Togo: Gouvernement
Gnassingbé-Houngbo:
Dahuku Péré à la
tête d’une liste qu’il a envoyée au
pouvoir
25 mai 2010
Peut-on parler de trahison ? Maurice Dahuku Péré est à la
tête d’une liste de ministrables du parti de l’Alliance
qu’il a envoyée au premier ministre Gilbert Houngbo,
peu après sa rencontre avec ce dernier, à en croire
une information proche de la présidence. Rien ne dit si
la liste Péré sera acceptée par Faure Gnassingbé et
Pascal Bodjona mais l’information expliquerait les couacs
au sein du Front républicain pour l’alternance et
le changement (FRAC).
L’Alliance, le parti de Péré, est le seul
du FRAC à avoir répondu, « par courtoisie
et formalisme », à la consultation du PM Houngbo.
Il avait pourtant assuré ses camarades de sa fidélité à la
ligne officielle du FRAC. Depuis deux semaines, M. Dahuku Péré s’est
fait remarquer par ses absences assourdissantes aux manifestations
du FRAC. A la réunion hebdomadaire du FRAC ce mardi après-midi
25 mai, Dahuku Péré a préféré envoyer
un de ses collaborateurs. Le samedi dernier, un leader du FRAC
a expliqué son absence par un différend entre Dahuku
Péré et son ex ami Agbéyomé Kodjo,
de l’OBUTS, qui s’est associé à la
stratégie de la rue. Selon cette source digne de foi,
M. Péré avait demandé le retrait du président
d’OBUTS des manifestations, sous peine d’un retrait
de son parti.
L’Alliance constitue avec le PSR, l’ADDI, l’UFC
et Sursaut-Togo, les partis politiques membres du FRAC. C’est
la première fois depuis la fin des élections qu’un
membre du FRAC est annoncé pour faire partie concrètement
du gouvernement. L’attitude du chef de l’Alliance
est aux antipodes de la ligne politique du FRAC. Elle démontre
que toutes les parties n’ont pas la même lecture
de la situation politique post-électorale au FRAC. Chaque
leader a son histoire politique et les préoccupations
ne sont pas les mêmes au sein des partis. Comme à OBUTS,
certains responsables sont très désireux d’aller
se refaire une santé financière au gouvernement
pour ne plus être à la solde de M. Kodjo. Ce n’est
pas exactement le cas à l’Alliance où M.Péré lui-même
est plutôt dans une situation financière lamentable.
Ex-dissident du RPT, le premier à s’être
ouvertement opposé à Eyadema après avoir
sorti un brûlot sur sa gouvernance dictatoriale, M. Péré fut
un ancien baron du régime. Ministre de la fonction publique
vers la fin des années 1980, Maurice Dahuku Péré fut
accusé avec Agbéyomé Kodjo de complot contre
la conférence nationale souveraine. Peut-être faussement
accusé, l’homme a gardé une rancune tenace
contre le processus de démocratisation à la togolaise
et s’engagea profondément aux côtés
du général Eyadema. Il fut récompensé de
sa fidélité en prenant la présidence de
l’Assemblée nationale en 1994 à l’issue
des législatives, poste qu’il occupa de 1994 à 1999.
Député en 1999, il fut écarté de
sa prétention de prendre à nouveau le perchoir,
pour des raisons encore inconnues mais peut-être ayant
trait à sa vie privée. Il ne participa pas aux
législatives d’octobre 2002, et fit produire peu à peu
le fameux brûlot dans lequel il accusait le dictateur Eyadéma
de constituer un blocage pour le développement et la paix
au Togo.
Entré en dissidence, il se porta sans succès candidat à la
présidence en 2003. En 2005, il a émis le vœu
d’être le candidat unique de l’opposition,
et après le refus des partis de l’opposition traditionnelle,
il s’est porté candidat de son parti. D’aucuns
le soupçonnent de penser que seul un opposant issu du
milieu kabyè peut constituer un bon challenger pour le
changement au Togo.
Candidat à la présidentielle de mars 2010, M Péré avait
retiré sa candidature pour des raisons d’ordre
pécuniaire, n’ayant pas trouvé finalement
la caution de 20 millions cfa. Il fit entrer son parti en janvier
dans le Front républicain pour l’alternance et le
changement (FRAC) et fit campagne pour Jean-Pierre Fabre sur
l’ensemble du territoire, notamment à Kara dont
il est originaire. Maurice Dahuku Péré a été blessé aux
pieds le 06 mars dernier par l’éclatement d’une
grenade lacrymogène lors d’un sit-in du FRAC.
L’homme tient un discours de réconciliation entre
le Nord et le Sud, et de bonne gouvernance. Chrétien catholique
pratiquant, l’homme est réputé pour sa probité morale.
Il est certainement l’un des rares hommes politiques du
RPT à ne pas s’être enrichi personnellement
aux affaires.
Victime de l’ostracisme de son ancien camp, M. Péré traverse
des difficultés financières graves. Il va de soi
que sa présence au gouvernement pourra l’aider à se
refaire une santé financière pour mieux être
présent sur le front politique. Une chose est sûre:
Dahuku Péré a envoyé une liste au nom de
l’Alliance et il est à la tête de cette liste.
Aux dernières nouvelles, les faucons du RPT seraient opposés à la
volonté de Faure de le reprendre dans le gouvernement.
Qui aura le dernier mot?
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