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Afrique: Cinquantenaire des Indépendances:
Un anniversaire pour rien?
23 avril 2010
Le gouvernement français a finalement annoncé,
le 1er avril, un budget de 16,3 millions d'euros pour fêter
le cinquantenaire des Indépendances de ses 14 anciennes
colonies africaines: Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique,
Congo-Brazzaville, Côte d'Ivoire, Gabon, Madagascar, Mali,
Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad et Togo. «Y
a-t-il vraiment quoi que ce soit à commémorer ou
faut-il au contraire tout reprendre ?» La très
pertinente question, posée par l'intellectuel camerounais
Achille Mbembé, ne semble pas avoir fait beaucoup réfléchir à Paris.
Le budget, pas énorme, servira à financer 250
manifestations culturelles et sportives en France et en Afrique,
mais le clou du spectacle sera le défilé militaire
du 14 juillet. Les armées des anciennes colonies défileront
sur les Champs Elysées, quel que soit leur récent
tableau de chasse (500 morts au Togo après les élections
contestées de 2005, 100 morts au Cameroun pendant les émeutes
de la faim de 2008, un conflit larvé depuis 1982
en Casamance, région du sud du Sénégal).
Les seuls à ne pas défiler seront les Ivoiriens,
dont l'armée avait bombardé une position française à Bouaké en
2004, mais qui avait quand même été invitée. «La
Côte d'Ivoire entend célébrer seule ce cinquantenaire
dans le cadre de sa politique nationale de refondation, a expliqué Jacques
Toubon, ancien ministre de la Culture et de la francophonie,
secrétaire général du cinquantenaire des
Indépendances. C'est son choix souverain.»
Voulue par le président Sarkozy, «la grande
fête africaine en hommage aux tirailleurs»,
le 14 juillet, prend le risque de rendre hommage au passé colonial,
plutôt qu'à l'indépendance. Pour le reste,
la France va faire comme d'habitude : un sommet franco-africain
réunira à Nice, les 31 juin et 1er juin, des
chefs d'Etat de toute l'Afrique qui se verront à huis-clos,
pour parler du secteur privé et négocier des
contrats, en présence de 150 entreprises africaine et
50 entreprises françaises. Egalement à l'ordre
du jour du sommet de Nice, de grands dossiers diplomatiques,
tels que la réforme du Conseil de sécurité des
Nations unies et la place de l'Afrique dans les processus de
Cancun (traitement spécial et différencié dans
le cadre de l'Organisation mondiale du commerce) et de Copenhague
(changement climatique).
La France a par ailleurs l'intention «d'expliquer»,
selon une source proche de l'Elysée, la révision
de son dispositif militaire en Afrique. Laurent Gbagbo, le président
ivoirien, a là encore décliné, de même
que Pedro Pires, le président du Cap-Vert. Tout le monde
n'a pas été invité : Omar el-Béchir,
le président du Soudan, sous le coup d'un mandat d'arrêt
de la Cour pénale internationale (CPI) et Robert Mugabe,
du Zimbabwe, ont reçu une lettre de Nicolas Sarkozy leur
demandant d'envoyer des émissaires. N'ayant pas été reconnus
par la France, les représentants de la nouvelle junte
au pouvoir au Niger et les dirigeants de Madagascar, un pays
en crise depuis la déposition du président Marc
Ravalomana, en 2009, ne seront pas non plus de la partie. Quant à Nicolas
Sarkozy, il a décliné toutes les invitations à assister
aux cérémonies qui se dérouleront en Afrique.
Par Sabine Cessou, Libération du 22 avril
2010
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