers développements
politiques faits de déclarations à l’emporte-pièce
du leader le plus adulé de l’Opposition, ont vite
fait de décevoir plus d’un Togolais, voire des militants
de son propre parti. Il suffisait d’écouter parler
les gens depuis quelques semaines.
Naissance d’une grave crise interne
Tout a commencé à la mi-janvier 2010 à l’occasion
du dépôt des candidatures à la Céni.
Les événements qui ont étalé sur
la place publique les divergences au sein de l’UFC, furent
justement le dépôt de candidature pour la présidentielle.
Ces événements, par leur ampleur, ont vite fait
oublier les frasques passées du président national
du parti, frasques qui entre-temps ont mis le feu aux poudres
par rapport à l’initiative de recherche d’une
candidature unique au niveau de l’Opposition via UFC-CAR.
Tel un coup de tonnerre dans un ciel sans nuage, la nouvelle
d’indisponibilité sanitaire de Gilchrist Olympio
surprend tout le monde au moment précis du dépôt.
On apprendra qu’il était sous soins aux Etats-Unis.
Pour des gens qui connaissent la mauvaise foi du Pouvoir, il
fallait donc parer au plus pressé sur place en prévoyant
une candidature de rechange, au cas où la dérogation
sollicitée viendrait à ne pas être accordée
au président national. L’Etat major du parti s’était
alors concerté sur place et le SG, Jean-Pierre Fabre prépara
rapidement son dossier qui fut déposé dans le délai
pour éviter une désagréable surprise. A
la surprise générale, cette initiative indisposera
cruellement M. Olympio qui avait toutes les peines du monde à pardonner à son
SG «sa témérité». Tout
porte à croire que malgré les apparences, il lui
en a gardé dent.
Le parti n’aura aucune peine à afficher aux yeux
de tous les Togolais sa scission en deux blocs. D’un côté des
pro-Gilchrist Olympio et de l’autre, des pro-Jean Pierre
Fabre. Le très sulfureux Jean-Claude Homawoo et inconditionnel
du patron de l’UFC n’aura pas besoin de gants, ni
de cagoule pour mener la fronde, dès lors qu’il
est convaincu d’être dans les bonnes grâces
du président national. D’un bout à l’autre
de cette lutte interne, de cette autodestruction désormais
programmée par les sommités du parti, que d’actes
d’insubordination et de bravade n’aura posés
l’homme de loi qu’est M. Homawoo. Que de soutiens
n’aura-t-il pas obtenus de M. Olympio et qui l’auront
suffisamment galvanisé dans ses maladresses. Vrai ou faux?
Le FRAC et Gilchrist Olympio
C’est dans un tel contexte qu’une réunion
devait se tenir à Paris début février sous
l’égide de Me François Akila-Esso Boko, initiateur
d’une opération de la dernière chance en
vue de parvenir à la candidature unique de l’Opposition.
Après le difficile accouchement du FRAC suite à la
défection du CAR et de la CDPA depuis Paris et qui en
aucun cas, «ne pouvaient être autorisés à faire
bloc contre le RPT en adhérant à un Front républicain
pour l’alternance et le changement», M. Olympio
rencontrera Me Yawovi Agboyibo entre autres, à Paris
avant le retour de ce dernier à Lomé. Gil le révélera
lui-même dans une interview accordée au site gouvernemental.
«Je crois que Me Agboyibo est un homme politique de
qualité, proche du peuple et qu’il a un fort potentiel»,
déclarait le leader de l’UFC à la question
de savoir ce qu’il pensait de la constitution du FRAC.
Ces propos ramènent au souvenir des déclarations
tonitruantes et peu révérencieuses à l’endroit
de l’initiateur de la rencontre faites par Me Agboyibo
au cours de sa conférence de presse au lendemain de
son retour au pays, oubliant que le même Akila- Esso
Boko, cinq ans plus tôt, avait failli payer de sa vie
son souci de préserver celle de ses compatriotes. Les
Togolais n’ont pas oublié que quelques semaines
auparavant, Gilchrist avait tenu sur les antennes de RFI des
propos qui avaient indisposé profondément les
responsables du CAR et confirmé la mise à mort
définitive de cette union hypothétique UFC-CAR
qui ne verra d’ailleurs jamais le jour.
Cette déclaration du leader de l’UFC avait laissé croire
qu’il aurait préféré la candidature
de Me Agboyibo à celle de Jean-Pierre Fabre, à défaut
de sa propre candidature. Et pourtant, c’est le même
M. Olympio qui peu avant fin 2009, appelait les autres partis à se
joindre à l’UFC sous prétexte qu’elle
est le plus grand parti de l’Opposition. Ce n’est
pas parce que la politique est un jeu où tous les coups
seraient permis, que des leaders politiques peuvent si aisément
se comporter comme des girouettes tournant infiniment selon la
direction du vent, entamant ainsi durablement leur propre crédibilité.
C’est compte tenu de l’attitude de réserve
et de méfiance de Gilchrist vis-à-vis de son Secrétaire
Général, que dès sa rentrée de Paris
en février dernier après la constitution du FRAC,
le président de OBUTS, Agbéyomé Kodjo,
dans un communiqué, avait demandé au président
national de l’UFC de se prononcer sur la candidature de
J-P Fabre au profit duquel il avait accepté de s’éclipser.
C’est-à-dire, si oui ou non, il soutenait sa candidature
pour le compte de l’UFC. Pendant une dizaine de jours,
motus et bouche cousue de la part de M. Olympio. Face à ce
silence, l’unique soutien de l’époque à la
candidature de Fabre avait préféré prendre
ses responsabilités et ses distances.
Et Gilchrist surprendra plus d’un
Arrivé à Lomé, peu avant la fin de la campagne électorale,
Gilchrist déclarera qu’il est venu au Togo «pour
apporter un coup de pouce à J-P Fabre et surtout pour
régler des problèmes familiaux». Beaucoup
avaient compris qu’il parlait en terme diplomatique et
euphémique, s’agissant de coup de pouce et «surtout
pour régler des problèmes familiaux»,
il avait trahi son subconscient. M. Olympio indisposera bien
de militants et sympathisants de son parti ainsi que des personnes
qui le soutenaient jusque là.
Des gens ont fini par s’assurer que Gil n’a jamais
cautionné le soutien apporté à l’UFC
par ceux qui ont permis au dernier moment au FRAC d’être
FRAC; notamment l’ADDI, le PSR, l’Alliance et Sursaut-Togo. «Depuis
l’introduction du multipartisme, on passe son temps à créer
des fronts, des associations, des alliances. Franchement, je
ne comprends pas ce que cela signifie. Ces regroupements de partis
politiques ne sont d’accord sur rien», déclarera-t-il
au site gouvernemental. M. Olympio aurait souhaité que
le FRAC fût mort-né après avoir fait exprès
de ne pas donner suite au communiqué du président
de OBUTS. De l’avis de nombre de ses compatriotes et sympathisants, à quel
jeu jouait-il finalement? Au jeu du pouvoir. Des milliers de
Togolais en sont convaincus et en parlent abondamment depuis
peu.
Eu égard à tant de tergiversations et de velléités,
on est tenté de se demander si la présence de Gil
aux manifestations de clôture de la campagne le mardi 2
mars 2010 n’était pas juste destinée à illusionner
tout simplement ses militants ainsi que les sympathisants de
son parti et leur voiler le fond de son cœur. A la question
de savoir ce que fera le parti de Gilchrist s’il perd les élections,
le leader étonne tout le monde en répondant à republicoftogo: «Ce
ne sera pas la fin de l’UFC. Nous sommes avec J-P Fabre;
nous allons l’appuyer. Il a beaucoup de qualités.
Cependant notre soutien ne suffit pas nécessairement pour
qu’il remporte cette élection, il se peut qu’il
perde. Je dois préciser que son éventuelle défaite
ne doit certainement pas conduire la population à la violence».
Non violence, le fonds de commerce de Faure Gnassingbé pour
la présidentielle de 2010.C’est lâché.
Sur les médias audiovisuels nationaux, M. Olympio déclarera
quelques jours plus tard et peu avant son départ en février
dernier: «… Il y en a qui veulent le changement
et il y en a qui ne veulent pas ; mais ce n’est pas là le
plus important …». Que Gilchrist Olympio qui
a consacré une bonne partie de sa vie à combattre
l’arbitraire du régime RPT et qui s’était
fixé pour objectif de libérer le peuple togolais
de la souffrance, en vienne aujourd’hui à tenir
des propos à travers lesquels ses admirateurs ne le retrouvent
pas, cela fait réfléchir. Et c’est justement
des réflexions que les langues se sont beaucoup déliées
ces derniers temps.
Gilchrist s’est-il laissé acheter?
«Gilchrist s’est laissé acheté»,
n’ont cessé de ressasser ses admirateurs. Des
gens vont jusqu’à donner au cours des discussions,
le montant de la somme qui lui aurait été remise
par le pouvoir incarné par Faure Gnassingbé.
Cinq cent trente huit millions (538.000.000) de francs CFA,
avancent certains à l’imagination fertile. «Pour
si peu ?», rétorquent des voix qui considèrent
le pactole trop insignifiant pour un Gilchrist Olympio, pour
livrer le peuple togolais pieds et mains liés à Faure
et Cie. «Peut-être, c’est en dollars
ou en Euro et pas en CFA», pensent d’autres
encore. «Si c’est en FCFA, c’est peut-être
une avance perçue, le reste, peut-être quand il
aura respecté jusqu’à la fin les clauses
du deal entre Faure et lui», prétendent d’autres.
Pour certains compatriotes, Faure Gnassingbé aurait accepté de
permettre à son principal opposant d’accéder à des
fonds très importants de son défunt père
domiciliés dans une banque suisse, ce à quoi le
Gal Eyadèma n’avait jamais souscrit. Voilà ce
que ressassent d’autres. Tout ceci, pour dire combien les
Togolais se sont étonnés des positions adoptées
ces derniers temps par le leader de l’UFC qui a conduit
sa troupe au bord de la rivière, en l’y abandonnant
carrément. Comment un entraîneur qui conduit une équipe à une
compétition, peut-il se permettre de déclarer avant
la rencontre à ses poulains : « il se peut que l’UFC
perde ». Voilà qui peut être démotivant
pour la troupe. Pour beaucoup, avant même le scrutin, le
jeu était joué pour Gilchrist : il faut amener
les siens à ne pas protester contre le vol de la victoire.
C’est cela peut-être le contenu du «pacte» pour
certains.
Aussi bizarre que cela paraisse, depuis la proclamation des
résultats, aucune réaction de la part du patron
de l’UFC. Pas le moindre message. Il aura fallu plus de
six semaines pour qu’il choisisse d’arriver à Lomé après
avoir contribué à soutenir Jean-Claude Homawoo
dans ses jeux au profit du Pouvoir. Exclu de la Céni par
Patrick Lawson et reconduit par Gil sans cesse, voilà quelques-uns
des actes de Gil qui méritent de lui faire porter le chapeau
d’un «homme acheté» par le
régime en place. Gil aurait-il délibérément
et sans contrepartie, choisi d’installer de l’indiscipline
au sein de son parti tant respecté?
Enfin, comment comprendre qu’un certain Monsieur Godson
intervenant dans une émission bi-hebdomadaire à TV2,
ait choisi juste la période des élections pour
servir cette salade indigeste aux Togolais, salade par laquelle
on veut leur faire croire que Faure Gnassingbé serait
la réincarnation de Sylvanus Olympio, le père de
Gilchrist Olympio et non, tenez-vous bien, la réincarnation
du père de Gnassingbé Eyadèma ou du grand
père de celui-ci. Quelle abomination ! Au regard de tout
ceci, il y a anguille sous roche et les langues ne peuvent que
se délier pour toutes sortes de commentaires. C’est
de bonne guerre.
En résumé, ce qui est arrivé à Gilchrist
Olympio le samedi dernier est prévisible si l’on
entend les propos tenus ces dernières semaines par des
compatriotes. De par l’éducation que nous avons
reçue, nous déplorons cette mésaventure
survenue au vieux Gilchrist Olympio. Et nous nous félicitons
d’ailleurs de ce qu’il n’ait pas été agressé physiquement.
C’est le grand mal que nous aurions souhaité qu’on
lui évite. Gilchrist a-t-il subitement oublié les
centaines de ses militants que le régime RPT a trucidés
sous Eyadèma comme sous son fils Faure? Cette indifférence
est difficile à avaler pour beaucoup. Et nous pensons
que Gil aura minutieusement préparé son propre
lynchage. Allez-y comprendre du reste, d’où vient «tant
d’attention» depuis quelque temps pour Gil de
la part du Pouvoir!
Alain SIMOUBA
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