Togo: Violente répression policière
et militaire:
3 morts (victimes civiles) à Lomé le
22 juin 2010
23 juin 2010
COMMUNIQUE 22 juin 2010
LE PRIX DU MEPRIS!
Face à la cristallisation de la colère sociale
dans un contexte de grève des transporteurs (taxis, taxi
motos notamment) et prochainement du personnel hospitalier, quasiment
tous les quartiers de Lomé sont en émeute. Une
pluie de gaz lacrymogènes s’abat sur les manifestants à l'heure
actuelle, et la tension est très vive. Des jeunes en furie
font face aux forces de sécurité et le bilan de
ces manifestations spontanées à l'heure actuelle
est de 3 morts que nous déplorons parmi les civils.
Vu la violence policière connue de nos forces de sécurité,
le pire est à craindre pour la suite en matière
de respect des droits humains alors même qu’il est
procédé à des arrestations de manifestants.
La situation explosive à Lomé interpelle l'opinion
internationale et les organisations de défense des droits
de l'homme afin qu’elles usent sans délai de leur
influence pour réclamer une enquête internationale
sur ces événements sanglants, et prévenir
de nouvelles violations massives des droits humains dans le contexte
postélectoral actuel très tendu au Togo.
En superposant un aspect social et économique, nettement
chargé de symbolique, la journée du 22 juin 2010
avec le sang de nos compatriotes tombés au nom de la Liberté et
de la Dignité, marque donc un tournant majeur dans la
grave crise politique issue de l’élection présidentielle
du 4 mars 2010, et dans le combat pour l’exigence de vérité des
urnes et des comptes, mené depuis bientôt quatre
mois par des filles et fils du Togo, de plus en plus nombreux à travers
tout le pays.
Rien ne justifie une telle barbarie meurtrière à l’égard
de manifestants aux mains nues, qui ne réclament que leur
droit à plus d’humanité face à une
prévarication sans nom des ressources du pays ! Absolument
rien ne peut consoler la douleur de tout un peuple meurtri par
le mépris de ses gouvernants qui contre toute vérité des
comptes publics, oppose une hausse difficilement défendable
des prix des produits de première nécessité !
Les événements tragiques de ce jour ne sont que
des révélateurs par excellence de l’indicible
détresse d’un peuple à bout de souffle. Il
s’agit bien de l’éclatante preuve du prix
du mépris du peuple togolais par Faure GNASSINGBE et affidés!
Nous nous inclinons devant la mémoire de nos victimes
et prenons l’engagement résolu de leur faire justice.
Nul doute que ces événements ne sont guère
sans lien avec l’autisme politique du pouvoir usurpé en
place à Lomé ! C’est aujourd’hui en
effet que devait se tenir à huis clos, devant le Tribunal
de Première Instance de Lomé, l’audience
contradictoire devant statuer sur l’interdiction définitive
ou non du Parti politique Organisation pour Bâtir dans
l’Union un Togo Solidaire (OBUTS). Un procès au
motif fallacieux contre lequel des milliers de togolaises et
togolais se mobilisent depuis des semaines et crient avec furie
leur droit inaliénable à la liberté d’expression
politique nonobstant toutes les mesures coercitives déployées
par le régime autiste de Faure GNASSINGBE.
Ce fut peine perdue! Ce mardi 22 juin, malgré un déploiement
de forces de l’ordre trois fois plus important que la 15
juin, les combattants de la liberté avaient répondu
encore plus nombreux à l’appel lancé samedi
dernier par Agbéyomé KODJO et Jean-Pierre FABRE,
le FRAC, le CVU et de nombreuses organisations de la société civile, à venir
soutenir l’exigence de liberté d’expression
politique au Togo!
Mais ce que n’avait pas prévu le pouvoir, c’est
que la contestation populaire qui s’exprime tous les samedis
au Togo, depuis la dernière élection présidentielle
pour exiger la vérité des urnes et des comptes,
allait revêtir le caractère social et économique
qu’il a été incapable d’anticiper.
Ce même 22 juin, le SYNPHOT (Syndicat des personnels hospitaliers
du Togo) a déposé un préavis de grève,
pour réclamer au gouvernement HOUNGBO II, les 4 engagements
majeurs que le gouvernement HOUNGBO I avait pris à l’égard
des personnels hospitaliers, dans un «mémorandum» signé avec
5 syndicats le 18 décembre 2008 à Atakpamé.
Le SYNPHOT explique aujourd’hui qu’après
plus de 18 mois: aucun des 4 principaux points évoqués
n’est totalement satisfait et 950 agents attendent toujours
leur dû. «Les accords d’Atakpamé étaient
simplement destinés à flouer le corps de la santé et à casser
l’élan pris par notre action syndicale».
A ce mouvement des personnels hospitaliers, est venu se greffer,
ce même 22 juin une action spontanée des taxis et
taxis-motos (ZEMIDJAN), dans l’ensemble de la ville de
Lomé, pour protester contre l’augmentation exponentielle
des prix des carburants décidée le 18 juin par
le gouvernement avec prise d’effet immédiate dès
le 19 juin, dont l’augmentation varie de + 12,6% pour le
super sans plomb, à + 13,05% pour le mélange deux
temps, et explose à + 27 % pour le pétrole lampant,
rendant quasiment impossible l’activité des taxis-motos,
compte tenu de leurs niveaux de revenus, qui reste la question
centrale au cœur du marasme économique auquel est
confronté le pays, du fait de l’incurie de la gouvernance
politique actuelle.
La gouvernance HOUNGBO II débute sous les plus mauvais
auspices, mais ne constitue pas une surprise, puisqu’elle
n’est en fait que la continuité de la gouvernance
désastreuse de Faure GNASSINGBE et des divers gouvernements
qui se sont succédé sous sa présidence depuis
2005.
Plus clairement, cette nouvelle partie de bras de fer hélas
meurtrière entre le gouvernement et le Peuple togolais,
illustre parfaitement ce que nous ne cessons de dénoncer, à savoir
qu’on ne peut pas faire confiance à un Président
et à un gouvernement qui ne respectent pas leurs engagements écrits
et signés. Elle illustre aussi l’échec patent
de la tentative d’étouffement de la contestation
populaire articulée autour de la vérité des
urnes et des comptes publics, nonobstant l’entrée
tant claironnée de Gilchrist OLYMPIO et de ses proches
au fameux Gouvernement de Large Ouverture et de Grandes Compétences
(GLOC)!
En ce sens la grave crise politique qui secoue le Togo
aujourd’hui est d’abord et avant tout une crise de
confiance entre les citoyens et des gouvernants que, de surcroît,
ils n’ont pas choisis.
Nous soutenons sans réserve tous les travailleurs de
ce pays, qui luttent pour faire respecter leurs droits, en exigeant
leur dû et une gouvernance qui les respecte, qu’ils
soient personnels hospitaliers, taxis ou taxis-motos, ou de tout
autre secteur d’activité.
Sous le triple aspect politique, social et économique,
cette situation de crise qui ne cesse de s’amplifier, démontre à tous
ceux qui pouvaient douter encore, tant au Togo qu’au sein
de la Communauté internationale, qu’on ne peut
bâtir dans le contexte actuel une société de
confiance.
La preuve vient d’être faite une nouvelle fois que
la solution à la grave crise politique du Togo n’est
pas un gouvernement d’union, mais bien un gouvernement
de transition à terme et à mandat précis,
auquel seront parties prenantes tous les partis ayant pris part
au scrutin présidentiel du 4 mars 2010.
En fait, la lutte sociale des personnels hospitaliers ou des
taxis et taxis-motos, rejoint sur les motivations de fond la
lutte que mène semaine après semaine une immense
majorité de filles et de fils du Togo tout entier, pour
la vérité des urnes et des comptes. Car c’est
sur la seule Vérité des Comptes que peut être
bâtie une politique nouvelle de justice sociale qui puisse
commencer à satisfaire les besoins des populations et
de tous les travailleurs du Togo !
Pour l’ensemble de ces raisons, nous appelons tous les
travailleurs et tous les corps sociaux à rejoindre sans
réserve la résistance citoyenne!
En avant la Résistance citoyenne, et que Dieu bénisse
le Togo!
Lomé, le 22 juin 2010
Agbéyomé KODJO
Coordinateur Provisoire Collectif pour la Vérité des
Urnes (CVU). |