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Togo: Manifestations contre la hausse
des prix du carburant:
Mardi chaud à Lomé, des
lendemains mouvementés en perspective pour le Togo
23 juin 2010
Il y a eu du "chaud" à
Lomé cette journée. Et les lanceurs de cailloux
affrontent toujours en ce moment l'armée du clan et du
régime togolais qui tirent à balles réelles
et au gaz lacrymo.
Pour protester contre la hausse
des prix du carburant décrétée unilatéralement
par Faure Gnassingbé et sans aucune concertation avec
les syndicats adéquats, les chauffeurs de taxi et de taxi-motos
généralement appelés "Zémidjan",
ont spontanément entamé une grève ce jour
22 juin bloquant les accès à
la ville de Lomé et des principaux artères de la
capitale. Comme à son habitude, la gendarmerie nationale
de Yark a envoyé ses hommes "gazé" une
première fois les manifestants pour finalement demander
une intervention de l'armée au niveau de la banlieue nord
de Lomé à Agoè. Malheureusement, on dénombre
deux morts et un blessé grave. C'est sur ce sang une nouvelle
fois versé, que Yark est arrivé
sur les lieux pour calmer les manifestants qui n'ont pas voulu
entendre raison. Actuellement la nationale N°1 qui mène à Agoè est
bloqué par l'armée. Les échauffourrées
continuent. Considéré par le RPT comme sa chasse
gardée, le quartier Agoè se révolte et ce
n'est que partie remise.
L’atmosphère politique était déjà tendue
depuis l’élection présidentielle du 4 mars
dernier. La contestation a pris son envol depuis le 6 mars, le
jour même de la proclamation des résultats provisoires.
La confirmation par la Cour Constitutionnelle, la prestation
de serment de l’« Heureux élu », la
nomination du Premier ministre et la formation du gouvernement
n’y ont rien pu faire. Le pouvoir pensait qu’en débauchant
certains membres de l’Union des forces de changement (Ufc),
il affaiblirait la contestation, mais l’entrée au
gouvernement des Amis de Gilchrist Olympio (AGO) n’a pas
eu d’effets. Chaque samedi ils sont plus nombreux, les
Togolais à descendre dans les rues pour protester contre
le hold-up électoral, décrier la mauvaise gestion
du régime en place et réclamer la victoire de Jean-Pierre
Fabre, et chaque mercredi à se retrouver au Temple Salem
de Hanoukopé pour prier Dieu d’intercéder
pour leur cause. A ce climat politique délétère
vient s’ajouter la grogne sociale. Le tout a formé un
cocktail molotov qui a explosé hier, ou commencé à péter,
inaugurant des lendemains surchauffés pour le Togo.
Un tel spectacle remonte aux années 90 marquant l’avènement
démocratique au Togo. Lomé était en ébullition.
Tout d’abord c’était le procès d’Agbéyomé Kodjo.
Comme lors des précédentes audiences, et à l’appel
des leaders du Front républicain pour l’alternance
et le changement (Frac), des militants sont sortis nombreux pour
suivre le procès qui vise la dissolution de l’Organisation
pour bâtir dans l’union un Togo solidaire (Obuts).
Mais ils en ont été empêchés par des
escouades de forces de l’ordre déployées
un peu partout aux abords du Palais de Justice, bloquant toutes
les voies y menant et armées jusqu’aux dents. Et
pourtant la loi dit que les audiences sont publiques et ouvertes
donc à toute personne. Des échauffourées
ont éclaté. Les éléments armés
ont fait usage de grenades lacrymogènes pour disperser
les militants déterminés à les défier.
C’était la débandade générale.
Dans leur repli, les manifestants ont dressé des barricades
un peu partout dans les environs du Palais de Justice. Il s’en
est suivi des jets de pierres. Des manifestants ont été pourchassés
jusqu’au grand-marché où les éléments
ont fait usage de gaz lacrymogènes.
Pendant ce temps, ça grognait aussi de l’autre
côté de la ville. Impossible de circuler. Des barricades étaient
dressées partout, troncs d’arbres par-ci, blocs
de pierres par-là. Cette manifestation visait à protester
contre l’augmentation des prix du carburant décidée
vendredi par le gouvernement sans aucun état d’âme.
Si la manifestation était organisée par le syndicat
des conducteurs de taxi qui prévoient une grève
de 72 heures, et devrait juste consister en une simple cessation
de travail, ce qui devrait paralyser la circulation en ville,
et ainsi pousser les décideurs politiques à revenir à la
raison, elle a tourné à l’émeute.
C’est tout le monde qui s’est senti concerné.
Les quartiers Adidogomé, Agoènyivé, Djidjolé,
Nyékonakpoè, Hanoukopé, Bè étaient
touchés. Des barricades furent dressées sur les
avenues et routes principales pour empêcher la circulation
en général. Tous les automobilistes ou motocyclistes
qui tentaient le forcing rencontraient la fureur des manifestants.
La plupart des passants étaient obligés de rebrousser
chemin ou de continuer leur trajet à pied. La circulation était
donc paralysée en cette matinée d’hier. Assoiffés
de la brutalité et de la force, les gouvernants, au lieu
d’écouter les manifestants et revoir leur décision,
ont plutôt envoyé des contingents d’éléments
des forces de l’ordre à leurs trousses, armés
de matraques et autres grenades lacrymogènes. C’est
ainsi qu’ils sont arrivés à enlever les barricades
sur certains axes et ainsi dégager la circulation. Mais
la répression ne s’est pas faite sans dommages.
On signale deux décès dans les rangs des manifestants
du côté d’Agoé et un autre à Bè.
Ce même jour de mardi, le personnel de santé devrait
commencer sa cessation de travail annoncée pour promesses
non tenues par le gouvernement et réclamer de meilleures
conditions de travail, à l’appel du Syndicat national
des praticiens hospitaliers du Togo (Synphot). Mais ils en ont été dissuadés
au dernier moment par les autorités compétentes.
Leurs responsables étaient à la table de discussion
avec les décideurs. Ce n’est là qu’une
suspension du mot d’ordre car ils promettent de mettre à exécution
leur menace s’il ne sort rien des discussions. Cela devrait
forcément arriver, car c’est le traditionnel dilatoire
fait par les autorités pour gagner du temps. Des employés
de Togocellulaire et ceux licenciés de l’ex-OTP
ont aussi manifesté dans la journée d’hier,
de même que les transitaires.
Entre-temps, c’est le monde estudiantin qui grognait.
Les étudiants des universités tant de Kara que
de Lomé réclament de meilleures conditions d’études
: paiement de bourses, construction d’amphithéâtres
etc. Ceux de Lomé ont récemment manifesté pour
entre autres, dénoncer les difficultés liées
au système LMD. C’était juste après
l’entrée en fonction du nouveau ministre de l’Enseignement
Supérieur, François Galley.
Au demeurant, c’est tout le front social qui est en ébullition,
et les lendemains promettent d’être mouvementés
au Togo. Il n’y a pas meilleur signe de mauvaise gestion
du régime en place.
Tino Kossi, etiame.com |
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