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Que dire du silence coupable des élites:
Face à la persistance des entraves
aux droits et libertés au Togo?
23 juin 2010
«…Si vous entrez dans l’univers des significations,
il n’y a plus rien à faire pour en sortir» disait
Jean Paul Sartre.
La situation sociopolitique togolaise préoccupe tous
les Togolais sans distinction aucune. Toutes les catégories
socioprofessionnelles y accordent un certain intérêt.
Les défenseurs des droits de l’homme s’activent
plus pour extirper le pays du gouffre dans lequel il s’est
enlisé depuis des décennies. Ils sont sans relâche
en situation, leur implication dans la défense des droits
de l’homme a permis de limiter un temps soit peu les abus
du pouvoir des autorités et d’affranchir des griffes
des bourreaux quelques jeunes et militants de l’opposition
arrêtés de façon arbitraire pendant les manifestations
qui ont suivi la proclamation des résultats issus du scrutin
présidentiel du 04 Mars 2010. Même si leurs cris
ne sont pas souvent écoutés ils continuent sans
répit à manifester leur indignation face aux «dérives
politiques». Les médias, quant à eux,
bien que bipolarisés, apportent leur pierre à la
construction du «grand édifice de démocratie» que
le Togo rêve de construire avec ou sans la participation
de certaines personnalités de l’opposition. De toutes
les façons, tout le monde, hormis l’intelligentsia
togolaise, se prononce sur la situation politique inquiétante
au Togo et joue pleinement sa partition. Pourquoi ce silence
de la part des universitaires? A défaut de parler pourquoi
ne peuvent-ils pas écrire des lignes pour empêcher
les violations des droits d’une manière générale
et des droits de l’homme en particulier?
En temps de crise, les yeux de la société que
sont les universitaires ont une grande responsabilité à assumer,
leur tête et leur main doivent être mises au service
des autres. Leur mission est d’être un guide qui
doit constamment éclairer le peuple et lui montrer la
voie à suivre. Mais les intellectuels des deux universités
du Togo n’ont, semble t-il, rien à dire en ces temps
cruciaux. Il est évident que nombreux d’entre eux
ont beaucoup à dire mais la peur de se retrouver derrière
les barreaux les a plongés dans une totale léthargie.
Quelle différence entre vivre à genoux et vivre
dans les grilles pour avoir dit la vérité ? Les
quelques courageux qui lèvent la tête pour lancer à la
volée quelques mots n’ont pas suffisamment d’énergie
pour continuer à dire non aux bavures des politiques qui
partagent le quotidien du Togolais.
Cette indifférence n’est pas le fait d’un
hasard. Le système politique mis en place au Togo a consisté à affamer
le peuple en payant un salaire de misère aux universitaires
les obligeant indirectement à demander de l’aumône
aux dirigeants. Soit l’on épouse les principes du
système et l’on se couche dans un lit doré ou
soit l’on s’inscrit en faux non contre les gouvernants
mais leurs politiques et l’on est perçu comme un
mauvais esprit à écarter. Toute tentative de contestation
ou plutôt de revendication pour l’amélioration
des conditions de vie des étudiants et des enseignants équivaut à un
licenciement pur et simple. Un autre aspect plus surprenant est
que de mauvais grains sont parsemés un peu partout dans
le champ des étudiants et du corps enseignant, ce qui
compromet tout effort de réclamation. Au total les droits
de l’homme sont quotidiennement violés partout au
Togo sous le regard ahuri des éclaireurs animés
d’un mutisme inouï.
Ce silence devient en lui-même significatif et pourrait
de ce fait être assimilé à une complicité voire
une compromission.
Certes le chemin va être très long mais le droit
triomphera puisque c’est à tous les Togolais que
revient la responsabilité de défendre les droits
de l’homme et de préserver la dignité humaine.
Il faut dans la mesure du possible transcender sa peur pour faire
face à la dure réalité togolaise. Rien ne
peut faire sombrer le courage d’un vrai combattant. Il
ne faut jamais croire que la lutte d’AGBOBLI Kokouvi Atsutsè,
politologue, historien et opposant intransigeant du régime
en place, «assassiné» nuitamment
(selon certains responsables politiques de l’opposition
parce qu’il n’avait jamais eu sa langue dans la poche),
le 15 Août 2008, a été une vaine lutte. Il
a su, par son engagement, marquer positivement son temps et le
peuple togolais lui en serait à jamais reconnaissant.
Cet article est un cri de détresse lancé à tout
intellectuel qui veut bien l’entendre et qui veut apporter
un plus à la défense des droits de l’homme.
Il est grand temps que les universitaires, surtout ceux qui connaissent
le droit et/ou la politique, dépassent «le droit
ou la politique des amphis» pour se mobiliser et changer
le cours de l’histoire togolaise. Rien ne sert aussi de
s’égosiller dans les salles de conférence,
il faut sortir de l’université et parler au peuple
puisque votre bouche sera celle de ceux qui s’affaissent
au cachot du désespoir. Finis les colloques des rhéteurs
et des théoriciens en droit ou en politique, organisés
le plus souvent avec des moyens colossaux! Le peuple est meurtri,
son droit est violé, les mains de sa liberté sont
liées. Il a urgemment besoin de vous pour retrouver ses
droits et libertés fondamentaux. La dignité humaine
est sacrée et à ce titre est inviolable et non
négociable. Quels que soient les obstacles qui se dresseront
devant les porteurs de flambeau, l’on croit que, de façon
diplomatique, ils sauront comment s’y prendre. Mais au
cas contraire leurs hautes études n’auront servi à rien.
Mais il n’est jamais trop tard tout le monde peut encore
se rattraper. A vos stylos, prêts, partez!
Par HOUNKPATI K. Brice |
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