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Togo: Déclaration de politique
générale de Gilbert Houngbo II:
Du replâtrage et du déjà entendu
sans aucun résultat!
07 juin 2010
Gilbert Fossoun Houngbo était vendredi avec son équipe à l’Assemblée
nationale. Conformément à la Constitution du Togo
en son article 78 alinéas 1 & 2, le Premier ministre
a soumis au vote des députés sa déclaration
de politique générale. Après plus de deux
heures de séance, le programme a été voté à raison
de cinquante-sept (57) voix pour- 49 du groupe parlementaire
RPT, et 08 de députés UFC, le reste de ce groupe
ayant boycotté la séance, conformément à la
décision officielle- ; les quatre (04) élus du
Comité d’action pour le renouveau (Car) présents
se sont abstenus de voter. Le programme est articulé autour
de quatre (04) axes fondamentaux: le renforcement de la cohésion
nationale et de la bonne gouvernance, les leviers économiques,
le développement solidaire et une diplomatie nouvelle.
Quels en sont alors les grands traits?
Le renforcement de la cohésion nationale et de
la bonne gouvernance
Le Premier ministre entend recoudre le tissu social par une politique
de réconciliation hardie et des actions concrètes,
bâtir une nation unie en renforçant les capacités
de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation.
L’élaboration du statut de l’opposition parlementaire,
la promotion des libertés individuelles et publiques,
des droits de l’Homme, de l’équité et
de la Justice sont aussi au menu.
Gilbert Houngbo veut également poursuivre les réformes
politiques et institutionnelles recommandées par l’Accord
politique global (Apg), qui devront toucher la Constitution,
le Code électoral, le découpage électoral
etc. Est également annoncée, la poursuite de la
modernisation de la Justice et de la réforme administrative,
l’audit de onze (11) ministères et de quelques institutions.
Les leviers économiques
Le gouvernement entend prendre à bras-le-corps le problème
des infrastructures. Il est annoncé justement la réhabilitation
des rues bitumées, celle de la nationale n°1, le renforcement
des axes routiers et urbains par la création d’une
autoroute et d’une ligne de chemin de fer reliant le Port
autonome de Lomé et la frontière avec le Burkina.
Sur le Port justement, le gouvernement veut augmenter sa capacité d’accueil.
Il est aussi planifié l’extension de l’aéroport
Gnassingbé Eyadèma, la création d’un
nouvel aéroport de classe internationale et la mise en
place d’un bureau national d’études pour superviser
les travaux publics.
Les secteurs des télécommunications, des mines
et de l’énergie seront aussi renforcés. Il
est prévu un plan régional d’interconnexion électrique,
l’investissement de quatre-vingt (80) milliards FCFA dans
le secteur des Phosphates pour porter la production à 2,5
millions de tonnes en 2012 voire 3 millions en 2013, l’octroi
d’un second permis d’exploitation à Cimtogo.
La Zone Franche, le secteur privé, le tourisme devront être
redynamisés.
Le gouvernement entend aussi promouvoir l’urbanisation
et les logements sociaux, entreprendre la réforme du foncier,
poursuivre l’assainissement des finances publiques, la
mobilisation des ressources internes, assurer la maîtrise
des dépenses, renforcer la bonne gouvernance. Gilbert
Houngbo et son équipe veulent porter le secteur agricole à la
participation réelle et effective à la création
de la richesse nationale et à la génération
de revenus substantiels pour les agriculteurs et éleveurs
et développer et pérenniser une industrie nationale.
Le développement solidaire
Le Premier ministre veut promouvoir la décentralisation
et la démocratie participative, en complétant le
cadre juridique sur l’organisation et le fonctionnement
du Fonds d’Appui aux Collectivités territoriales,
le transfert des compétences et des ressources, le statut
des préfets, la consolidation des cantons, la création
des communes rurales. Il est justement annoncé l’organisation
des élections locales au plus tard en 2011.
Le système éducatif devra aussi subir des réformes.
Le gouvernement entend ainsi, entre autres, poursuivre l’intégration
progressive des enseignants volontaires, engager des réformes
dans les universités de Lomé et de Kara pour une
meilleure application du système LMD, développer
la recherche universitaire, réglementer davantage les écoles
privées d’enseignement supérieur. Il sera
redonné à l’éducation civique toute
sa valeur.
Sont également au menu, le développement à la
base, et l’emploi des jeunes. Il est annoncé ici
le renforcement de la politique du gouvernement en la matière,
la promotion de l’adéquation formation/emploi et
l’adaptation du système éducatif et de formation
aux mutations et aux réalités du marché du
travail et de l’emploi. Le secteur de la santé n’est
pas oublié ; le processus de gratification de la césarienne
sera effectif à partir de 2010.
Le gouvernement entend doter toutes les grandes agglomérations
en eau potable et réaliser d’ici en 2012, dans toutes
les régions environ 1300 forages équipés à motricité humaine
et 25 adductions d’eau villageoises. Pour renforcer la
solidarité nationale, Gilbert Houngbo projette assurer
une protection sociale à la majorité des Togolais,
surtout les plus démunis et les plus vulnérables,
notamment les personnes âgées, les handicapés
et les enfants. La promotion de la femme devra être poursuivie.
Il est annoncé un ensemble de mesures hardies pour une
meilleure gestion de l’environnement et des catastrophes
naturelles. Les arts, la culture, les sports et les loisirs devront également être
promus.
La diplomatie
Il est annoncé la mise en œuvre d’une diplomatie à même
de faire redorer le blason au Togo et le faire entrer dans le
concert des nations, une diplomatie à retombées
positives pour le développement national et engagée
dans le processus d’intégration africaine. Ainsi
il est prévu d’élargir le cercle de la coopération à de
nouveaux partenaires, de la renforcer avec les pays émergents,
d’orienter davantage la diplomatie togolaise vers des partenariats
commerciaux et économiques, d’augmenter le nombre
des représentations diplomatiques au Moyen Orient et en
Asie, de consolider la place et le rôle du Togo dans les
organisations internationales et sous-régionales telles
que le Conseil de l’Entente, l’UEMOA, la CEDEAO et
l’Union Africaine.
Du réchauffé du programme Houngbo I
Il est loisible de constater que le programme présenté par
le Premier ministre vendredi est assez alléchant, et on
peut être tenté de jeter des lauriers au Technocrate
reconduit. Mais on est obligé de tempérer ses ardeurs
quand on fait une petite comparaison avec celui présenté par
Gilbert Fossoun Houngbo le mardi 16 septembre 2008 à l’entame
de son premier mandat. Ce n’est qu’une réactualisation
habile du programme d’alors. L’ossature y est. Les
mêmes réformes annoncées à l’époque
sont encore remises, comme s’il s’agissait de nouveautés.
Le Keynesien fraîchement nommé à la Primature
avait promis la matérialisation des réformes institutionnelles
et constitutionnelles recommandées par l’Apg du
20 août 2006 qui devraient concourir à l’apaisement
du climat politique et favoriser une élection présidentielle
démocratique et crédible. Mais cela n’a pas été fait.
Sur le plan de la relance économique, Houngbo avait inscrit
son action dans le cadre du Programme Intérimaire d’Actions
Prioritaires (PIAP) 2008-2010 qui retenait huit (08) secteurs
prioritaires: éducation, agriculture, eau et assainissement,
santé, énergie, infrastructures, bonne gouvernance
et action sociale. Presque deux (02) ans après, rien n’est
fait et ce sont les mêmes chantiers qui sont repris comme
priorités. Sur la plan socio-économique aussi,
ce sont les mêmes actions qui sont annoncées, sauf
que cette fois-ci le Premier ministre ne parle plus de «programmes
d’urgence» ou de «Document Stratégique
de Réduction de la Pauvreté (DSRP)» -Ah,
qu’on en a rebattu les oreilles des Togolais! Le refrain
de la bonne gouvernance, de la protection sociale et autre a été chanté en
septembre 2008. Mais il n’en a rien été dans
les faits, et les mêmes thèmes sont réintroduits
dans le nouveau programme, comme du neuf.
Tout comme la composition de l’équipe, le programme
du gouvernement actuel n’est qu’un réchauffé de
celui de 2008. Il n’y a là pas moins une volonté de
tromper la vigilance des Togolais. Cet aspect de la chose, nos «illustrissimes» députés
présents à la séance vendredi dernier devraient
le relever. Ils devraient surtout demander au Premier ministre
des explications au sujet de sa promesse, non tenue, de révolutionner
le quotidien des Togolais dans un délai de six (06) mois.
C’est un devoir d’élu du peuple. Mais nos
députés étaient plutôt préoccupés
par la contestation du Front républicain pour l’alternance
et le changement (FRAC). L’un a même assimilé ces
manifestations à des troubles à l’ordre
public et demandé leur interdiction. C’est cela
aussi le Togo.
Tino Kossi, Collaborateur Etiame.com |
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