Le Togo est-il toujours en crise? Que faire?
Point de vue du GRAD
02 juin 2010
Introduction
De crise électorale en crise électorale, le TOGO,
géré depuis plus de quarante (40) ans par le système
RPT, s’installe profondément dans la crise née
du déficit démocratique, et tourne le dos à son
développement économique et social. Cette situation
plonge le peuple dans une misère noire source de toutes
les incertitudes.
La crise actuelle constitue le point culminant d’une série
de soubresauts politiques et d’occasions manquées.
Les éléments essentiels de cette crise résultent
du mauvais fonctionnement des institutions de la république
en particulier la commission Electorale Nationale Indépendante
(CENI) et la Cour constitutionnelle.
Même si la campagne électorale récente est
qualifiée généralement de paisible, force
est de constater que le processus électoral dans son ensemble,
a été très mal géré.
Dans le présent article, le GRAD livre son analyse de
la situation, fait état des interrogations majeures
et propose des pistes de réflexion.
I- SITUATION POLITQUE ACTUELLE.
Le processus électoral n’a respecté ni les
dispositions pertinentes de l’arsenal juridique en vigueur
en la matière ni les cahiers des charges adoptés
de façon consensuelle.
La proclamation des résultats telle qu’elle à été faite,
illustre à suffisance cet état de chose.
Le GRAD, en son temps, a évoqué la complexité de
la situation politique pour suggérer qu’un délai
conséquent soit consacré à l’organisation
des élections présidentielles cela a été également
la position d’une grande partie de la classe politique.
L’argument du vide juridique avait été opposé pour
précipiter le scrutin. Or la cérémonie d’investiture
n’a eu lieu qu’un mois après la proclamation
définitive des résultats en violation des dispositions
pertinentes de la constitution.
L’incurie des structures en charge du processus électoral
a privé les dernières élections de toute
crédibilité et a concouru à bâcler
le contentieux électoral. En effet, des candidats ont
largement dépassé le plafond de cinquante millions(50.000.000)
de FCFA fixé par le code électoral pour le financement
de la campagne électorale.
Par ailleurs, les recours introduits par les différents
partis politiques n’ont pas reçu toute l’attention,
un certain nombre de partis politiques regroupés au sein
du front républicain pour l’alternance et le changement
(FRAC) rejettent les résultats tels que proclamés
et revendiquent la victoire à travers les marches populaires
et des veillées de prière
Dans la capitale il convient de rappeler entre autres
• Le débarquement impromptu des éléments
de la FOSEP dans les locaux du Centre d’éducation
sociale pour l’Apostolat des Laïcs (CESAL) pour arrêter
des experts informaticiens et saisir le matériel informatique
et les procès verbaux propriété de l’UFC,
le 09 mars 2010
• l’invasion du siège de l’UFC par les
forces de l’ordre qui se sont livré au saccage
en règle des locaux et au matraquage aveugle des responsables
et militants dudit parti en pleine veillée de prière
le 24 mars 2010;
• la prise d’assaut des environs du Temple méthodiste
SALEM, toujours par les forces de l’ordre dans le but d’empêcher
la participation des dirigeants et des militants du FRAC à une
séance de prière habituellement et régulièrement
organisée par les responsables dudit centre. A cette occasion
la foule présente à été violemment
dispersée sans ménagement au moyen de grenades
lacrymogènes et de matraque et sans distinction aucune.
A l’intérieur du pays, il a été rapporté que
le Pouvoir recourt aux militaires pour empêcher les manifestations
de contestation pourtant autorisées dans la capitale.
Il est également rapporté que des préfets
s’opposent avec violence au libre exercice du droit d’expression
du citoyen.
Cette manière pour le Pouvoir de réagir face aux
contestataires, cristallise les rancœurs car le citoyen
se sent profondément frustré. Ce qui est
de nature à radicaliser le mouvement de contestation.
La crise vient de connaître un dernier développement
qui est l’accord intervenu le 26 mai 2010 entre le RPT
et Monsieur Gilchrist OLYMPIO. Il ressort de l’observation
du GRAD et des éléments d’appréciation
en sa possession, que cet accord est le résultat d’une
initiative personnelle qui n’engage pas l’UFC, aux
dire des responsables de ce parti.
Au regard de tout ce qui précède, le GRAD se pose
des questions.
Les interrogations majeures du GRAD
En dehors des élections de 1958 qui ont permis au Togo
d’accéder légalement à la souveraineté nationale
et internationale, toutes autres consultations populaires sont
caractérisées par des improvisations, des précipitations
et des irrégularités contraires aux normes internationales
en la matière.
En effet les élections ont toujours été et
continuent d’être des occasions de violences politiques
et sociales obligeant la population à suspendre toute
activité d’ordre économique pour aller trouver
refuge hors de son domicile habituel. Pire les échéances électorales
se soldent par des pertes en vies humaines, des blessés,
des mutilés, des viols et des destructions de biens publics
et privés. Dans ces conditions le GRAD se demande à quoi
servent les élections au Togo?
A cette question et à la lumière du constat ci-dessus,
et devant le déficit d’imagination des acteurs politiques
pour sortir de l’impasse, l’on est tenté de
conclure à l’inutilité des élections
au Togo surtout que celles-ci ne donnent lieu qu’à des
holdups suivis de longues négociations et d’accords
politiques inopérants. L’impasse ainsi constatée
est entretenue par les différentes missions d’observation
dont les conclusions ne sont pas en adéquation avec les
constats et analyses par elle faits sur le terrain au cours du
processus électoral. Le manque de fiabilité des
conclusions des observateurs que nous déplorons trouve
sa cause dans:
• mauvaise connaissances des réalités du
pays;
• présence tardive des observations sur le terrain;
• formation insuffisante ;
• manque de moyens financiers et matériels adéquats ;
• manque de crédibilité ;
• conflit d’intérêt ; etc.
Les institutions surtout celles chargées du processus électoral
sont-elles appropriées?
Au terme de son analyse, le GRAD estime que ces institutions
doivent être totalement repensées pour en faire
de véritables outils au service du peuple par le respect
du vote de ce dernier. Dans un état de droit où la
séparation des Pouvoirs est une réalité et
où la justice est une institution véritable, indépendante
et crédible, certains responsables des dites institutions
auraient déjà comparu devant elle pour parjure.
Une autre donnée dont il faut nécessairement tenir
compte dans l’analyse de la situation politique au Togo
est la présence constante de l’armée au cœur
du Pouvoir politique qui de ce fait échappe aux civils
dont il doit normalement être le domaine réservé.
Au Togo c’est le pouvoir politique qui est assujetti à l’Armée
et non le contraire comme partout ailleurs dan les pays démocratiques.
Dans ces conditions et comme déjà dit plus haut
les élections ne sauraient constituer une solution de
sortie de crise.
S’agissant de l’accord du 26 mai 2010 entre Monsieur
Gilchrist OLYMPIO et le RPT, le GRAD estime qu’il est de
nature à clarifier la situation quant à la lutte
que mène le FRAC.
Dorénavant l’UFC et le FRAC ont la totale maîtrise
de leurs actions car ils ne sont plus suspendus aux avis et aux
positions de Monsieur Gilchrist OLYMPIO qui constituait pour
eux une lourde hypothèque.
L’analyse contenue dans la première partie du présent
document et les interrogations majeures posées ci-dessus,
conduisent tout observateur à dire que les perspectives économiques
et sociales au Togo ne sont pas brillantes.
En effet l’impasse relevée plus haut, le manque
d’imagination et de vision des différents protagonistes
de la crise, la cupidité certains d’entre eux, le
recours effréné à un enrichissement rapide
de certains autres, constituent autant de tares qui bloquent
la réflexion et l’action politique. Cependant, le
GRAD quant à lui, convaincu de la cause légitime
que défend le peuple togolais en revendiquant sa libération,
tout en convenant que la lutte est dure et longue, demeure ferme
dans sa foi en un lendemain plus brillant pour le pays.
II-PERPECTIVES
Pour faire de cet avenir brillant une réalité de
demain, le GRAD lance un appel pressant à tous les acteurs
politiques pour:
- un sursaut patriotique salutaire:
- une prise de conscience aigue de leur responsabilité ;
- un degré minimum d’honnêteté politique
et intellectuelle ;
- la primauté de l’intérêt général
sur les intérêts partisans, individuels et égoïstes
;
- le respect de la volonté populaire notamment celle exprimée
par les urnes ;
- des mesures énergiques pour reformer les grandes institutions
de l’Etat dont notamment l’Armée;
- le recours au référendum pour les questions majeures
d’intérêt national ;
- le respect des engagements pris au nom du peuple.
A cet effet il est nécessaire que les Togolais aient
confiance en eux-mêmes et se fassent mutuellement confiance
en privilégiant les initiatives internes de sortie de
crise par rapport au recours excessifs à des acteurs extérieurs.
A cet égard, il importe que les Togolais soient liés
par un nouveau contrat social. En d’autres termes il faut
envisager dès maintenant un véritable dialogue
entre les vrais et authentiques protagonistes de la politique
togolaise devant déboucher sur l’élaboration
d’une nouvelle constitution par une assemble constituante.
En conclusion le GRAD espère fortement quelles que soient
les difficultés du moment, les protagonistes de la crise
togolaise trouveront ensemble une véritable solution qui
permette à la population togolaise de se retrouver et
d’œuvrer à son propre développement.
A défaut nul ne pourra aller durablement contre la volonté du
peuple souverain.
GRAD: Lomé le 31 mai 2010 |