Conférence de Lille Organisée
par le PS:
Déclaration de François
BOKO
26 juin 2010
Monsieur le 1er Secrétaire de la Fédération
du Nord du Parti Socialiste,
La diaspora togolaise de Lille vous a sollicité d’organiser
cette conférence sur la situation politique au Togo. Vous
y avez accédé. Je me plais à saluer la solidarité et
l’audace dont vous faites ainsi preuve. Solidarité avec
tout le peuple togolais en lutte pour recouvrer sa liberté.
Audace surtout, dans un contexte où la détermination
de certains démocrates togolais semble s’émousser
face aux difficultés. Le peuple togolais sait apprécier
profondément cette solidarité et cette audace.
Soyez-en remercié.
Depuis 1990 le peuple togolais lutte pour construire un Etat
de droit viable et moderne, une nation où ses enfants
pourront un jour vivre en harmonie et s’épanouir.
Les Togolais savent mieux que quiconque que cette ambition est
une œuvre de longue haleine. C’est un processus,
un défi, une construction qui nécessite un travail
et un effort soutenus et permanents. Les démocrates togolais
s’y attèlent avec courage, détermination
et lucidité malgré les embuches.
Depuis 5 ans la lutte que mène le peuple togolais
a changé d’enjeu. L’objectif demeure, certes,
de bâtir une démocratie viable. Mais les Togolais
sont décidés à relever un nouveau défi. Lutter
contre une monarchie de fait. Celle qui lui est
imposée par la force des armes et la suprématie
d’un clan et d’une famille. Une famille qui malgré ses
divisions, ses échecs et les atrocités dont elle
s’est rendue coupable, a pris en otage tout un peuple.
Ceci parfois sous le regard complaisant de la communauté internationale
qui sous prétexte de stabilité n’est
pas en cohérence avec les nobles idéaux qu’elle
professe par ailleurs.
Mesdames, Messieurs, si vous le permettez je compte présenter
la situation politique togolaise sous trois axes. D’abord
je vais vous donner une analyse succincte de la situation politique
actuelle. J’aurai soin de mettre en évidence la
fragilité de cette situation, qui nous fait craindre le
pire. Je vous indiquerai ensuite ce que comptent faire l’ensemble
des démocrates togolais réunis au sein du FRAC pour
redonner espoir aux populations. Enfin je laisserai le soin à mon
aîné Kofi de nous dire ce que les démocrates
togolais attendent comme soutien de nos amis et partenaires.
Il le fera à partir de sa propre analyse des événements
et de la situation. Il saura vous montrer à quel point
la cassure entre le pouvoir dynastique de Lomé et le peuple
togolais est de plus en plus nette.
Une situation politique précaire
La dernière élection présidentielle au Togo
devait permettre à ce pays de tourner les pages sombres
de son histoire récente. Une histoire marquée par
des élections frauduleuses à répétition,
et suivies des contestations populaires dont la répression
faisait déplorer des morts, des blessés et de nombreux
refugiés. Pour en arriver à cette élection,
la classe politique s’est entendue le 20 août 2006
pour opérer les réformes constitutionnelles et
institutionnelles. Ces réformes étaient nécessaires
pour permettre de poser les bases d’une vraie démocratie
au service du développement du pays. Mais une fois
de plus, le pouvoir en place au Togo a usé de tous les
moyens pour se soustraire à ses engagements, des engagements
contenus dans l’Accord Politique Global. La réalisation
de cet Accord aurait permis d’organiser un scrutin véritablement
libre, démocratique et transparent. La conséquence
de ce refus de respecter ses engagements est l’imbroglio
politique dans lequel se trouve le Togo. A la place d’une élection
transparente à la ghanéenne, comme l’avait
promis Faure Gnassingbé à la communauté internationale
en Janvier 2009, le régime est resté fidèle à sa
duplicité. Il a suivi un processus électoral frauduleux
et contrôlé par lui (2). Cette élection truquée
a ouvert la voie à une contestation populaire comme on
n’en avait jamais vue dans l’histoire politique de
notre pays (3).
1) Mise en œuvre très limitée de
l’Accord Politique Global (APG)
Un bref rappel est utile pour replacer dans son contexte l’Accord
Politique Global. Le 5 Février 2005, quelques heures après
le décès du général Eyadema, ses
deux fils Faure Gnassingbé et Kpatcha Gnassingbé jouent
et surfent habilement sur la peur et l’émotion
populaires. Ils prennent en otage une partie de la hiérarchie
militaire en utilisant la partie la plus fidèle au clan
présidentiel de l’armée et de la troupe.
Grâce à cet appui, ils s’imposent immédiatement
au sommet de l’Etat. L’avion qui achemine le successeur
constitutionnel est empêché d’atterrir. Pendant
ce temps, le chef d’Etat Major des Forces Armées
Togolaises viole les règles constitutionnelles en intervenant
sur les ondes nationales pour confier le pouvoir d’Etat à Faure
Gnassingbé. Il s’en suivra alors une série
de passe- passe juridiques dont seul le professeur Charles Debbasch
possède le secret. En quelques heures Faure Gnassingbé perd
sa fonction de ministre pour devenir simple député puis
président de l’assemblée nationale et de
droit président de la république par intérim.
Il succède ainsi à son père. Au passage,
pour les besoins de cette manœuvre dynastique, la Constitution
est modifiée en commençant par les dispositions
qui interdisent formellement toute révision constitutionnelle
en période de vacances. Le scandale fut tel que la communauté internationale
se résout à imposer un semblant d’élection
pour sauver les apparences. Hélas ! ce qui était à l’origine
un simple exercice pour sauver les apparences d’une succession
grotesque s’est transformé en un processus électoral
sanglant et chaotique. Le monde entier découvre un pouvoir
décidé à user de tous les moyens pour se
maintenir en dépit de la contestation populaire. La mission
d’enquête de l’ONU confirme 500 morts tandis
que les organisations des droits de l’homme estiment à un
millier le nombre de Togolais qui ont disparu dans cette tragédie électorale.
L’émoi suscité par les résultats de
l’enquête de l’ONU obligea y compris les soutiens
les plus inconditionnels du clan Gnassingbé, en particulier
le président Chirac, à subordonner la reconnaissance
de cette élection à l’ouverture d’un
dialogue avec l’opposition. En août 2006 une
feuille de route politique sous forme d’Accord Politique
Global est arrachée au forceps, et en septembre 2006 le
président Chirac reçoit à l’Elysée
Faure Gnassingbé.
La feuille de route de l’APG comporte quatre exigences
essentielles pour ramener la confiance et sauver la démocratie
au Togo:
- la mise en examen des auteurs présumés formellement
identifiés par les investigations de la mission d’enquête
de l’ONU, pour lutter contre l’impunité;
- un régime constitutionnel nouveau consacrant comme
dans la plupart des pays de l’Afrique de l’ouest, à la
fois une limitation de la durée du mandat présidentiel
et un équilibre des pouvoirs entre le président
de la république et le premier ministre;
- la réforme de l’armée et des forces de
sécurité, pour aller vers une armée républicaine
conforme aux impératifs de l’Etat de droit;
- enfin, le découpage électoral, la réécriture
de la loi électorale selon le modèle des standards
internationaux en la matière, pour réconcilier
le pouvoir d’Etat avec la volonté populaire
et éviter les élections frauduleuses.
Au final cette feuille de route a permis de légitimer
le pouvoir de Faure Gnassingbé et n’a pourtant pas été respectée.
La lutte contre l’impunité est demeurée un
vœu pieux. Le pouvoir a mis en place une commission «vérité et
réconciliation» dépourvue de moyens,
qui se borne à prêcher le refrain de la réconciliation
nationale. Les auteurs des massacres de 2005 déambulent à Lomé et
sont encore aux commandes de l’armée et de
la gendarmerie. Les plaintes portées devant les juridictions
ne sont même pas instruites. Pire : la découverte
sur la plage de Lomé en Juillet 2008 du corps de l’ancien
ministre de la communication Atsutsé Agbobli, président
du parti d’opposition parti d’opposition MODENA,
décédé dans des conditions mystérieuses,
montre encore le refus du régime de combattre l’impunité.
2) Une élection présidentielle truquée:
la fraude électorale comme alternative et antidote à la
violence?
Les fraudes ont permis au régime de s’assurer
une victoire sans compromettre la vie des populations. Ce cynisme
politique que certains pourront qualifier de real politique
a été le grand compromis qui ne dit pas son
nom. En réalité, cette « avancée » est
le résultat de l’application à géométrie
variable de l’APG. Le grand défi n’était
pas l’expression libre et démocratique du peuple
togolais à travers les urnes. Il était plutôt
question d’éviter par tous les moyens de renouveler
les violences de 2005. Le pari d’éviter la violence
a été gagné par le régime. Contrairement à l’élection
de 2005, celle de 2010 n’a pas fait de victime. Ceci est
la seule avancée de ce processus électoral au cours
duquel bien des observateurs ont choisi de fermer les yeux. Mais
la transparence d’une élection ne saurait s’apprécier
uniquement par rapport à la gestion moins brutale de la
contestation. Toujours est-il que pour arriver à ce résultat
la démarche de fraude a été bien huilée
tant en amont qu’en aval.
En amont, la fraude a commencé depuis l’inscription
sur le fichier électoral. Dans certaines zones rurales
supposées acquises au régime et surtout loin des
projecteurs, la procédure d’inscription a été allégée,
ce qui a ouvert la voie à des inscriptions de mineurs.
A l’inverse, dans les zones urbaines où l’opposition
est bien implantée, les procédures d’inscription
sont rendues rigides et sans aménagement pour empêcher
les nouvelles inscriptions. Moralité, tandis que le fichier électoral
explose dans les milieux ruraux dépassant parfois les
90 pour cent de nouveaux inscrits par rapport aux listes électorales
de 2007, dans les zones urbaines l’augmentation ne dépasse
guère 10 pour cent. Cette situation expressément
orchestrée par le régime a laissé hors du
fichier électoral une grande partie des Togolais.
Dans la même logique, dans les zones urbaines la distribution
des cartes d’électeur a été expressément émaillée
d’embuches et mieux mise en œuvre dans les zones
rurales. 96 pour cent des cartes ont été distribuées
dans les zones rurales contre 45 pour cent dans les grandes villes.
L’objectif poursuivi est d’avoir un fichier électoral
potentiellement favorable pour mieux organiser la fraude en aval
En aval la fraude a été davantage perceptible.
Malgré le consensus obtenu à la CENI (commission électorale
nationale indépendante) sur l’adoption des bulletins
de vote à souche censés garantir la traçabilité et éviter
l’usage des bulletins pré-remplis, le régime
s’y opposa à la dernière minute. Même
la procédure d’authentification des bulletins
de vote obtenue comme un compromis a été dénoncée
et refusée par le régime. La voie a ainsi été ouverte à l’achat
des votes.
La veille du scrutin, des militaires en tenue civile sont allés
remettre de l’argent et des bulletins de vote déjà cochés à la
case “Faure Gnassingbé”. Cette fraude a été possible
en raison du refus d’authentifier les bulletins. Or, cette procédure
avait été proposée par l’opposition et soutenue
par les experts de l’Union européenne.
La fraude a été aussi orchestrée en aval,
après le vote, par la substitution des originaux des procès-verbaux
authentiques par des procès-verbaux de résultats
pré-remplis.
Mais la fraude la plus scandaleuse a été orchestrée
pour empêcher la publication des résultats de vote
en temps réel. Les experts électoraux de l’Union
Européenne se sont rappelés le scrutin des législatives
de 2007, et ont décidé en accord avec la CENI de
financer à hauteur de 1 million d’euros un mode
de transmission des résultats par VSAT afin de garantir
leur instantanéité et leur intégrité.
Un consensus s’est formé sur cette procédure
au sein de la classe politique et a permis de mettre en
place le dispositif. Des appareils Vsat ont été installés dans
chaque préfecture, 35 au total, reliés à un
central à Lomé. Chaque commission électorale
locale indépendante (CELI) devait envoyer ses résultats
par satellite. Après le vote, tandis que les premiers
résultats commençaient, la panique gagna le régime
qui finit par mettre fin à cette transmission instantanée en
prétextant une panne. Les 35 présidents furent
invités à acheminer par la route et par avion les
résultats, ce qui bien évidemment donnait du temps à des
manipulations. Voilà comment le régime a manipulé les
résultats pour s’imposer.
Certains résultats immédiatement sortis des urnes
dans la capitale et dans certaines zones urbaines ont pu échapper à la
manipulation, grâce à la présence des observateurs.
Le décompte de ces résultats a donné une
large avance au candidat de l’opposition. Les représentants
de l’opposition dans les bureaux de vote ont gardé leur
copie des PV authentifiés de certains résultats.
Ils les ont centralisés à Lomé, et ont ouvert
un centre dans une église de la capitale, à Tokoin-Séminaire,
pour agréger les résultats.
Ces PV authentiques auraient pu permettre une contestation,
par voie légale, des résultats fabriqués
par le pouvoir. Quand la gendarmerie a eu vent de ce projet,
elle est allée malgré la présence des experts
de l’Union Européenne, saisir ces pièces
et les a brulées. Les seuls éléments de
preuve dont disposait l’opposition pour faire un recours
devant la Cour constitutionnelle ont ainsi disparu. Du reste
et en dépit du traditionnel langage diplomatique, et face à l’ampleur
de la fraude, les langues des diplomates de l’Union Européenne,
principal bailleur de fonds de ce processus, se délient.
Accusé de complaisance vis-à-vis d’un pouvoir
vomi par le peuple togolais, et surtout mis à l’index
par le fait que 16 millions d’euros du contribuable européen
ont servi à valider la fraude, un diplomate européen
laissa échapper, je cite «Si l’Union européenne
n’avait pas financé, elle se serait privé d’un
droit de regard. L’élection aurait été encore
pire.»
3) Contestation populaire et impasse politique
depuis l’élection confisquée
En dépit de ces fraudes flagrantes, la CENI et la Cour
constitutionnelle avalisent le processus et déclarent
gagnant Faure Gnassingbé fils du général
Eyadema avec 60 pour cent des voix. Les populations contestent
bien évidemment ces résultats. Pour étouffer
cette contestation populaire, le régime procède à la
répression brutale avant d’envisager des solutions
plus pernicieuses.
- Répression et arrestations arbitraires
La répression s’abat, pour étouffer la résistance
des populations face à ce vol de leur vote. Pour échapper à la
répression l’opposition en particulier l’UFC
(Union des forces de changement) ont tiré les leçons
du passé et délocalisé le centre de compilation
des résultats dans un endroit à forte charge symbolique :
le CESAL, un centre tenu par l’Eglise catholique. Mais
c’était sans compter avec la détermination
du régime pour effacer toutes les preuves de sa forfaiture.
La gendarmerie fait une descente musclée au centre de
compilation des résultats du FRAC, emportant hommes, ordinateurs,
et les PV qu’ils s’empressent de détruire
aussitôt. La situation post électorale se dégrade
et le pays s’enferme dans une spirale de contestation des
résultats, qui entraîne répressions, arrestations
et descentes musclées. Les partis politiques ne sont pas épargnés.
Le siège de l’UFC est investi et saccagé par
les forces de l’ordre qui emportent sur leur passage le matériel
de sonorisation, de l’argent et du matériel appartenant
au parti. Les séances de prière organisées
par l’église méthodiste en son sein pour
contenir la colère des populations sont dispersées à coup
de gaz lacrymogène. Et les domiciles de certains leaders
du FRAC sont assiégés dans le but de les empêcher
de rejoindre les manifestations populaires.
L’objectif du régime est double : effacer les éléments
de preuve attestant de l’ampleur de la fraude et pouvant
le confondre ; étouffer la contestation populaire.
Si le régime a réussi son premier objectif, le
second est plus difficile à atteindre tant la détermination
populaire est loin de s’émousser.
- La rue comme alternative?
Trois mois après le scrutin du 4 mars, des dizaines de
milliers de Togolais continuent de marcher dans les rues de la
capitale pour contester la victoire de Faure Gnassingbé et
exiger la transmission du pouvoir à Jean-Pierre Fabre
le véritable vainqueur. Chaque samedi, des milliers de
Togolais battent le pavé pour revendiquer la victoire
du candidat du FRAC. Dans l’histoire politique du Togo,
jamais une telle détermination d’un peuple décidé à prendre
en main son destin n’a été observée.
Ces manifestations qui se déroulent dans la capitale sont
systématiquement interdites par le pouvoir à l’intérieur
du pays. Mais pour les milliers de Togolais qui continuent de
manifester, le vainqueur du scrutin du 4 mars dernier est bien
le candidat du FRAC. Il se trouve aujourd’hui que la situation
au Togo est bloquée malgré la prétendue
victoire de Faure Gnassingbé à 60%. Cette situation
se dégrade de jour en jour. Il est vrai que le pouvoir en
plein désarroi et aveuglé par l’obsession
manipulatrice ne cesse d’aller de bourde en bourde. Alors qu’il
est contraint de tendre la main à l’opposition,
le régime refuse de dialoguer avec le candidat du FRAC
que les résultats officiels créditent tout de même
de 33 pour cent. Le pouvoir a préféré, pour
faire diversion, sceller un accord avec un Gilchrist Olympio
totalement en perte de vitesse dans l’opinion depuis qu’il
a décidé de faire le jeu du pouvoir au détriment
de l’alternance que réclament les populations. Le
but de cette manœuvre est d’égarer l’opinion
nationale et internationale. Mais cet accord entre monsieur Olympio
et le pouvoir RPT n’est pas reconnu par les instances de
l’UFC, et encore moins par la population excédée
par 43 ans de règne dynastique et d’autocratie.
Comme si la situation particulièrement délétère
que fait naître un scrutin manipulé ne suffisait
pas, le régime se lance dans la provocation. En décidant
de dissoudre le parti OBUTS de l’ancien Premier ministre
Agbeyomé Kodjo, le pouvoir de Faure Gnassingbé a
oublié que les temps ont changé et que ce genre
de méthode d’un autre âge ne saurait prospérer.
Il en est de même de la hausse du prix du carburant entre
12 et 27 pour cent décidée sans concertation avec
les forces sociales, alors qu’il existe une caisse de stabilisation. Pourtant
celle-ci aurait dû permettre de faire face
aux fluctuations du cours mondial du baril.
Ces actes indécents que pose le régime révèlent
le grand mépris que les dirigeants ont pour l’aspiration
profonde des Togolais au progrès et au changement. Les
forces syndicales, en particulier celle des agents hospitaliers,
en ont fait l’amer constat avant de conclure en appelant à une
grève, je cite: «Aucun des 4 engagements
principaux prévus dans les accords n’a été satisfait
et 950 agents attendent toujours leur dû. Les accords étaient
simplement destinés à flouer le corps de la santé et à casser
l’élan de l’action syndicale».
En réalité l’autisme politique dont fait montre
le pouvoir n’a rien d’étonnant. Les finances publiques
ont été éprouvées par la campagne électorale
de Faure Gnassingbé qui a abusé des moyens de l’Etat comme
l’a reconnu le rapport de la mission d’observation de l’Union
Européenne.
Cette superposition de conflits sociaux dans un contexte politique
précaire fait craindre le pire d’autant qu’aucun
espace de concertation crédible et respectueux de l’adversaire
politique n’est proposé pour dialoguer. Les leaders
politiques sont considérés comme des cibles à abattre
pour peu qu’ils osent refuser de se laisser apprivoiser.
Pourtant même s’ils viennent du peuple, les leaders
ne sont pas le peuple et à force de les éliminer,
de les apprivoiser et de les ridiculiser, le pouvoir perd ses
interlocuteurs les plus crédibles avec qui il pouvait
espérer sortir le Togo de l’ornière. Ce faisant
il risque de n’avoir à terme que la rue comme interlocutrice.
Mesdames messieurs,
C’est ce qui semble être le cas depuis quelques jours.
Lomé s’est subitement embrasé depuis le palais
de justice ou se tenait à huis clos le procès en
dissolution du parti OBUTS, jusqu’aux périphéries
où les axes principaux ont été bloqués.
Le bilan de la répression qui s’en est suivie est
pour l’instant de trois morts et de plusieurs blessés
graves. Comment veut-on diriger un peuple et faire preuve de
tant d’autisme et d’incompétence politique
qui mettent en péril la vie des Togolais qui ont payé un
trop lourd tribut pour le changement ? Il y a de l’irresponsabilité au
sommet de l’Etat et il est de notre devoir d’aller
au-delà des dénonciations et des lamentations,
et de proposer des alternatives crédibles. Nous osons
encore croire à une issue pacifique qui permette au peuple
togolais de satisfaire de façon pacifique son aspiration
profonde à l’alternance. Oui, redonner espoir est
l’objectif du FRAC pour qui entre le statu quo ou
la répression que propose le régime, et la rue
, il existe des voies réformistes pour sauver l’essentiel
et la démocratie.
II. Le FRAC, ses objectifs et ses atouts
Mais qu’est-ce que c’est le FRAC? Le FRAC est l’alchimie
de deux atouts majeurs:
- une plate-forme commune de gouvernance pour une alternance
maitrisée assortie d’une vision,
- un dispositif incarné par des femmes et des hommes
de conviction, de terrain et d’expérience représentant
la diversité ethnique et politique de notre pays.
Face à la situation explosive actuelle du pays
marquée par les manifestations régulières
de contestation du pouvoir RPT, les mouvements sociaux, l’incapacité du
pouvoir à faire face aux préoccupations des populations,
l’état de délabrement des infrastructures
routières et les inondations, seule une alternance portée
par le FRAC est la solution à la grave crise que traverse
le Togo. Le FRAC incarne l’espoir des populations ;
il est né d’une rencontre entre les acteurs de l’opposition
togolaise à Paris autour d’un programme donné.
Il est composé des partis et organisations comme l’UFC,
l’ADDI, le PSR, Sursaut Togo, des associations de la diaspora
et des personnes ressources. La force du FRAC réside en
ce qu’elle regroupe des hommes politiques venant de toutes
les ethnies du Togo, ce qui a le mérite de battre en brèche
les arguments régionalistes dont le RPT s’est toujours
servi pour asseoir son pouvoir.
Le FRAC propose une alternative qui s’articule autour
d’une transition au cours de laquelle les réformes
essentielles devraient être mises en œuvre. L’objectif
est d’inscrire le pays sur la voie de la démocratie,
de réconcilier les Togolais et de redonner
espoir aux populations. Il s’agit essentiellement de définir
un nouveau système politique avec une nouvelle Constitution.
La décentralisation, la réforme de l’armée
et la modernisation de la justice devraient être des priorités
majeures. A terme, cette transition permettra de solder le lourd
passé politique du Togo afin de doter le pays d’institution
solides et crédibles.
Pour y parvenir et au-delà d’un programme
d’action, le FRAC entend agir de façon concomitante
dans le cadre d’une alternance maitrisée sur 5 leviers
stratégiques.
1) Construction d’un véritable Etat de
droit aux antipodes du maquillage démocratique.
La réconciliation passe aussi par la mise sur pied des
institutions légales et légitimes approuvées
par le peuple. Il y a nécessité de définir
un régime politique avec l’adoption d’une
nouvelle Constitution. On devra mettre en place des institutions
fortes pour asseoir une réelle démocratie. Pour
ce faire, un processus de décentralisation ambitieux sera
mis en œuvre. Son objet sera de donner du pouvoir et des
moyens aux communes urbaines et rurales. C’est ainsi qu’on
donnera la possibilité aux citoyens de s’impliquer
dans le développement de leur commune, non seulement par
l’élection des responsables locaux mais aussi par
la possibilité de contrôler la gestion des ressources
que génèrent nos villes et nos cantons. Ce processus
inclusif permet au citoyen d’agir directement sur
le développement de sa localité, et facilitera
la mobilisation des moyens et le développement des relations
avec des villes ou villages partenaires en Europe, et partout
dans le monde.
2) Restructuration des FAT pour bâtir une armée
républicaine.
L’épineuse question de l’armée est
un point angulaire de la réconciliation dans notre pays.
Il s’agit de faire de l’armée togolaise une
armée républicaine respectueuse des institutions.
Le retour de la confiance entre l’armée et le peuple
passe par une redéfinition du statut, du rôle et
de la mission de la grande muette dans la société.
Il s’agira d’établir une démarcation
claire et nette entre les forces de défense et la gendarmerie
en orientant la première vers la mission de défense
du territoire et la seconde vers des missions de sécurité publique
et de maintien d’ordre. Un audit technique et humain sera
nécessaire pour maitriser les effectifs et professionnaliser
les FAT en les dotant de moyens efficaces. Il sera également
question de relever la durée de carrière du soldat
qui est actuellement de 25 ans à 30 ans avec l’objectif
qu’à la fin de sa carrière le militaire
togolais soit propriétaire d’un toit. Les pays amis
dont la France seront sollicités dans cette reforme des
FAT. La participation aux missions de paix et de sécurité des
Nations Unies, de l’UA et de la CEDEAO seront accrues.
Ces missions permettront aux militaires non seulement d’avoir
de l’expérience mais aussi de prendre conscience
de certaines valeurs.
3) La réforme de la justice.
La modernisation de la justice togolaise participera également à la
consolidation de la démocratie et au renforcement de l’Etat
de Droit. En dépit des milliards injectés par les
partenaires pour sa modernisation, la justice togolaise est restée, à ce
jour, aux ordres du prince. Rapprocher la justice des justiciables
et la rendre effectivement indépendante est une des priorités
du FRAC. Cela se traduira par une reforme totale de tout l’appareil
judiciaire depuis la formation des professionnels de la justice
en passant par les réformes institutionnelles et
l’amélioration des conditions de travail. Les textes
actuellement en vigueur doivent être revisités et
les différentes juridictions renforcées dans leur
rôle. L’objectif à terme est d’arriver à une
justice accessible pour tous les citoyens, moderne et diligente.
4) Assurer à tous le minimum vital et lutter
contre l’extrême paupérisation des populations.
Tous les indicateurs économiques de notre pays sont au
rouge. Vous le savez certainement, la pauvreté au Togo
est devenue endémique. Les derniers rapports des partenaires,
notamment le PNUD, nous indiquent que plus de 62% des Togolais
vivent sous le seuil de pauvreté. Ces chiffres deviennent
plus alarmants lorsqu’on s’éloigne de la capitale.
Le Togo a aujourd’hui le visage d’un pays sinistré avec
des infrastructures routières complètement délabrées,
des hôpitaux vétustes en manque de moyens, de personnels
et de motivations. Le même constat de désolation
est visible dans les autres secteurs notamment l’éducation
scolaire, la santé, l’agriculture, l’enseignement
supérieur, etc. Même si le Togo renoue progressivement
avec les partenaires en développement, il est inconcevable
qu’avec tous les atouts dont dispose notre territoire,
le budget national se limite à ce montant dérisoire
de 300 milliards alors que le Benin voisin parvient à mobiliser
plus de 1200 milliards au titre de son budget 2010.
5) Assurer à l’Etat les moyens et les ressources
de sa nouvelle politique audacieuse et ambitieuse.
Le FRAC entend en finir avec cette politique budgétaire:
- par l’assainissement des finances publiques,
- la lutte contre la corruption et l’évasion fiscale
pour maximiser les recettes de l’Etat.
Un audit de la fonction publique et des sociétés
d’Etat sera effectué. Il s’agira non seulement
de maîtriser les ressources humaines et de détecter
les éventuels fonctionnaires fictifs, mais surtout de
mettre fin à des pratiques peu orthodoxes. Car trop souvent,
celles-ci sont à l’origine de la faillite de la
plupart des sociétés et des banques qui sont actuellement
privatisées. La relance de l’économie passera
par un investissement massif. Les partenaires du Togo seront
sollicités à cet effet et encouragés par
le cadre démocratique que nous aurons su porter. Comme
moi, vous constatez que la tâche qui nous attend est immense
et les défis à relever énormes.
Le Togo ne saurait rester en Afrique de l’ouest un bastion
du non droit avec un pouvoir qui s’oppose par tous les
moyens à l’alternance au sommet de l’Etat.
Les démocrates, les forces politiques éprises de
justice et de progrès, les partenaires du Togo, notamment
la France, l’Allemagne, les USA, etc. doivent comprendre
la justesse du combat de nos populations et aider le peuple togolais à réaliser
le désir d’une alternance maitrisée. Il y
va de l’avenir du peuple togolais et de la stabilité sous
régionale. Mesdames, messieurs c’est maintenant
qu’il faut agir. Mais comment agir? Je laisse le soin à Kofi
d’y répondre.
Je vous remercie
François BOKO
Lille le 25 juin 2010 |