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Economie: Méchanceté et cynisme cru:

Les populations de Lomé sous les eaux, le gouvernement augmente les prix du carburant

23 juin 2010

Le ministre Gozan caricaturé par nos confrères de LibertéFaure Gnassingbé remercie «assez bien ses électeurs» est-on penser de dire. Les prix des produits pétroliers à la pompe ont augmenté depuis vendredi à minuit. Ainsi en a décidé le gouvernement Houngbo II. Le super sans plomb qui se vendait à 505 Fcfa le litre passe à 580 F cfa, le gasoil se vend désormais à 575 Fcfa contre 500 Fcfa auparavant, le pétrole lampant passe de 390 Fcfa à 475 Fcfa, le mélange 2 temps coûte désormais 650 Fcfa contre 575 Fcfa. Soit une hausse de 75 Fcfa en général par rapport aux prix pratiqués depuis la modification du 2 juillet 2009. Seul le prix du gaz butane n’a pas changé, la bouteille de 12,5 Kg reste vendu à 3500 Fcfa.

Les arguties du gouvernement
Comme il fallait s’y attendre, on avance l’argument de moyens pour continuer à maintenir stables les prix à la pompe. «Malgré l’existence depuis 2002 d’un mécanisme d’ajustement automatique des prix à la pompe, l’Etat a toujours fait en sorte de ne pas répercuter l’évolution réelle des cours mondiaux du pétrole et du dollar sur le prix à la pompe. Cette politique a engendré d’importantes dettes à l’Etat à l’égard des sociétés pétrolières, menaçant parfois dangereusement l’approvisionnement du Togo et la continuité des activités économiques. Il est apparu aujourd’hui que l’Etat n’a plus les moyens de sa politique de subvention et qu’il est devenu nécessaire de changer d’option, de doctrine et de s’orienter vers une politique de vérité des prix», s’est défendu le ministre du Commerce et de la Promotion du Secteur privé, Kokou Gozan, qui parle de «hausse conjuguée de 33% des prix du pétrole de référence, le brent de Rotterdam, et la hausse du cours du dollars», avant de tenter de calmer les douleurs: «Un mécanisme de lissage des prix qui évite de répercuter à la pompe les fortes fluctuations des cours mondiaux est en cours de préparation et permettra des modifications périodiques des prix en fonction de l’affrètement des cargaisons. Le ministère des Affaires sociales prendra des dispositions pour atténuer les effets de cette hausse chez certaines catégories de professionnels, notamment les transporteurs».

Quid de la Caisse de péréquation?
«Il y a ce qu’on appelle la caisse de la péréquation. Et il devrait y avoir beaucoup d’argent dans cette caisse à l’heure qu’il est pour qu’on ne nous parle plus d’augmentation du prix de l’essence. En réalité, cet argent a servi d’autres intérêts personnels», déplorait samedi le Professeur Aimé Tchabouré Gogué lors de la marche du Front républicain pour l’alternance et le changement (Frac). En effet, c’est loin d’être de la charité quand les prix à la pompe sont maintenus stables, il existe au Togo une caisse de péréquation, alimentée par un certain prélèvement sur chaque litre de pétrole vendu. Cette cagnotte constituée est censée servir à amortir les fluctuations du baril de pétrole sur le marché international, et ainsi éviter de faire répercuter ces hausses sur les prix à la pompe. Qu’en est-il alors aujourd’hui de cette caisse?   

Par ailleurs le gouvernement est prompt à faire répercuter sur les prix à la pompe toute hausse du baril de pétrole brut sur le marché international, mais ne se presse aucunement d’observer l’attitude contraire lorsque le baril baisse. Et avant de consentir à le faire, les gouvernants laissent stratégiquement les anciens prix décidés lors des hausses continuer à s’appliquer pendant un long moment. Ce sont ainsi des bénéfices énormes qui sont dégagés, et le bon sens aurait voulu qu’ils soient thésaurisés pour servir à amortir d’autres éventuelles hausses du baril. Mais Dieu seul sait ce à quoi ils servent au Togo. Et en plus les baisses des prix à la pompe des produits pétroliers décidés par le gouvernement après des tollés de la presse, de l’Association togolaise des consommateurs, de l’opposition politique et de la société sociale ne sont pas conséquentes. Cet éternel argument de manque de moyens pour stabiliser les prix souffre donc de consistance, et on a l’impression que les gouvernants prennent les Togolais pour des ignorants.

Drôle de gratitude de Faure Gnassingbé
Selon les résultats très officiels rendus publics, ils sont en tout un million deux cent quarante-trois mille quarante-quatre (1.243.044) Togolais à lui accorder leur confiance, soit 60,92 % des suffrages exprimés. Il a été rebattu les oreilles des Togolais que ces votants n’étaient pas que des militants du Rassemblement du peuple togolais (Rpt), mais que Faure Gnassingbé a grappillé un peu partout des voix, même au sein de l’opposition. Tout ce monde mérite d’être remercié par l’ « Heureux élu » pour cette confiance, de vive voix, ou tout simplement par une décision sociale de grande ampleur. Ce serait là une grande marque de gratitude. Ainsi il était attendu à l’occasion de l’allocution du 26 avril dernier marquant la célébration du cinquantenaire de l’indépendance du Togo. Mais Faure Gnassingbé n’a même pas daigné faire un clin d’œil à « ses » électeurs dans ce discours. Comme pour le faire de la plus belle des manières, il vient de décider d’augmenter les prix des produits pétroliers, remerciant ainsi tout ce beau monde en monnaie de… Sans langue de bois, cela frise de l’ingratitude manifeste à l’endroit de ses électeurs, du peuple togolais tout court.

Méchanceté et cynisme cru
Ces mots pourraient paraître assez forts, mais ils traduisent assez bien la situation. Ce n’est certes pas la première fois que les prix du carburant sont augmentés au Togo, mais cette dernière hausse choque le bon sens, au regard des engagements du gouvernement Houngbo II, et du contexte actuel.

En effet, même si le Premier ministre lors de la présentation de son discours programme aux députés le 04 juin dernier n’a plus promis des miracles pour six (06) mois afin de révolutionner le quotidien des Togolais, il a tout de même placé le bien-être social des populations parmi ses préoccupations. Il est dit que le mandat actuel sera plus économique, contrairement au premier qui était plutôt politique – et ça aussi, c’est seulement à l’heure du bilan du précédent catastrophique que la précision a été faite, histoire d’amortir les critiques -, et ainsi c’est le quotidien des populations qui devrait s’en ressentir. Mais voilà que la toute première décision sociale prise par ce gouvernement Houngbo II est de les saigner davantage.

Le bon sens est davantage choqué que cette décision soit prise au moment même où les populations de Lomé luttent contre les eaux. La capitale est sous les eaux, avec les pluies qui tombent depuis un certain temps. Si ce sont quelques quartiers seulement comme Adakpamé, Zorro Bar et environs qui étaient touchés au début de la saison pluvieuse, presque tous les autres le sont aujourd’hui, et le pic a été atteint dans la nuit du samedi à dimanche derniers. La pluie est source de désolation un peu partout ; rues et maisons archi inondées, chambres envahies, biens matériels détruits, immeubles effondrés, habitants sans abris, le spectacle est désolant. C’est le dépit un peu partout, que ce soit à Adakpamé, Nukafu, Nyékonakpoè, Kodjoviakopé, Adidogomé, Agoènyivé, et les sinistrés ont plus que jamais besoin de soutien moral. Mais c’est ce moment même qu’ont choisi les gouvernants pour crucifier les populations en décidant d’augmenter les prix des produits pétroliers. Cela s’appelle de la méchanceté, du cynisme cru.

Tino Kossi, collaborateur etiame.com

 

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