Togo: Epuisé et «ruiné» par
des années de disette:
Dahuku Péré perd foi en
la lutte du peuple
09 juin 2010
Il se prenait encore hier aux meetings du FRAC comme l’un
des irréductibles opposants radicaux et n’hésitait
pas à haranguer la foule surexcitée et chauffée à blanc.
Dans l’une de ses rodomontades, il déclamait: «Nous
sommes prêts à verser notre sang pour que le Togo
soit libre». Vous l’avez certainement deviné,
il s’agit du président de l’Alliance, Dahuku
Péré.
Face à la fougue et à la détermination
dont il faisait montre lors des manifs de l’opposition,
beaucoup de Togolais patriotes avaient cru avoir enfin trouvé l’un
des combattants intrépides aux côtés de qui
ils pouvaient poursuivre la lutte. Ils avaient cru en lui, ils
pensaient que l’homme était sincère. Erreur!
Le désenchantement et la désillusion ont été grands.
L’histoire donne raison à ceux qui disaient que
le front regorge d’opportunistes qui veulent se servir
du mouvement pour avoir une place au soleil. Le potentiel sauveur
des Togolais n’a pas attendu le chant du cygne pour tourner
casaque.
Aujourd’hui, l’apprenti Chrétien n’est
que l’ombre de lui-même. Plus personne ne reconnaît
le Péré qui tenait il n’y a pas encore deux
mois des propos incendiaires à la plage de Lomé.
Aujourd’hui le président de l’Alliance brille
par son absence aux mouvements de contestation. Deux semaines
après la formation du gouvernement, il nourrit toujours
l’espoir que le jeune président lui fera appel à la
soupe du Rpt. L’ancien président de l’Assemblée
nationale était l’un de ceux qui ont manifesté l’intention,
comme d’autres leaders, de participer au gouvernement de «large
ouverture politique» initiée par Faure Gnassingbé.
Mais au dernier moment, il a été tout simplement
oublié. Naturellement, Dahuku a exprimé ses regrets.
Mais il ne perd pas la foi et croit dur comme fer qu’on
l’appellera à la mangeoire. «L’Alliance,
non seulement est disposée à saisir la main tendue,
mais encore à œuvrer ouvertement pour que cette
main tendue soit également saisie par d’autres,
notamment les partis politiques composant le FRAC»,
soutient-il.
Selon plusieurs sources concordantes, Péré ne
comprenant plus les stratégies mises en place par le FRAC
pour arracher la victoire, est lassé par les incessantes
manifestations de rue et la durée de la lutte. Ayant perdu
ses biens (matériel et financier) durant de longues années
de disette, il n’entend plus faire du surplace attendant
des lendemains plus enchantés. Voilà pourquoi,
il cherche à non seulement entrer au gouvernement à titre
personnel, mais aussi à y faire entrer certains de ses
collaborateurs et voir d’autres dans des cabinets et dans
certaines sociétés d’Etat.
Ne se trompe-t-il pas de lutte? Car à en croire des indiscrétions,
les caciques du RPT qui sont revenus dans le gouvernement, surtout
face au refus de Pascal Bodjona, ces obscurantistes n’entendent
pas pardonner à un Péré qui a «sali» le
nom du Rpt dans des moments difficiles et entendent le punir
pour sabotage. Pour eux, il n’est pas question de lui trouver
une «place au soleil» à un moment
où il ploie sous l’effet de difficultés financières.
Comme pour dire «qu’il crève».
Et Péré a eu tord de retourner dans les valises
du RPT, un parti dont il pense et dit tout le mal. Avec son dernier
retournement de veste, il est isolé politiquement, le
RPT n’en voulant pas, il ne peut plus faire marche arrière
pour réintégrer le FRAC, une coalition avec laquelle
il a fait campagne lors de la dernière présidentielle
au Togo et avec laquelle il s’est battu dans les rues de
Lomé pour exiger que la victoire soit attribuée à Jean-Pierre
Fabre.
Croisons donc les doigts pour que sa foi d’«apprenti
chrétien» le sauve.
J.S et R.K, Etiame.com |